Contre-Jour : sauver une lumière genevoise
- Rédaction Logos

- 9 juil.
- 4 min de lecture
Par Gilles Brand - rédacteur LOGOS

À Genève, au 2 rue du Vieux-Billard, il existe encore un lieu où la lumière ne s’achète pas seulement : elle se pense, se restaure, se façonne et se transmet. Cet atelier s’appelle Contre-Jour. Aujourd’hui, Chloé et Aurélia lancent un appel simple : aider l’un des derniers ateliers spécialisés dans l’abat-jour sur mesure à poursuivre sa route.
Il y a des entreprises qui vendent des objets. Et puis il y a celles qui préservent un monde.
Contre-Jour appartient à cette seconde famille. Dans un temps où tout s’accélère, où les objets se remplacent plus vite qu’ils ne s’aiment, cet atelier genevois rappelle une vérité presque oubliée :
la main humaine donne aux choses une âme que l’industrie ne sait pas produire.
Ici, on ne parle pas simplement d’abat-jour. On parle de lumière. De matières. De formes. D’intérieurs habités. D’objets anciens auxquels une famille tient encore. De lampes que l’on ne jette pas parce qu’elles racontent quelque chose. De pièces uniques, pensées pour un lieu, une personne, une ambiance.
Contre-Jour est porté par Chloé et Aurélia, deux amies qui ont repris, il y a plus de quatre ans, un atelier d’abat-jour sur mesure fondé après plus de trente ans d’activité. Leur prédécesseure, Adelia, leur a transmis un savoir-faire rare, presque fragile, de ceux qui ne s’apprennent pas seulement dans les livres, mais par le regard, la patience, le geste répété, la précision de la main.
Leur atelier crée des abat-jour sur mesure, restaure des pièces anciennes et développe ses propres collections, toujours réalisées à la main, au cœur de Genève.
Il faut mesurer ce que cela signifie. Un métier d’art ne disparaît jamais dans un grand fracas. Il disparaît doucement. Une retraite non transmise. Un atelier qui ferme. Une technique qui cesse d’être pratiquée. Un outil que plus personne ne sait utiliser. Une génération qui passe, et avec elle un vocabulaire, une manière de toucher la matière, une façon de regarder la lumière.
C’est précisément contre cette disparition silencieuse que Contre-Jour travaille.
Mais depuis quelques mois, l’atelier traverse une période difficile. Le ralentissement des commandes, l’incertitude économique, la saisonnalité du métier et plusieurs événements récents ont fragilisé son équilibre. Rien de spectaculaire. Rien qui fasse la une. Mais assez pour mettre sous pression une petite structure artisanale, où chaque commande compte, où chaque semaine pèse, où la trésorerie n’a pas la force d’une grande enseigne.

Alors Chloé et Aurélia ont lancé une campagne de financement participatif au titre magnifique : « Une lumière à préserver ». L’objectif est clair : réunir 5’000 CHF pour maintenir l’atelier en activité, préserver les emplois et continuer à faire vivre ce savoir-faire rare. Au moment de la consultation de la campagne, 750 CHF avaient déjà été récoltés, soit 15 % de l’objectif, avec 29 jours restants.
Ce soutien n’est pas seulement un don à deux entrepreneuses. C’est un geste pour l’artisanat local. C’est une manière de dire qu’une ville ne se résume pas à ses vitrines standardisées, à ses franchises, à ses loyers, à ses flux.
Une ville vit aussi par ses ateliers, ses mains, ses métiers modestes et essentiels.
Elle vit par ceux qui réparent au lieu de remplacer. Par ceux qui créent lentement. Par ceux qui donnent à un objet la dignité d’une présence.
L’atelier Contre-Jour parle de cela : de la beauté utile. De la poésie quotidienne. De cette lumière qui ne cherche pas à éblouir, mais à habiter.
On pourrait croire qu’un abat-jour est un détail. C’est souvent dans les détails qu’une civilisation se révèle. La façon dont nous éclairons nos maisons dit quelque chose de notre rapport au monde. Voulons-nous seulement de la lumière fonctionnelle, froide, interchangeable ?
Ou voulons-nous encore des objets qui portent une histoire, une texture, une intention ?
Dans leur atelier de Plainpalais, Chloé et Aurélia défendent cette seconde voie. Elles travaillent les matières naturelles, les textiles, les formes, les finitions. Elles accompagnent les particuliers et les professionnels, restaurent des luminaires anciens, imaginent des pièces nouvelles. Leur site présente Contre-Jour comme un lieu où tradition et modernité se rencontrent, où l’on restaure plutôt que jeter, où chaque pièce devient un objet porteur d’histoire.
Il y a dans cette démarche quelque chose de profondément contemporain, justement parce qu’elle refuse la facilité contemporaine.
À l’heure du jetable, Contre-Jour propose la durée.
À l’heure du standard, il propose le sur-mesure.
À l’heure de l’anonyme, il propose le visage de deux artisanes.
À l’heure du bruit, il propose la lumière.
LOGOS aime ces histoires-là. Non parce qu’elles seraient anecdotiques, mais parce qu’elles révèlent ce qui tient encore debout dans une société parfois fascinée par ce qui va vite, grand, loin. Ici, tout se joue à petite échelle. Mais cette petite échelle est précieuse. Elle est humaine.
Soutenir Contre-Jour, ce n’est donc pas seulement aider un atelier à passer un cap.
C’est soutenir une certaine idée de Genève : une ville qui ne renonce pas à ses artisans, à ses métiers d’art, à ses lieux singuliers.
Une ville où la beauté n’est pas réservée aux musées, mais peut encore naître dans une boutique, derrière une table de travail, entre une carcasse d’abat-jour, un tissu choisi, une main attentive.
La campagne « Une lumière à préserver » permet de contribuer directement, mais aussi de partager l’appel autour de soi, ou simplement de faire appel à l’atelier pour un projet futur. Chaque geste compte. Chaque relais compte. Chaque commande compte.
Il y a des lumières que l’on allume. Et d’autres que l’on doit préserver.
Contre-Jour fait partie de celles-là.
Conseil de LOGOS
Avant de jeter une lampe ancienne, un abat-jour abîmé ou un luminaire de famille, prenez le temps de demander conseil à un artisan. Certains objets ne demandent pas à disparaître. Ils demandent simplement à être regardés autrement.
Pour aller plus loin
Découvrir et soutenir la campagne : « Une lumière à préserver » sur wemakeit.
Atelier Contre-Jour, 2 rue du Vieux-Billard, 1205 Genève.
Du lundi au vendredi, 10h–18h.Téléphone : +41 22 732 28 48.







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