La maison sous les arbres
- Rédaction Logos

- il y a 6 jours
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Par Gilles Brand - Rédacteur LOGOS

Il existe des maisons qui ne sont pas seulement faites de murs, de fenêtres et de tuiles.
Il existe des maisons qui continuent d'habiter ceux qui les ont quittées.
Lorsque j'écoute Gilbert Bécaud chanter La Maison sous les arbres, ce n'est pas une chanson que j'entends. C'est une porte qui s'ouvre.
Derrière elle, je revois une maison.
Notre maison.
Une maison entourée d'arbres, de silence et de saisons.
Je revois mon père rentrer du travail. Son pas était parfois lourd, mais sa présence suffisait à rassurer le monde. Il avait passé une partie de sa vie sous terre, dans les mines d'Alsace, avant de venir bâtir à Genève une autre existence. Il n'était pas un homme de grands discours. Sa tendresse passait par les gestes. Une réparation discrète. Un regard. Une présence. Un amour et une force discrète.
Je revois ma mère dans la lumière de la cuisine. Les repas du dimanche. L'odeur du café. Les nappes soigneusement dressées.
Ces choses ordinaires que l'on croit éternelles parce qu'elles se répètent.
À l'époque, nous ne savions pas que nous étions heureux.
Nous vivions simplement.
Le bonheur possède souvent cette discrétion-là.
Puis un jour, ma mère est partie.
Et soudain, la maison n'était plus tout à fait la même.
Les meubles étaient toujours là.
Les murs n'avaient pas bougé.
Les arbres continuaient à fleurir au printemps.
Mais quelque chose d'invisible avait disparu.
Une musique.
Une chaleur.
Une voix.
Je me souviens alors de mon père.
Je le revois marcher dans cette maison devenue trop grande pour un seul cœur.
Il avançait avec dignité, sans se plaindre.
Comme beaucoup d'hommes de sa génération, il portait sa peine en silence.
Mais je crois aujourd'hui que chaque pièce lui rappelait un souvenir.
Chaque fenêtre.
Chaque objet.
Chaque arbre du jardin.
La maison était devenue un album vivant.
Et derrière chaque page se trouvait ma mère.
Les années ont passé.
La maison a changé de mains.
Le temps a poursuivi sa route.
Pourtant, lorsque résonnent les premières notes de La Maison sous les arbres, tout revient.
Je revois les soirs d'été.
Les ombres longues sur la pelouse.
Le bruit du vent dans les branches.
Les voix de mes parents.
Et cette certitude étrange que les lieux conservent une mémoire.
Les maisons vieillissent.
Les arbres grandissent puis disparaissent.
Les êtres que nous aimons s'en vont.
Mais certains souvenirs échappent au temps.
Ils demeurent quelque part en nous, comme une lumière discrète qui refuse de s'éteindre.
Alors parfois, lorsque la vie ralentit un instant, j'entre de nouveau dans cette maison.
Je retrouve mon père.
Je retrouve ma mère.
Ils sont là tous les deux.
Jeunes encore.
Ils parlent.
Ils sourient.
Et la maison sous les arbres continue d'exister.
Non plus dans le monde.
Mais dans ce territoire fragile et merveilleux que l'on appelle la mémoire.







"Nous quittons souvent les maisons de notre enfance, mais elles ne nous quittent jamais vraiment."
"Les souvenirs les plus précieux sont parfois ceux qui semblaient les plus ordinaires."
"Certaines chansons ne racontent pas une histoire : elles réveillent la nôtre."