“Genève : s’élever sans se perdre”
- Rédaction Logos

- 1 avr.
- 3 min de lecture
Transmission de Jean-Claude Brand - Bâtisseur (1932-1990)

« On ne choisit pas toujours le territoire que l’on reçoit. Mais on choisit la manière dont on l’habite. »
J’ai construit à une époque où Genève avait encore le sentiment de pouvoir s’étendre.
Avanchet-Parc est né de cette idée : organiser un ensemble, donner de l’espace, composer avec le sol.
Mais Genève n’est plus dans cette situation.
Le canton est étroit. Contraint. Déjà largement occupé.
Croire aujourd’hui que l’on pourra continuer à développer Genève uniquement à l’horizontale relève d’une illusion.
La réalité est simple : si Genève veut accueillir, elle devra s’élever.
Mais s’élever ne signifie pas se dégrader.
La hauteur n’est pas un problème en soi. Elle devient un problème lorsqu’elle est subie, ou pensée comme une simple réponse quantitative.
La verticalité exige davantage de rigueur.
Plus la ville monte, plus elle doit être pensée dans ses équilibres.
Cela implique une implantation précise des bâtiments, une gestion fine des ombres et des vues, une qualité irréprochable des espaces au sol, une articulation forte entre hauteur et respiration.
Mais cela impose aussi une exigence trop souvent négligée : la qualité architecturale.
Densifier sans exigence, c’est produire de la fatigue. Fatigue visuelle. Fatigue sociale. Fatigue urbaine.
C’est installer des formes répétitives, des volumes sans nuance, des quartiers sans visage.
Genève commence à emprunter cette voie.
Non pas par manque de compétences. Mais par facilité.
Par standardisation. Par accumulation de compromis. Par renoncement discret à l’ambition architecturale.
J’observe aussi, avec le temps, une certaine réserve de la population genevoise face aux constructions en hauteur.
Elle ne me surprend pas.
Elle exprime moins un refus de la hauteur qu’une méfiance envers ce qu’elle a parfois produit :des formes mal intégrées, des espaces négligés, une perte de qualité perçue.
Autrement dit, ce n’est pas la verticalité qui inquiète. C’est l’absence de maîtrise.
Cette réserve doit être entendue. Non pas pour renoncer, mais pour mieux faire.
Car Genève ne pourra pas éviter la question de la hauteur.
Elle devra simplement l’aborder avec davantage d’exigence.
Plus elle est contrainte, plus elle doit être exigeante.
Plus elle s’élève, plus elle doit être précise.
Plus elle densifie, plus elle doit être belle.
Car la beauté n’est pas un luxe urbain. C’est une condition d’acceptation.
On ne construit pas en hauteur pour gagner de la place. On construit en hauteur pour libérer de l’espace.
La ville verticale n’est acceptable que si elle rend le sol plus généreux, plus lisible, plus vivant.
C’est là que se jouera l’avenir de Genève.
Non pas dans le refus de la densité, mais dans sa maîtrise.
Accepter la hauteur là où elle fait sens. Refuser la dispersion. Structurer des ensembles cohérents.
Et surtout, ne jamais oublier que la ville ne se vit pas dans les étages. Elle se vit au sol.
C’est au sol que se joue la qualité d’un territoire.
Genève devra se transformer. C’est inévitable. Mais elle peut choisir comment.
Soit elle subit la densité, et elle s’épuise. Soit elle organise sa verticalité, et elle se libère.
Une cité contrainte n’est pas une cité condamnée. Elle est une cité qui doit être plus intelligente que les autres.
Et cette intelligence commence par une exigence : penser la ville comme un tout, même lorsqu’elle s’élève.
Genève ne doit pas craindre de s’élever. Elle doit craindre de le faire sans pensée.
Jean Claude Brand




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