Quand une énergie s’éteint pour qu’une autre apparaisse
- Rédaction Logos

- 21 mai
- 2 min de lecture
Par Gilles Brand

Il existe un âge étrange où l’on ne devient pas vieux, mais autrement vivant.
Soixante ans appartient peut-être à ce territoire.
Non pas celui du déclin, mot trop pauvre, trop mécanique, mais celui d’une métamorphose silencieuse.
Car certaines énergies nous quittent.
C’est vrai.
Cette tension de conquête, ce besoin d’affirmation.
Cette impatience parfois presque physique devant le temps qui tarde à nous donner ce que nous croyons devoir obtenir.
L’énergie du faire.
Du prouver.
De l’élan vers l’avant.
Pendant longtemps, nous avons vécu ainsi.
Portés par une combustion extérieure.
Construire. Réussir. Produire. Être utile. Être reconnu. Tenir. Accélérer encore.
Puis quelque chose change.
Pas brutalement.
Comme un feu qui baisse sans s’éteindre.
Et l’on croit parfois, à tort, qu’il s’agit d’une perte.
Mais ce n’est peut-être pas une extinction.
C’est une translation.
L’apparition d’une autre énergie.
Moins visible, moins spectaculaire.
Mais souvent plus profonde.
L’énergie de la transmission.
Du discernement.
Du retrait fertile.
De la présence plutôt que de la conquête.
À vingt ans, on veut entrer dans le monde.
À soixante, on commence parfois à vouloir enfin l’habiter.
Avec moins de bruit.
Moins d’illusions aussi.
On découvre que beaucoup de combats étaient accessoires.
Que certaines victoires avaient le goût étrange de la fatigue.
Que courir vite n’est pas toujours avancer juste.
Et pourtant, quelque chose demeure.
Une force différente.
Non plus celle du muscle intérieur tendu vers l’extérieur.
Mais celle d’une gravité tranquille.
Comme certains arbres.
Ils ne cherchent plus à grandir à toute vitesse.
Ils tiennent.
Ils offrent de l’ombre.
Ils savent.
Notre époque valorise mal cette énergie-là.
Elle célèbre la jeunesse comme un absolu esthétique, la vitesse comme vertu morale, l’agitation comme preuve de vitalité.
Erreur profonde.
Car il existe une puissance du ralentissement.
Une intensité du regard mûri.
Une forme de noblesse dans l’économie du geste.
Peut-être qu’à soixante ans, nous cessons simplement d’être carburés par le désir d’exister aux yeux des autres.
Pour commencer à exister depuis notre propre centre.
Ce n’est pas une diminution.
C’est un déplacement du foyer.
Le feu ne disparaît pas.
Il change de pièce.






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