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Le toit et les oiseaux

  • Photo du rédacteur: Rédaction Logos
    Rédaction Logos
  • 24 mai
  • 2 min de lecture

Par Gilles Brand - Rédacteur LOGOS



À la sortie de l’hiver, de véritables boules de mousse s’accrochent au bord pentu de mon toit.

Une vision qui, chez certains de mes voisins, déclencherait sans doute une forme d’alerte domestique. Appel à une entreprise spécialisée. Nettoyage haute pression. Traitement anti-mousse. Retour rapide à l’ordre esthétique.

Et pourtant, nous sommes au mois de mai.

Depuis plusieurs jours, j’observe un autre scénario.

Corneilles, pies et quelques autres visiteurs ailés viennent, méthodiquement, prélever cette mousse.


Jour après jour. Fragment après fragment. Avec une patience admirable.

Mon toit se nettoie lentement, naturellement, silencieusement.

Sans facture.

Sans produits chimiques.

Sans agitation humaine.

Simplement parce que le vivant sait encore faire ce que nous avons parfois oublié : utiliser plutôt qu’éliminer.


Je regarde ce ballet avec un plaisir presque philosophique.

Car cette petite scène domestique raconte peut-être bien davantage qu’un simple épisode ornithologique.

Elle dit quelque chose de notre époque.

Nous vivons dans une civilisation qui réagit souvent avant d’observer. Qui corrige avant de comprendre. Qui élimine avant de se demander si ce qui dérange pourrait avoir une utilité.


La mousse ? Un problème.

Les oiseaux, eux, répondent autrement.


La mousse ? Un matériau.

Deux regards. Deux visions du monde.


L’une fondée sur le contrôle immédiat. L’autre sur l’intelligence adaptative du vivant.

Et je me demande parfois si notre modernité n’a pas perdu cette sagesse élémentaire.

Nous supportons difficilement ce qui déborde, ce qui pousse librement, ce qui échappe à notre volonté d’ordre.

Le toit doit briller.

Le jardin doit être discipliné.

La haie doit être nette.

Comme si la propreté absolue était devenue une vertu morale.

Mais le vivant fonctionne autrement.

Il récupère. Transforme. Réemploie. Coopère.

Ces oiseaux ne nettoient pas mon toit par gentillesse.

Ils bâtissent leur avenir.

Et pourtant, ce faisant, ils accomplissent un travail que certains humains auraient confié à une machine.


Il y a là une forme d’élégance naturelle qui force le respect.

Je pense alors à nous-mêmes.

Combien de choses jugeons-nous inutiles, disgracieuses ou encombrantes, alors qu’elles pourraient encore servir à construire autre chose ?

Combien de personnes aussi.

Car notre époque applique parfois aux êtres humains la même logique qu’aux surfaces : ce qui vieillit, ce qui dépasse, ce qui ne correspond plus aux standards du moment devient suspect.


Les oiseaux, eux, n’ont pas cette cruauté.

Ils voient des ressources là où nous voyons des défauts.

Et mon toit, en ce mois de mai, se laisse doucement transformer par cette intelligence silencieuse.


Comme quoi la nature n’aime pas toujours qu’on intervienne trop vite.

Parfois, il suffit de regarder.

Et d’attendre.


Conseil de LOGOS

Avant de corriger trop vite ce qui nous dérange, prenons le temps de regarder ce que le vivant en fait. Notre époque confond parfois ordre et intelligence, propreté et sagesse, maîtrise et harmonie. Pourtant, certaines imperfections apparentes nourrissent encore des équilibres invisibles. Peut-être qu’habiter le monde avec plus de discernement commence simplement là : apprendre à distinguer ce qu’il faut vraiment réparer… de ce qu’il suffit d’observer.





1 commentaire


devigueral
24 mai

Quel joli texte! Merci car j'adore les pies et les corvidés en général! Il me renvoie à une histoire vécue il y a quelques années. Depuis mon salon, assise sur le canapé face à la fenêtre, j'avais alors eu la chance d'observer le joli manège de deux pies s'affairant à établir leur nid établi dans l'arbre en face. Tous les matins, avec mon café, je venais admirer les allers et retours des pies, au vol bien synchronisé, bien que parfois alourdi d'une branche un peu plus ambitieuse, et superviser la progression du bâti. Au fil des matins, ne voyant plus qu'une pie s'affairer, j'en conclu que pour maman Pie, le travail avait commencé. Le nid s'arrondissait à travers les branches…

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