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De Jaurès au voile : comment une partie de la gauche a changé de camp

  • Photo du rédacteur: Rédaction Logos
    Rédaction Logos
  • 11 juin
  • 2 min de lecture

Par Georges Dunand - Rédacteur LOGOS



Pendant plus d'un siècle, la gauche européenne s'est construite contre les pouvoirs religieux. Elle défendait l'école laïque, l'émancipation des femmes, la liberté de conscience et la primauté de la citoyenneté sur les appartenances particulières.

Pourtant, depuis plusieurs décennies, un phénomène intrigue de nombreux observateurs : une partie de cette même gauche semble aujourd'hui beaucoup plus indulgente envers certaines revendications religieuses, notamment lorsqu'elles proviennent de l'islam politique.

Comment expliquer ce paradoxe ?


La réponse se trouve sans doute dans une profonde transformation intellectuelle.

La gauche du XXe siècle raisonnait principalement en termes de classes sociales.

Le monde était divisé entre dominants et dominés, bourgeois et prolétaires.

Le combat politique consistait à corriger les inégalités économiques.

À partir des années 1970 et 1980, cette lecture s'est progressivement déplacée vers les questions identitaires. La figure du travailleur a laissé place à celle de la minorité. Les luttes sociales ont été rejointes puis parfois remplacées par les luttes liées à l'origine, au genre, à la culture ou à la religion.


Dans cette nouvelle grille de lecture, les populations musulmanes d'Europe ont souvent été perçues comme des groupes vulnérables confrontés à des discriminations réelles ou supposées.

Une partie de la gauche a alors développé un réflexe de protection.

Le problème est apparu lorsque la défense des personnes s'est parfois transformée en défense d'idéologies.

Or il existe une différence fondamentale entre protéger un individu contre les discriminations et accepter sans critique certaines doctrines religieuses ou politiques.

Cette confusion explique une grande partie des tensions actuelles.

Car la gauche historique défendait un idéal universaliste : tous les citoyens étaient appelés à participer à une même communauté politique.

La nouvelle gauche accorde souvent davantage d'importance aux identités particulières.

C'est ici que naît le débat.

Les critiques de l'« islamo-gauchisme » estiment que cette évolution conduit à fermer les yeux sur certaines incompatibilités entre les valeurs démocratiques européennes et certains courants islamistes. Ils reprochent à une partie de la gauche de dénoncer avec vigueur les conservatismes occidentaux tout en faisant preuve d'une prudence excessive lorsqu'il s'agit de conservatismes religieux issus de minorités.


Les défenseurs de cette approche répondent qu'ils ne soutiennent pas l'islamisme mais qu'ils cherchent simplement à protéger des populations régulièrement stigmatisées.

Entre ces deux positions, le débat reste ouvert.


Mais une question mérite d'être posée.

Une démocratie peut-elle survivre durablement sans un socle commun supérieur aux appartenances religieuses, ethniques ou culturelles ?

L'Europe s'est construite autour de l'idée que la citoyenneté devait progressivement dépasser les identités particulières.

Aujourd'hui, c'est cette conviction qui semble vaciller.

Peut-être que la véritable question n'est pas celle de l'islam.

Peut-être est-elle celle de notre capacité à continuer à former un peuple malgré nos différences.


Conseil LOGOS

Lorsqu'un débat devient passionnel, il faut toujours remonter d'un étage. Derrière la question de l'islam, c'est peut-être le destin de l'universalisme européen qui se joue.


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