Volet 2 - La première mondialisation
- Rédaction Logos

- 11 juin
- 2 min de lecture
Les Phéniciens ont-ils inventé le monde connecté ?
Par Gilles Brand - Rédacteur LOGOS

Nous croyons souvent vivre une époque inédite. Une époque où les hommes, les marchandises, les idées et les informations circulent plus vite que jamais.
Une époque mondialisée.
Pourtant, il y a près de trois mille ans, un peuple avait déjà compris quelque chose d'essentiel : la prospérité naît souvent de l'ouverture.
Ce peuple était celui des Phéniciens.
Partis d'une étroite bande côtière du Levant, entre mer et montagne, ils auraient pu demeurer un petit peuple parmi d'autres. Ils choisirent au contraire l'horizon.
Leurs navires sillonnèrent toute la Méditerranée. Ils fondèrent ou développèrent des comptoirs en Chypre, à Malte, en Sicile, en Sardaigne, en Afrique du Nord, jusqu'aux côtes de l'Espagne.
Parmi ces ports, Carthage devint l'une des plus brillantes cités de l'Antiquité.
On parle souvent des marchandises qu'ils transportaient : métaux, bois précieux, étoffes teintes de pourpre, verre ou épices.
Mais leur véritable commerce était peut-être ailleurs.
Car lorsqu'un navire accoste, il ne décharge jamais uniquement des marchandises.
Il apporte aussi des récits, des croyances, des techniques, des mots, des manières de vivre.
Les Phéniciens furent les premiers grands passeurs de civilisation de l'histoire méditerranéenne.
Leur réseau reliait des peuples qui ne se connaissaient parfois que très peu.
Grâce à eux, des innovations voyageaient d'un rivage à l'autre. Les connaissances circulaient avec les cargaisons. Les cultures se rencontraient.
À leur manière, ils avaient inventé la première mondialisation.
Une mondialisation lente, certes. Une mondialisation à la voile. Une mondialisation sans satellites ni fibre optique.
Mais une mondialisation réelle.
L'histoire montre souvent une constante : les sociétés qui se ferment finissent par s'appauvrir. Celles qui regardent au-delà de leurs frontières découvrent de nouvelles ressources, de nouvelles idées et parfois de nouvelles façons de penser le monde.
Les Phéniciens l'avaient compris très tôt.
Leur génie n'était pas militaire. Leur génie n'était pas impérial.
Leur génie résidait dans la connexion.
Ils avaient compris que la richesse d'un peuple dépend moins de ce qu'il possède que de sa capacité à échanger.
Cette leçon demeure étonnamment actuelle.
À l'heure où les replis identitaires réapparaissent, où certaines frontières se durcissent et où les peurs du monde extérieur ressurgissent, l'héritage phénicien mérite d'être relu avec attention.
L'ouverture n'est pas la négation de l'identité.
Les Phéniciens n'ont jamais cessé d'être phéniciens en parcourant la Méditerranée.
Au contraire, c'est parce qu'ils savaient qui ils étaient qu'ils pouvaient rencontrer les autres sans se perdre.
Voilà peut-être leur plus grand enseignement.
La prospérité ne naît pas seulement des richesses que l'on extrait de la terre.
Elle naît aussi des ponts que l'on construit entre les hommes.
Et il y a près de trois mille ans, les Phéniciens furent parmi les premiers grands bâtisseurs de ces ponts invisibles.
Conseil LOGOS
Avant de craindre ce qui vient d'ailleurs, demandons-nous ce que notre propre civilisation doit aux voyages, aux échanges et aux rencontres. L'histoire de la Méditerranée nous rappelle qu'aucune culture ne grandit seule.







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