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Le Phénix de Carthage

  • Photo du rédacteur: Rédaction Logos
    Rédaction Logos
  • 10 juin
  • 2 min de lecture

Par Gilles Brand - Rédacteur LOGOS



Il existe des coïncidences si parfaites qu'elles finissent par ressembler à des clins d'œil de l'Histoire.

Depuis plusieurs jours, nous parcourions les traces laissées par les Phéniciens. Nous étudions leur civilisation, leur génie maritime, leur influence sur le bassin méditerranéen, leur héritage parfois oublié mais pourtant toujours vivant.


Nous marchions dans les ruines de Carthage.

Nous évoquions Didon.

Nous parlions des navires qui partirent un jour de Tyr pour fonder cette cité qui allait défier Rome.


Nous parlions aussi du phénix.

Cet oiseau légendaire qui meurt dans les flammes avant de renaître de ses propres cendres.


Puis vint cette fin d'après-midi.

Quelques heures avant notre départ.

La mer était calme. Le ciel immense. La Méditerranée semblait suspendue dans le silence.

Et soudain, là-haut, au-dessus de Carthage, les nuages commencèrent à dessiner une forme.

Des ailes.

Une tête tournée vers l'horizon.

Une longue traîne lumineuse.

Un phénix.

Je suis resté immobile.

Car ce n'était pas seulement un oiseau de nuages.

C'était toute l'histoire de Carthage qui semblait s'écrire une dernière fois dans le ciel.

Car le destin de cette ville ressemble à celui du phénix plus qu'à celui de n'importe quelle autre cité méditerranéenne.

Fondée par les Phéniciens.

Détruite par Rome.

Rebâtie.

Transformée.

Abandonnée.

Ressuscitée encore.

Et toujours présente plus de trois mille ans après sa naissance.

Comme si les pierres elles-mêmes avaient appris l'art de la renaissance.


Peut-être est-ce là le véritable héritage phénicien.

Non pas seulement l'alphabet.

Non pas seulement le commerce.

Non pas seulement les navires.

Mais une certaine manière d'habiter le temps.

Comprendre qu'aucune chute n'est définitive.

Que les civilisations meurent rarement totalement.

Que les idées poursuivent leur voyage lorsque les empires disparaissent.


Les Phéniciens ont disparu.

Pourtant leur alphabet a façonné le nôtre.

Leurs routes ont dessiné la Méditerranée.

Leur esprit continue de vivre dans des milliers de mots, de ports et de traditions.

Ils ont disparu sans disparaître.

Comme le phénix.


Alors, devant ce ciel extraordinaire, j'ai eu le sentiment que Carthage nous adressait un dernier message avant le départ.

Un message de fidélité.

Un message d'espérance.

Un message de transmission.


Car nous sommes tous, à notre manière, les héritiers de quelque chose qui nous précède et les dépositaires de quelque chose qui nous survivra.


Le phénix dans le ciel n'était peut-être qu'un hasard.

Mais certains hasards ont parfois la délicatesse de prendre la forme exacte dont notre esprit avait besoin.

Et cette après-midi là, au-dessus de Carthage, après une semaine passée à écouter les échos du monde phénicien, le ciel avait choisi de parler sa propre langue.

Il avait dessiné un phénix.


Conseil LOGOS

Lorsque vous visitez un lieu chargé d'histoire, ne regardez pas seulement les pierres. Écoutez ce qu'elles tentent encore de transmettre. Les civilisations meurent parfois. Les héritages, eux, voyagent beaucoup plus longtemps que les hommes.

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