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Genève et Zurich reculent

  • Photo du rédacteur: Rédaction Logos
    Rédaction Logos
  • 14 juil.
  • 5 min de lecture

Par Gilles Brand - Rédacteur LOGOS

Avant de poursuivre cette lecture, nous vous invitons à écouter « Metamorphosis One » de Philip Glass. Sa construction sobre et répétitive nous rappelle qu'un fait ne change pas parce que notre regard change sur lui. À l'image de cet article consacré au recul de Genève et de Zurich dans un classement international, cette œuvre invite à suspendre le jugement, à dépasser les titres et les réactions immédiates, pour revenir à l'essentiel : observer les faits, les comprendre avec méthode et distinguer la réalité de son interprétation.



Le classement n’est pas le réel


Deux villes perdent quelques places dans un classement international. Le fait mérite d’être observé. Il ne mérite ni indignation, ni autosatisfaction, ni mise en scène. Un rang est une mesure relative. Il n’est ni un jugement moral, ni un diagnostic complet, encore moins une vérité définitive sur la qualité d’une ville.


L’édition 2026 du Global Liveability Index, publiée par l’Economist Intelligence Unit, place Zurich au cinquième rang mondial et Genève au sixième. Zurich occupait encore la deuxième place, à égalité avec Vienne, l’année précédente. Genève était cinquième. Blick en a tiré une formulation spectaculaire : les deux villes suisses « se cassent la figure ». Les chiffres décrivent une évolution plus limitée : Zurich perd trois places et environ un point ; Genève recule d’un rang.

La différence entre le fait et son commentaire commence ici.


Deux villes notées 96 sur 100

L’indice de l’EIU compare 173 villes à partir de plus de trente indicateurs regroupés en cinq catégories : stabilité, santé, culture et environnement, éducation et infrastructures. Chaque ville reçoit une note générale sur 100.

Zurich et Genève obtiennent toutes deux 96 points. Copenhague, première du classement, en obtient 98. Vienne, Melbourne et Sydney atteignent 97. Entre la première ville mondiale et Genève, l’écart est donc de deux points sur cent.


Zurich reçoit 95 points pour la stabilité, 100 pour la santé, 94 pour la culture et l’environnement, 100 pour l’éducation et 96 pour les infrastructures. Genève obtient respectivement 95, 100, 92, 100 et 96 points. Les deux villes conservent donc des résultats élevés dans les domaines qui structurent concrètement la vie collective.

Employer le mot « chute » relève du choix éditorial. Employer les chiffres relève de l’information.

Un rang ne mesure jamais une ville à lui seul

Un classement est relatif. Une ville peut perdre une place sans s’être sensiblement détériorée. Il suffit qu’une autre progresse davantage ou que plusieurs villes, séparées par quelques fractions de point, changent d’ordre.

Zurich n’est pas uniquement comparée à son propre résultat de l’année précédente. Elle est comparée à Copenhague, Vienne, Melbourne, Sydney, Osaka, Vancouver ou Tokyo. Sa position dépend donc à la fois de son évolution et de celle des autres.

Ce principe paraît élémentaire. Il est pourtant souvent oublié lorsqu’un classement devient un titre de presse. Le rang produit une image simple : monter serait réussir, descendre serait échouer. La réalité est moins commode. Elle exige d’examiner la note, les critères, les pondérations et l’écart réel entre les villes.


Le rapport indique que Zurich et Genève ont perdu des points dans la catégorie « culture et environnement ». Il ne précise pas, dans sa version publique, quel indicateur particulier explique cette diminution.

Or cette catégorie rassemble des éléments très différents : le climat, la corruption, les restrictions sociales ou religieuses, la censure, l’offre culturelle et sportive, la restauration ainsi que la disponibilité des biens et services. Une baisse dans cet ensemble ne permet donc pas, à elle seule, d’affirmer que Genève aurait décliné culturellement, que Zurich serait devenue moins attractive ou qu’une politique publique déterminée aurait échoué.

La première règle de l’analyse consiste à ne pas faire dire à une donnée davantage qu’elle ne contient.

Ce que l’indice mesure et ce qu’il ne mesure pas

L’EIU attribue à chaque ville une note de confort relatif. Les indicateurs quantitatifs reposent sur différentes données externes. Les indicateurs qualitatifs sont évalués par les analystes de l’organisation et par des contributeurs présents dans les villes étudiées. Les résultats sont ensuite pondérés afin d’établir une note générale et un classement.

