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La bienveillance est-elle devenue une vertu dangereuse ?

  • Photo du rédacteur: Rédaction Logos
    Rédaction Logos
  • 2 juil.
  • 3 min de lecture

Dernière mise à jour : 6 juil.

Par Antonella Perino - journaliste citoyenne





À la lecture de La Vertu dangereuse, Julia de Funès pose une question qui mérite d’être débattue : et si la bienveillance, érigée en valeur absolue, finissait par produire l’effet inverse de celui recherché ?

Aujourd’hui, nous n’osons plus dire ce que nous pensons. Par peur de paraître négatifs, critiques ou blessants, nous préférons nous taire. La bienveillance devient alors de la complaisance.



Pourtant, le silence n’est pas toujours une preuve de respect. Il peut être une forme de lâcheté. Refuser de dire les choses avec honnêteté prive l’autre d’un regard sincère, d’une possibilité de progresser ou simplement de comprendre une situation.

La véritable bienveillance ne consiste pas à éviter tout inconfort ; elle consiste à dire la vérité avec tact et respect.

Ce glissement ne concerne pas seulement la bienveillance. L’égalité des droits, principe fondamental de notre démocratie, tend parfois à se transformer en égalitarisme. À vouloir traiter tout le monde de manière identique, nous oublions que chacun possède des talents, des rythmes, des motivations et des aspirations différents.


Nous assistons également à une étrange évolution : la prudence devient souvent de l’inaction. Nous pesons tellement chaque mot que nous finissons par ne plus rien dire.

Nous édulcorons la réalité, nous polissons notre langage jusqu’à lui faire perdre son sens.

La critique est assimilée à une offense, la contradiction à une agression.

Dès lors, le dialogue devient impossible.

Et pourtant, jamais notre société n’a autant parlé de bien-être au travail. Dans le même temps, les arrêts maladie, les dépressions et les burn-out se multiplient. Ce paradoxe devrait nous interroger.


Je suis convaincue qu’une partie de la réponse réside dans la confiance accordée aux collaborateurs.

Pourquoi imposer les mêmes horaires à tous alors que nous savons que certains sont performants dès l’aube tandis que d’autres donnent le meilleur d’eux-mêmes en fin de journée ?


J’en ai fait l’expérience. J’aimais commencer à 9 heures et travailler plus tard le soir.

C’était à ce moment-là que j’étais le plus efficace. Pourtant, cette organisation était souvent critiquée. Dans le même temps, d’autres arrivaient à 8 heures mais consacraient une partie de leur première heure à discuter autour d’un café. Ce n’est donc pas le temps de présence qui crée la performance, mais la qualité du temps réellement consacré au travail.


J’ai également observé que les collaborateurs à temps partiel étaient souvent plus concentrés et plus productifs pendant leurs heures de travail. Là encore, cela montre que l’efficacité ne se mesure pas uniquement au nombre d’heures passées au bureau.


Le succès du télétravail va dans le même sens. S’il est autant apprécié, c’est parce qu’il laisse davantage de liberté dans l’organisation du travail. Cette autonomie favorise la responsabilisation, l’engagement et, bien souvent, de meilleurs résultats.


Alors pourquoi ne pas aller plus loin ?

Pourquoi ne pas demander aux collaborateurs eux-mêmes d’identifier les pertes de temps dans leur journée et de proposer des solutions pour améliorer les processus ? Qui mieux qu’eux connaît les réalités du terrain ?


Faire confiance ne signifie pas renoncer à l’exigence. Au contraire. Lorsque chacun devient acteur de l’organisation de son travail, il se sent davantage responsable des résultats.

L’autonomie nourrit l’engagement.

À mes yeux, la véritable bienveillance ne consiste pas à protéger les individus de toute difficulté ou de toute critique. Elle consiste à leur faire suffisamment confiance pour leur dire la vérité, leur laisser des marges de liberté et leur permettre de donner le meilleur d’eux-mêmes.

La bienveillance n’est pas l’absence d’exigence.

Elle est l’alliance du respect, de la vérité et de la confiance.


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