Les assistants socio-éducatifs : les piliers silencieux du double handicap
- Rédaction Logos

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Par Gilles Brand - Rédacteur en chef LOGOS
Avant cette lecture, écoutez Ludovico Einaudi – Nuvole Bianche.
Cette musique avance avec douceur, sans jamais chercher à s'imposer. Elle accompagne plutôt qu'elle ne domine, à l'image des assistants socio-éducatifs, dont la force réside moins dans le spectaculaire que dans la fidélité des gestes quotidiens.

Le métier que l'on voit trop peu, mais sans lequel tout vacille
Nous parlons beaucoup du handicap.
Nous évoquons les diagnostics, les traitements, les institutions, les financements.
Mais il existe une profession dont le nom reste souvent inconnu du grand public, alors même qu'elle est présente au plus près de celles et ceux qui vivent avec les handicaps les plus lourds.
Les assistants socio-éducatifs.
Trois mots presque administratifs.
Trois mots qui dissimulent pourtant l'un des métiers les plus profondément humains de notre société.
Dans le domaine du double handicap, leur rôle dépasse largement l'assistance.
Ils deviennent des repères.
Ils apprennent à reconnaître une émotion dans un regard lorsqu'aucun mot n'est possible.
Ils savent qu'un silence inhabituel peut annoncer une souffrance.
Ils perçoivent les minuscules changements de comportement que personne d'autre ne remarque.
Ils connaissent les peurs, les habitudes, les rythmes, les gestes qui rassurent.
Cette connaissance ne s'apprend pas uniquement dans les livres.
Elle naît du temps.
De la présence, de la confiance.
Le double handicap impose souvent une dépendance presque permanente.
Chaque geste du quotidien demande de l'attention.
Se lever. S'habiller. Communiquer. Se nourrir. Se déplacer. Participer à une activité. Construire un projet de vie.
Derrière chacun de ces gestes se trouve fréquemment un assistant socio-éducatif.
Pourtant, leur mission ne consiste pas à « faire à la place ».
Elle consiste à permettre à la personne de conserver le maximum d'autonomie, de liberté et d'estime d'elle-même.
La nuance est immense.
Accompagner sans remplacer. Soutenir sans enfermer. Aider sans décider à la place.
Peu de métiers demandent un équilibre aussi subtil.
À cette responsabilité s'ajoute une charge émotionnelle considérable.
Les assistants socio-éducatifs vivent les joies des progrès, mais aussi les rechutes, les crises, les souffrances des familles, parfois le décès de personnes qu'ils accompagnent depuis des années.
Ils apprennent à rester solides sans devenir insensibles.
C'est probablement là leur plus grande force.
Ils demeurent humains.
Et pourtant, leur profession reste souvent dans l'ombre.
On parle davantage des structures que de ceux qui leur donnent une âme.
Davantage des budgets que des femmes et des hommes qui les incarnent.
Davantage des politiques publiques que des visages qui les rendent possibles.
Cette discrétion est paradoxale.
Car la qualité d'un établissement spécialisé dépend d'abord de la qualité humaine de celles et ceux qui y travaillent.
Aucun bâtiment, aussi moderne soit-il, ne remplacera un professionnel capable de créer une relation de confiance avec une personne qui peine à communiquer.
Aucune technologie ne remplacera une main tendue au bon moment.
Aucun protocole ne remplacera la patience.
Le philosophe Martin Buber écrivait que la véritable rencontre commence lorsque l'autre cesse d'être un objet pour devenir un « Tu ».
Les assistants socio-éducatifs vivent cette philosophie sans toujours la nommer.
Ils rappellent, chaque jour, que le handicap ne définit jamais entièrement une personne.
Ils voient d'abord un prénom.
Un sourire, une personnalité, une histoire, une dignité.
À Genève, où les besoins liés au vieillissement et au handicap complexe ne cessent de croître, la question n'est plus seulement de former davantage d'ASE.
La véritable question est celle de la reconnaissance.
Comment attirer durablement des vocations si ces métiers demeurent insuffisamment visibles ?
Comment construire une société inclusive si ceux qui rendent cette inclusion possible restent eux-mêmes dans l'ombre ?
Une civilisation ne se mesure pas uniquement à la manière dont elle protège les plus vulnérables.
Elle se mesure aussi au respect qu'elle accorde à celles et ceux qui ont choisi d'en prendre soin.
Les assistants socio-éducatifs ne demandent pas les projecteurs.
Mais ils méritent mieux que l'indifférence.
Ils sont, sans doute, les artisans silencieux d'une société plus humaine.
Conseil LOGOS
Nous parlons souvent des personnes que l'on accompagne. Prenons aussi le temps de regarder celles et ceux qui accompagnent. Une société qui valorise les métiers du soin et de l'éducation spécialisée investit dans sa propre humanité.
Pour aller plus loin…
LOGOS propose d'ouvrir un débat cantonal sur la reconnaissance des assistants socio-éducatifs. Au-delà des conditions de travail, comment mieux faire connaître leur rôle auprès du grand public, valoriser leurs compétences et encourager les jeunes à choisir cette profession essentielle ? Une société inclusive commence aussi par la reconnaissance de celles et ceux qui rendent cette inclusion possible, chaque jour, dans la discrétion.



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