La méthode est structurée. Elle n’est pas absolue.


Cet indice ne mesure pas la totalité de la vie genevoise ou zurichoise. Il ne dit rien de chaque quartier, de chaque parcours individuel, des difficultés particulières rencontrées par les habitants ni de la manière dont chacun éprouve sa propre ville. Il fournit une comparaison internationale selon des critères déterminés.

Cela ne le rend pas inutile. Cela en fixe simplement les limites.

Un instrument devient trompeur lorsqu’on lui demande de répondre à une question pour laquelle il n’a pas été conçu.

Un thermomètre mesure une température. Il ne décrit pas à lui seul l’état complet d’un organisme. De même, un classement urbain fournit des indications. Il ne remplace ni l’observation locale, ni les enquêtes sociales, ni l’analyse politique.


La discipline stoïcienne du fait

Le stoïcisme ne consiste pas à nier les réalités désagréables. Il consiste à les regarder sans leur ajouter une agitation inutile.

Genève est sixième. Zurich est cinquième. Ce sont les faits. Ils n’appellent ni blessure d’orgueil, ni célébration, ni inquiétude automatique. Ils appellent un examen.

La distinction stoïcienne demeure simple : certaines choses dépendent de nous ; d’autres n’en dépendent pas.

Les autorités genevoises et zurichoises peuvent agir sur la qualité des infrastructures, l’accès au logement, la mobilité, la sécurité, l’environnement urbain, l’offre culturelle ou l’efficacité des services publics. Elles peuvent demander les données détaillées, comparer leurs résultats, identifier les faiblesses et corriger ce qui doit l’être.

Elles ne peuvent pas empêcher Sydney, Melbourne, Osaka ou Tokyo d’améliorer leurs propres performances. Elles ne peuvent pas davantage gouverner la forme des titres publiés à propos d’un classement.

L’action rationnelle porte donc sur ce qui peut être vérifié et modifié. Le reste n’exige aucune réaction.

Ni déclin, ni certificat d’excellence

Le maintien de Genève et de Zurich parmi les six premières villes mondiales n’autorise pas l’autosatisfaction. Une position élevée n’est jamais acquise. Les infrastructures vieillissent. Les besoins de la population évoluent. Les attentes augmentent. D’autres métropoles investissent, expérimentent et progressent.


Mais une perte de quelques places ne constitue pas davantage la preuve d’un déclin général. Avec une note de 96 sur 100, les deux villes suisses restent évaluées très favorablement, notamment dans les domaines de la santé, de l’éducation, de la stabilité et des infrastructures.


Il faut donc maintenir ensemble deux propositions qui ne se contredisent pas : Genève et Zurich demeurent parmi les villes offrant les meilleures conditions de vie au monde ; elles disposent néanmoins de domaines à examiner et, éventuellement, à améliorer.

La pensée sérieuse ne choisit pas entre la complaisance et le catastrophisme. Elle accepte la complexité.


Gouverner plutôt que commenter

Une ville ne doit pas chercher à remonter dans un classement pour produire un titre plus favorable l’année suivante. Elle doit améliorer les conditions concrètes d’existence de ses habitants. Si ces améliorations entraînent ensuite une progression statistique, celle-ci n’en sera qu’une conséquence.

La question utile n’est donc pas de savoir si Genève a été humiliée par Copenhague ou dépassée par Sydney. Une collectivité publique ne ressent aucune humiliation. Elle administre des ressources, fixe des priorités et assume des résultats.


Les questions pertinentes sont plus ordinaires : les transports fonctionnent-ils correctement ? Le logement reste-t-il accessible ? Les services publics répondent-ils aux besoins ? L’offre culturelle est-elle suffisamment ouverte ? Les infrastructures sont-elles entretenues ? Les choix politiques produisent-ils des effets mesurables ?

Le reste appartient au récit.

Genève est sixième. Zurich est cinquième. Toutes deux obtiennent 96 points sur 100. Leur note dans la catégorie « culture et environnement » a diminué. Les causes précises méritent d’être examinées.

Voilà ce que l’on sait.

Cela suffit pour commencer à travailler.


Le Conseil de LOGOS

Ne jamais confondre une position dans un classement avec la réalité entière qu’elle prétend résumer. Examiner la méthode, mesurer les écarts et agir uniquement sur ce qui peut être objectivement amélioré.


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