Quand le 1er août oublie la Suisse
- Rédaction Logos

- il y a 5 jours
- 3 min de lecture
Par Georges Dunand Journaliste citoyen LOGOS

À Chêne-Bourg, un discours qui a manqué son rendez-vous avec la Fête nationale
Il est des discours qui marquent une génération.
Et il en est d'autres qui interrogent sur ce qu'est devenue la parole publique.
Le 1er août appartient à ces rares moments où les citoyens attendent autre chose qu'un discours politique. Ils attendent un souffle. Une vision.
Un récit capable de rappeler pourquoi, malgré leurs différences, ils forment une communauté.
Cette année, la responsabilité était d'autant plus importante que la commune de Chêne-Bourg avait été chargée d'organiser la célébration officielle des Trois-Chêne, réunissant Chêne-Bourg, Chêne-Bougeries et Thônex.
Le maire de Chêne-Bourg, Philippe Moser, ne s'exprimait donc pas uniquement devant ses administrés. Pendant quelques minutes, il devenait la voix de milliers d'habitants réunis pour célébrer la naissance de la Confédération.
Or beaucoup de participants sont repartis avec un sentiment d'incompréhension.
Pourquoi ?
Parce que le discours a largement pris la forme d'une énumération des réalisations politiques des Trois-Chêne dans ce qui fut présenté comme le développement durable.
Mais, à l'écoute de cette intervention, chacun pouvait constater qu'il était essentiellement question du volet environnemental : mobilité douce, végétalisation, transition énergétique, biodiversité, climat...
Autant de politiques publiques parfaitement légitimes.
Autant de sujets qui méritent d'être débattus dans un Conseil municipal, dans un programme politique ou lors d'une conférence consacrée aux politiques communales.
Mais le 1er août est-il le lieu de cet exercice ?
Le développement durable repose pourtant sur trois piliers indissociables : l'environnement, le social et l'économie.
En ne mettant pratiquement en lumière qu'une seule de ces dimensions, le discours donnait le sentiment de présenter une orientation politique particulière davantage qu'une vision commune.
Or un discours de Fête nationale n'est pas un bilan de législature.
Ce n'est pas un rapport d'activité.
Ce n'est pas une communication institutionnelle.
Le 1er août est probablement le seul jour de l'année où un maire cesse d'être le représentant de sa majorité pour devenir, l'espace de quelques minutes, le représentant de tous.
De ceux qui ont voté pour lui.
De ceux qui ont voté contre lui.
De ceux qui ne votent jamais.
De ceux qui viennent d'arriver dans la commune comme de ceux dont les familles y vivent depuis plusieurs générations.
La Suisse possède une histoire exceptionnelle.
Un pays qui n'a jamais reposé sur une identité unique mais sur une volonté de vivre ensemble.
Un pays construit sur la liberté communale, le fédéralisme, la démocratie directe, la responsabilité individuelle, la concorde et le respect des minorités.
Voilà ce que beaucoup étaient venus entendre.
Non pas un inventaire des politiques publiques locales, mais une parole capable de rappeler ce qui nous relie. Le paradoxe est là.
Jamais nos sociétés n'ont autant parlé de cohésion.
Et pourtant, il semble parfois de plus en plus difficile de trouver les mots qui rassemblent réellement.
À force de parler de programmes, nous oublions parfois le récit.
À force de parler d'objectifs, nous oublions le sens.
À force de parler de gestion, nous oublions ce qui fait une nation.
Cette réflexion dépasse largement Chêne-Bourg.
Elle pose une question plus profonde : avons-nous perdu l'art du discours républicain ?
Celui qui ne cherche pas d'abord à convaincre.
Celui qui ne cherche pas à démontrer.
Celui qui élève.
Celui qui rappelle que, pendant quelques instants au moins, nous appartenons à quelque chose de plus grand que nos opinions politiques.
Le 1er août est précisément ce moment-là.
Lorsqu'il devient autre chose, c'est toute la portée symbolique de cette fête qui s'en trouve affaiblie.
Le Conseil LOGOS
Les élus ont naturellement le droit de défendre leurs convictions. Mais certaines dates imposent une responsabilité supplémentaire : parler au nom de tous plutôt qu'au nom d'une vision politique. Le 1er août fait partie de ces moments rares où la parole publique devrait d'abord rassembler avant de convaincre. C'est sans doute à cette hauteur que les citoyens attendent leurs représentants.






Commentaires