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Les animaux nous regardent aussi

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    Rédaction Logos
  • il y a 14 heures
  • 2 min de lecture

Par Gilles Brand - Rédacteur LOGOS


Il aura fallu plusieurs pandémies, plusieurs alertes sanitaires mondiales, plusieurs confinements, pour que nous commencions à entrevoir une idée peut-être dérangeante : et si les animaux n’étaient pas d’abord des menaces… mais des messagers ?

L’anthropologue Frédéric Keck, spécialiste des zoonoses, propose une inversion du regard qui mérite mieux qu’une lecture rapide. Selon lui, l’ère des épidémies devrait nous conduire à considérer les animaux comme des sentinelles du vivant, et non comme de simples dangers biologiques à surveiller ou éliminer.



L’idée est puissante.

Car notre époque adore désigner des coupables.

Quand une maladie surgit, nous cherchons immédiatement l’ennemi : la chauve-souris, le rat, l’oiseau migrateur, le pangolin, le marché lointain, le sauvage.

Nous avons besoin d’un visage ou d’une espèce sur laquelle projeter notre peur.

Mais si la véritable question était ailleurs ?

Si ces animaux n’étaient pas la cause première, mais les révélateurs d’un déséquilibre que nous avons nous-mêmes produit ?


Depuis deux siècles, l’humanité moderne s’est pensée comme extérieure à la nature. Dominante. Organisatrice. Gestionnaire du vivant. Nous avons industrialisé l’élevage, densifié les échanges mondiaux, pénétré des espaces autrefois préservés, accéléré les mobilités, marchandisé les espèces, transformé les frontières biologiques en simples obstacles techniques.


Puis nous nous étonnons que les virus voyagent.

Le paradoxe est cruel : nous accusons les animaux des désordres que notre propre modèle d’expansion favorise.

Le rat n’est pas immoral. L’oiseau n’est pas complotiste. La chauve-souris n’a pas d’agenda géopolitique.

Ils vivent.

Ils signalent.

Ils témoignent.


Une sentinelle n’est pas un ennemi. Une sentinelle avertit.

Cette idée déborde largement le seul champ sanitaire. Elle touche à notre philosophie du monde.

Car au fond, notre civilisation a développé une étrange incapacité à écouter les signaux faibles.

Nous n’écoutons plus les forêts lorsqu’elles meurent. Nous n’écoutons plus les sols lorsqu’ils s’épuisent. Nous n’écoutons plus les océans lorsqu’ils changent. Et peut-être n’écoutons-nous même plus les animaux lorsqu’ils nous disent que quelque chose s’est rompu dans notre coexistence avec le vivant.

L’homme moderne interprète tout sous l’angle du contrôle.

Ce qui échappe devient une menace.

Ce qui résiste devient un problème.

Ce qui vit hors de notre cadre devient suspect.


Mais la sagesse commencerait peut-être par une autre posture : celle de l’attention.

Observer au lieu d’accuser.

Comprendre au lieu de punir.

Habiter le vivant au lieu de le gérer comme un stock.


Il y a quelque chose d’étonnamment stoïcien dans cette leçon. Marc Aurèle nous rappelait déjà que nous faisons partie d’un tout plus vaste, et que croire à notre séparation est une illusion.

Le virus nous a humiliés.

Mais peut-être fallait-il cette humiliation pour retrouver un peu de modestie.

Car si les animaux deviennent nos sentinelles, alors ce ne sont plus eux qui sont au banc des accusés.

C’est nous.



Le conseil de LOGOS

Une civilisation se juge aussi à sa manière d’interpréter les avertissements du vivant. Ceux qui détruisent toujours le messager finissent souvent par ne plus comprendre le message.


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