Israël, Palestine : quand l'Histoire refuse les réponses simples
- Rédaction Logos

- 10 juin
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Rédaction LOGOS

Deux peuples, une terre, quel avenir ?
Il existe des terres qui semblent avoir été choisies par l'Histoire pour concentrer les passions humaines.
La région comprise entre la Méditerranée et le Jourdain est de celles-là.
Depuis plus d'un siècle, elle est devenue le théâtre de l'un des conflits les plus complexes de notre époque. Pourtant, pour comprendre ce qui s'y joue aujourd'hui, il faut accepter de remonter beaucoup plus loin.
Bien avant les frontières modernes, cette terre fut un carrefour de peuples, de religions et de civilisations.
Les Cananéens y vivaient déjà plusieurs millénaires avant notre ère. Les Philistins occupaient une partie du littoral méditerranéen. Les royaumes d'Israël et de Juda s'y développèrent ensuite, laissant une empreinte profonde dans l'histoire du peuple juif et dans les textes bibliques.
Puis vinrent les Babyloniens, les Perses, les Grecs d'Alexandre, les Romains, les Byzantins, les Arabes, les Croisés, les Mamelouks et les Ottomans.
Chaque époque a laissé sa trace.
Chaque civilisation a ajouté une couche de mémoire.
C'est sous la domination romaine que le terme « Palestine » apparaît officiellement lorsque l'empereur Hadrien renomme la province « Syria Palaestina » au IIe siècle après Jésus-Christ.
Au fil des siècles, les populations se transforment, se mélangent, changent parfois de langue, de religion ou de souveraineté. Une partie des habitants devient chrétienne puis musulmane après la conquête arabe du VIIe siècle. D'autres communautés juives demeurent présentes malgré les exils et les dispersions.
Les Palestiniens d'aujourd'hui sont les héritiers de cette longue histoire locale.
Les Juifs d'aujourd'hui sont les héritiers d'une histoire encore plus ancienne enracinée dans les royaumes antiques d'Israël et de Juda.
C'est précisément ce qui rend ce conflit si singulier.
Il ne s'agit pas d'un peuple récemment arrivé face à un peuple autochtone.
Il s'agit de deux récits historiques profondément enracinés dans une même terre.
Et c'est parce que chacun peut invoquer une part authentique de cette histoire que la question demeure aussi difficile à résoudre.
La plupart des débats contemporains cherchent pourtant à désigner un propriétaire unique.
Comme si l'Histoire devait attribuer un titre de propriété.
Comme si trois mille ans de civilisation pouvaient être résumés à un verdict.
Or les grandes terres de civilisation appartiennent rarement à un seul récit.
Rome appartient-elle uniquement aux Romains antiques ?
Constantinople appartient-elle uniquement aux Byzantins ?
Carthage appartient-elle uniquement aux Phéniciens ?
La Terre sainte est devenue, au fil des siècles, un héritage partagé par plusieurs peuples et plusieurs religions.
Mais reconnaître cette réalité historique ne résout pas la question politique.
Comment deux peuples qui se considèrent légitimement chez eux peuvent-ils vivre sur la même terre ?
Depuis près de trente ans, la communauté internationale avance la même réponse.
Deux peuples.
Deux États.
Deux drapeaux.
Et la paix.
L'idée paraît simple.
Israël vivrait à l'intérieur de frontières reconnues. Un État palestinien naîtrait en Cisjordanie et dans la bande de Gaza. Jérusalem bénéficierait d'un statut particulier ou partagé.
Sur le papier, la proposition conserve une certaine élégance.
Sur le terrain, elle ressemble davantage à un casse-tête historique.
Car une question demeure rarement posée jusqu'au bout.
Où placer exactement cet État palestinien ?
La réponse semble évidente : Gaza et la Cisjordanie.
Pourtant, la difficulté commence précisément là.
La Cisjordanie n'est pas un territoire vide attendant son destin. Elle est devenue au fil des décennies un espace profondément imbriqué. Les Palestiniens y vivent depuis des générations. Les Israéliens y ont développé de nombreuses implantations. Les infrastructures, les zones de sécurité et les lieux symboliques s'entrecroisent désormais dans une géographie extraordinairement complexe.
Pour les Palestiniens, cette région représente le cœur naturel de leur futur État.
Pour une partie importante des Israéliens, elle constitue au contraire la Judée-Samarie, c'est-à-dire le berceau historique du peuple juif.
Les mêmes collines portent deux noms.
Les mêmes pierres racontent deux récits.
Les mêmes paysages nourrissent deux mémoires.
Dès lors, chaque frontière devient une blessure.
À cette complexité territoriale s'ajoute Jérusalem... La Céleste.
Pour les Juifs, elle est la ville de David et du Temple.
Pour les Chrétiens, elle est la ville de la Passion et de la Résurrection.
