Et si… L’humain était la seule espèce capable de dire “non” à la vie ?
- Rédaction Logos

- 27 avr.
- 3 min de lecture
Par Mélody Pepin (journaliste citoyenne)

Si les animaux suivent des cycles naturels, force est de constater que Homo sapiens sapiens, lui, s’en extrait de plus en plus… Sommes-nous encore une espèce “comme les autres”… ou quelque chose de fondamentalement différent ?
Il nous arrive fréquemment de ressentir, sans suivre. Qui n’a pas éprouvé, par exemple, de la compassion envers la souffrance animale ? Et nous sommes souvent mal à l’aise à l’idée d’un abattoir. Mais avez-vous tous, vous qui lisez ces lignes, arrêté toute consommation de viande pour autant (je ne juge personne) ?
Ce décalage porte un nom en psychologie : la dissonance cognitive. Un animal qui ressent la faim ou la peur agit immédiatement. L’humain, lui, prend le temps : il réfléchit, il justifie, il contourne… ou il ignore.
Il peut ainsi couper le lien entre émotion et action. Un sacré cap dans l’évolution, où le ressenti ne suffit plus à orienter le comportement. Je ne parlerai pas non plus de ce réflexe étrange qui consiste à rester planté face au danger à filmer un incendie au plus près avec son téléphone, par exemple, au lieu de fuir comme tout être vivant le ferait…
Mais peut-être ne sommes-nous qu’à mi-chemin d’une évolution plus profonde. Enfonçons des portes ouvertes : nous savons que les produits chimiques que nous produisons sont une catastrophe écologique. Et pourtant, cette conscience ne suffit pas à provoquer un changement radical. L’humain est donc capable de comprendre hier, aujourd’hui, sans pour autant savoir se limiter pour demain.
Produire contre soi : n’est-ce pas là le sommet d’une intelligence paradoxale ?
Et si, au contraire, notre intelligence nous avait éloignés du vivant, jusqu’à nous éloigner de nous-mêmes ?
Nous refusons par exemple l’invisible via une hygiène parfois excessive. Nous craignons les bactéries, certains vont jusqu’à la phobie. Et pourtant, elles nous habitent. Elles nous maintiennent en vie. Nous en arrivons alors à une situation étrange : une espèce en lutte contre ce qui la constitue.
C’est aussi une espèce qui lutte contre ses propres besoins. Dans une société en accélération constante, combien de personnes se sentent fatiguées, et choisissent cependant d’ignorer ce signal, de se couper d’elles-mêmes, parfois jusqu’au burn-out ?
N’est-ce pas là le revers d’une espèce si admirable, si tenace, qu’elle repousse sans cesse ses limites… au point de s’abîmer ?
Abîmer son esprit, c’est aussi abîmer son corps et inversement. Le corps, ce vaisseau sans lequel nous ne pourrions rien expérimenter.
Je repense à une élève qui m’avait demandé ce que je m’étais offert pour mes 33 ans. “Des semelles orthopédiques”, avais-je répondu. C’était pour moi une nécessité en tant qu’indépendante. Et pourtant, les autres élèves de ce cours pour adultes avaient éclaté de rire. Comme si prendre soin de sa santé n’était pas l’un des plus beaux cadeaux que l’on puisse se faire. Ce corps si souvent méprisé, maltraité, est entouré de tabous : le sang dérange, la chair met mal à l’aise, les déjections dégoûtent. Les corps attirent, fascinent, sont désirés. Mais tout ce qui les compose est rejeté.
Quelle autre espèce entretient une relation aussi conflictuelle avec sa propre nature ?
Et si même la reproduction devenait optionnelle ? Je pense ici à un article de Gilles Brand évoquant la baisse de la natalité dans de nombreuses sociétés. Qu’il s’agisse de contraintes, de choix personnels ou de visions du monde, certains décident désormais de ne pas avoir d’enfants. Le désir de transmettre la vie, ce lien fondamental avec le reste du vivant n’est plus universel.
Et si, pour la première fois, une espèce pouvait choisir de ne pas se prolonger ? Les animaux, eux, se reproduisent sans questionnement existentiel. L’humain, encore une fois, réfléchit : à ses peurs, à ses contraintes, à l’écologie, au sens de la vie.
La reproduction devient une décision et non plus un instinct.
L’humain n’est peut-être pas “fou”. Il est certainement la première espèce capable de s’extraire des règles du vivant. Mais une question reste en suspens : jusqu’où peut-on s’éloigner de la vie… sans en perdre le sens ?





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