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L’assassin assassiné

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    Rédaction Logos
  • il y a 2 jours
  • 2 min de lecture

Par Gilles Brand - Rédacteur LOGOS


Il existe des chansons qui ne racontent pas seulement une histoire. Elles ouvrent une faille. Une chambre obscure dans laquelle l’être humain se retrouve face à lui-même.

L’assassin assassiné de Julien Clerc est de celles-là.




Ce titre porte un paradoxe vertigineux : que devient la violence lorsqu’elle se retourne contre elle-même ? Que reste-t-il lorsque le bourreau tombe à son tour ? La justice ? Le soulagement ? Ou simplement une nouvelle forme de tragédie ?


Notre époque aime les verdicts populaires rapides. Elle désigne des coupables avec la vitesse des foules numériques. Elle distribue l’indignation comme autrefois on dressait les places publiques. Mais cette chanson murmure autre chose. Elle nous rappelle que l’humain n’est jamais réductible à son acte, même lorsque cet acte est terrible.


C’est ici que surgit la figure de Robert Badinter.

Non comme un personnage politique. Mais comme une conscience morale.

Car Badinter avait compris quelque chose d’essentiel : une société se révèle moins par la manière dont elle célèbre ses innocents que par la manière dont elle traite ses coupables.

Son combat contre la peine de mort ne reposait pas sur la naïveté. Il connaissait le crime. Il connaissait la souffrance des victimes. Il savait ce que certains actes portent d’irréparable.

Mais précisément.

C’est parce qu’il connaissait cette noirceur qu’il refusait que la justice devienne à son tour meurtrière.

Voilà peut-être ce que cette chanson vient toucher en nous.

Si l’assassin est assassiné, qui a gagné ?

Le droit ?

Ou l’instinct ?


Badinter avait cette phrase intérieure, presque stoïcienne : un État ne peut pas enseigner le respect de la vie en organisant la mort.


Cette pensée dépasse largement la question judiciaire.

Elle nous interroge tous.

Dans nos colères privées. Dans nos jugements hâtifs. Dans cette tentation moderne d’effacer symboliquement ceux qui fautent, de les exclure définitivement, de ne plus leur laisser aucun retour possible vers l’humain.


Car il y a dans L’assassin assassiné quelque chose de profondément inconfortable : la possibilité que notre désir de justice contienne parfois une secrète soif de vengeance.


Les anciens, de Sénèque à Marc Aurèle, savaient que la colère se déguise souvent en vertu.

Et Dostoïevski, lui, avait compris que le crime ne tue jamais une seule fois. Il continue de vivre dans les consciences.


Robert Badinter nous rappelle que la civilisation commence précisément là : au moment où l’on refuse de répondre au mal par sa simple symétrie.


Julien Clerc chante une tragédie.

Badinter, lui, lui offre une réponse éthique.

Entre les deux, une question demeure :

Sommes-nous capables de justice sans devenir les héritiers de ce que nous condamnons ?


Le conseil de LOGOS

Une société mature n’est pas celle qui punit le plus fort.

C’est celle qui conserve une conscience même face à l’irréparable.

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