top of page

Iran : quand l’exécution d’une jeunesse change de nom

  • Photo du rédacteur: Rédaction Logos
    Rédaction Logos
  • 12 mai
  • 2 min de lecture

Par Gilles Brand - Rédacteur LOGOS



Il y a des mots qui rassurent. Des mots qui habillent la violence. Des mots qui, à force d’être répétés, finissent par anesthésier la conscience.

En Iran aujourd’hui, une partie de la jeunesse est exécutée. Mais jamais, ou presque, sous ce nom.


Depuis les récentes vagues de protestation, le régime iranien a intensifié une répression où la peine de mort joue un rôle central. Des jeunes, parfois à peine majeurs, voire arrêtés mineurs, sont condamnés à mort après des procès expéditifs, souvent entachés d’aveux extorqués sous la contrainte.


Leur crime ?

Avoir protesté. Avoir crié. Avoir existé politiquement.

Mais juridiquement, rien de tout cela n’apparaît.



Le glissement des mots : tuer sans dire tuer

Ces exécutions portent d’autres noms :

  • « Moharebeh » — faire la guerre à Dieu

  • « Mofsed-e-filarz » — corruption sur Terre

  • « Baghi » — rébellion armée


Ces termes, à forte charge religieuse, permettent une chose essentielle :transformer une contestation politique en crime métaphysique. 

Dès lors, l’exécution n’est plus présentée comme une répression. Elle devient une purification.


Une stratégie ancienne, un visage nouveau

L’Iran n’invente rien. Mais il pousse à son extrême une mécanique classique des régimes autoritaires :

ne jamais tuer un opposant — toujours condamner un coupable.

Hier, on parlait d’ennemis du peuple. Aujourd’hui, on parle d’ennemis de Dieu.

La cible, elle, reste inchangée :ceux qui contestent l’ordre établi.

Or ce qui frappe aujourd’hui, c’est le profil des condamnés :

  • étudiants

  • lycéens

  • jeunes adultes

  • figures d’une génération connectée, instruite, consciente


Une génération qui ne demande pas seulement des droits, mais un sens à sa propre existence politique.


Exécuter pour dissuader : la pédagogie de la peur

Les ONG le disent clairement :la peine de mort en Iran n’est pas seulement punitive.

Elle est pédagogique.

Elle montre. Elle avertit. Elle marque les esprits.

Dans certains cas, les accusations elles-mêmes sont volontairement floues, afin de créer une incertitude permanente :

n’importe qui peut devenir coupable. 

Et donc :n’importe qui peut être exécuté.


Quand une société change de génération

Ce qui se joue en Iran dépasse la seule question des droits humains.

C’est un conflit entre deux temporalités :

  • un pouvoir enraciné dans une légitimité révolutionnaire ancienne

  • une jeunesse tournée vers un monde ouvert, numérique, global


Et entre les deux, un point de rupture.

La jeunesse iranienne ne se contente plus d’obéir. Elle compare, elle observe, elle revendique.

Et cela, aucun système fermé ne peut durablement l’accepter.

Alors… comment nommer cela ?

La question posée est essentielle :

ces exécutions portent-elles un autre nom ?

Oui.

Mais ce nom n’est pas neutre.

On pourrait parler de :

  • répression politique capitalisée

  • violence d’État légitimée

  • terreur judiciaire

  • élimination dissuasive d’une génération


Mais au fond, il faut avoir le courage de nommer simplement :

une stratégie de survie du pouvoir par la mort de sa jeunesse.

Conseil de LOGOS

Se méfier des mots officiels. Ils ne décrivent pas le réel, ils le recouvrent.

Et dans certaines situations historiques, comprendre commence par traduire.


Commentaires


bottom of page