C&A ferme ses portes… et l’orthographe avec
- Rédaction Logos

- il y a 2 jours
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Par Gilles Brand - Rédacteur en chef LOGOS

Il y a des fermetures de magasins qui racontent beaucoup plus qu’une simple évolution commerciale. Celle de ce C&A genevois, annoncée pour le 15 août 2026, pourrait presque devenir un petit symbole de notre époque. Non pas seulement parce qu’une enseigne déménage ou se transforme, mais parce que l’affiche placardée sur sa vitrine réussit l’exploit de faire davantage parler d’elle que la fermeture elle-même.
« Notre magasin fermera définitivement ces portes », peut-on lire. Il fallait bien sûr écrire ses portes. Puis vient « Vous pourrais continuer », au lieu de vous pourrez. Plus loin, « Toutes l’équipe C&A » devient normalement toute l’équipe, « toute ces années » devrait être toutes ces années, et les clients sont invités dans les « succursales Genevoise », là où genevoises aurait été attendu.
En quelques lignes seulement, les fautes s’accumulent avec une régularité presque fascinante.
On pourrait en rire. Et il faut sans doute en sourire un peu. Après tout, nul n’est à l’abri d’une faute, pas même ceux qui écrivent chaque jour. Mais c’est précisément là que cette photographie devient intéressante. Nous ne sommes pas devant un message griffonné à la hâte sur la porte d’une petite échoppe. Nous sommes devant la communication publique d’une grande enseigne internationale, destinée à être lue par des centaines, peut-être des milliers de personnes.
Et une question toute simple se pose : plus personne ne relit-il ?
À une époque où chacun dispose dans sa poche d’un correcteur orthographique, d’un moteur de recherche et désormais d’outils d’intelligence artificielle capables de corriger un texte en quelques secondes, voir une affiche institutionnelle comporter autant d’erreurs relève presque du paradoxe. Jamais nous n’avons disposé d’autant d’outils pour écrire correctement, et pourtant jamais nous ne semblons avoir autant accepté l’approximation.
Le sujet dépasse largement C&A. Les fautes se multiplient dans les menus de restaurants, les communications d’entreprises, les publications institutionnelles, les réseaux sociaux et parfois jusque dans les documents officiels. Peu à peu s’installe l’idée que « l’on comprend quand même ». Et c’est vrai. On comprend. Mais est-ce vraiment la seule exigence que nous souhaitons conserver ?
L’orthographe n’est pas qu’une vieille discipline scolaire destinée à départager les bons et les mauvais élèves.
Elle est aussi une forme d’attention portée au lecteur. Relire un texte, vérifier un accord, choisir le bon mot, c’est dire à celui qui nous lit : ce message mérite quelques minutes de soin parce que vous méritez, vous aussi, cette attention.
C’est peut-être cela qui gêne finalement dans cette affiche. Pas la faute elle-même, mais ce qu’elle suggère : la disparition progressive de la relecture, du contrôle, du petit geste supplémentaire qui transforme un message improvisé en communication professionnelle.
Le paradoxe est même délicieux. Le magasin annonce qu’il ferme définitivement ses portes, mais semble avoir laissé sortir l’orthographe quelques minutes avant les derniers clients.
Et au fond, cette petite feuille collée sur une vitrine raconte peut-être quelque chose de beaucoup plus grand : une société qui va vite, très vite, parfois si vite qu’elle ne prend même plus trente secondes pour se relire.
Lorsque l’exigence devient facultative, ce ne sont pas seulement quelques lettres qui disparaissent. C’est un peu du soin que nous accordons aux choses.






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