Pour les Musulmans, elle est la ville du Voyage nocturne du Prophète.
Chaque pierre semble porter plusieurs histoires simultanément.
Comment partager ce qui est considéré comme indivisible ?
Comment tracer une ligne au cœur d'une mémoire ?
Cette difficulté explique en partie pourquoi les négociations successives ont échoué.
Mais une autre réalité est venue compliquer davantage la situation.
Le conflit n'est plus seulement israélo-palestinien.
Il est devenu régional.
L'Iran, depuis la révolution islamique de 1979, a progressivement fait de la confrontation avec Israël un élément central de sa stratégie d'influence. La question palestinienne est ainsi devenue, en partie, un levier géopolitique dépassant largement les Palestiniens eux-mêmes.
C'est là une tragédie souvent sous-estimée.
Le peuple palestinien souffre non seulement de l'absence d'un État pleinement souverain, mais aussi du fait que sa cause est devenue un enjeu stratégique pour de nombreuses puissances.
Chaque avancée vers une solution politique menace des intérêts qui dépassent largement Ramallah ou Gaza.
La guerre produit des alliances, la paix les rend parfois inutiles.
Cependant, il serait trop simple de désigner l'Iran comme unique responsable du blocage.
Même sans Téhéran, les obstacles demeureraient considérables.
Israël porte encore la mémoire des persécutions, de la Shoah et désormais du choc du 7 octobre.
Les Palestiniens portent celle de la Nakba, de l'exil, de l'occupation et des occasions manquées.
Deux peurs se regardent.
Deux mémoires se font face.
Or aucune architecture politique ne peut fonctionner durablement lorsque la confiance a disparu.
La véritable question n'est donc peut-être plus de savoir qui avait raison hier.
La véritable question est de savoir ce qu'il adviendra demain.
Sans accord politique crédible, sans reconnaissance mutuelle et sans projet commun, Israéliens et Palestiniens risquent d'entrer dans un cycle de confrontation qui pourrait encore durer plusieurs générations.
Les enfants d'aujourd'hui transmettront alors leurs blessures à leurs propres enfants, comme cela se produit déjà depuis près d'un siècle.
L'Histoire nous enseigne que certains conflits peuvent traverser les décennies. Elle nous enseigne aussi qu'ils finissent toujours par épuiser les peuples qui les portent.
Aucune société ne peut vivre éternellement dans la mobilisation permanente.
Aucune nation ne peut construire sereinement son avenir lorsque chaque génération hérite de la guerre de la précédente.
Le véritable danger n'est peut-être pas la guerre actuelle.
Le véritable danger serait qu'elle devienne un état permanent.
Un siècle supplémentaire de conflit ne produirait ni vainqueur ni paix.
Il produirait seulement davantage de ruines, davantage de méfiance et davantage de mémoires blessées.
C'est pourquoi la paix n'est pas seulement un idéal moral.
Elle est devenue une nécessité historique.
Peut-être la solution passera-t-elle par deux États.
Peut-être par une confédération.
Peut-être par des formes nouvelles de souveraineté partagée que nous n'avons pas encore imaginées.
Mais une chose paraît certaine.
Aucun des deux peuples ne disparaîtra.
Aucun des deux ne quittera cette terre.
Aucun des deux ne renoncera à son histoire.
La paix commencera lorsque cette réalité cessera d'être perçue comme un problème pour devenir le point de départ d'un avenir commun.
Car lorsqu'un conflit dure trop longtemps, ce ne sont plus seulement les hommes qui en deviennent prisonniers.
C'est l'avenir lui-même.
Les Israéliens craignent de perdre leur existence.
Mais une autre réalité mérite d'être reconnue.
Une partie importante de la société israélienne ne craint pas seulement les attaques ou le terrorisme.
Elle craint la disparition même de son État.
Cette peur n'est pas née dans le vide.
Depuis des décennies, plusieurs mouvements armés palestiniens ainsi que certains acteurs régionaux ont contesté le droit même d'Israël à exister. Pour de nombreux Israéliens, la question ne se résume donc pas à des frontières ou à des territoires. Elle touche à leur sécurité collective et à leur survie nationale.
Cette inquiétude contribue à expliquer pourquoi une partie de la population israélienne considère chaque concession territoriale avec prudence.
À ses yeux, la question n'est pas seulement géographique.
Elle est existentielle.
Deux peurs se regardent.
Deux mémoires se font face.
Or aucune architecture politique ne peut fonctionner durablement lorsque la confiance a disparu.
Conseil LOGOS
Lorsqu'un conflit dure depuis plusieurs générations, il est parfois plus utile de chercher ce qui peut être partagé que ce qui doit être séparé.







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