Lotfi Elloumi, gardien des dormeurs de Carthage
- Rédaction Logos

- 6 juin
- 2 min de lecture
Par Gilles Brand - Rédacteur LOGOS

Certaines rencontres ne durent que quelques heures. Et pourtant, elles demeurent.
À Carthage, parmi les pierres antiques, les colonnes brisées et les vestiges balayés par le
vent de la Méditerranée, nous avons rencontré un homme : Lotfi Elloumi, un enseignant
passionné par sa ville.
À première vue, il pourrait être présenté comme un guide.
Mais ce mot est trop faible.
Car guider consiste à montrer un lieu.
Lotfi Elloumi, lui, faisait davantage : il réveillait une mémoire.
À mesure que nous avancions dans les ruines, les siècles semblaient se déplacer autour de nous. Les Phéniciens redevenaient des navigateurs. Les ports retrouvaient leur agitation. Hannibal reprenait la route des Alpes. Les premiers chrétiens apparaissaient dans les débats théologiques qui allaient façonner une partie de la pensée occidentale.
Les pierres cessaient d'être des pierres.
Elles redevenaient une civilisation.
Je me suis ensuite aperçu d'une chose étonnante.
À l'heure où tout semble exister à travers les réseaux sociaux, les moteurs de recherche et la visibilité numérique, il existe peu de traces publiques de Lotfi Elloumi
Comme si cet homme appartenait encore à un monde plus ancien.
Un monde où la transmission ne passait pas par les algorithmes mais par la parole.
Par la présence.
Par le regard.

Et finalement, cela correspond parfaitement à Carthage.
Car toute cette ville repose sur une idée qui traverse désormais notre voyage : celle des dormeurs.
Les Phéniciens dorment dans notre alphabet.
Carthage dort sous ses ruines.
Les premières pensées chrétiennes de l'Afrique antique dorment encore dans les fondations intellectuelles de l'Église.
Et certains hommes veillent discrètement sur ces mémoires.
Ils empêchent les civilisations de disparaître une seconde fois.
Car la première mort est celle des pierres.
La seconde est celle de l'oubli.
À sa manière, Lotfi Elloumi lutte contre cet oubli.
Non par de grands discours.
Mais par cette passion calme qui fait revivre les siècles.
En l'écoutant raconter Carthage, je pensais au phénix.
Non pas l'oiseau spectaculaire des légendes.
Mais un phénix plus discret.
Celui qui renaît chaque fois qu'un homme transmet ce qu'il a reçu.
Chaque fois qu'une mémoire est réveillée.
Chaque fois qu'une civilisation retrouve une voix.
Les guides comme Lotfi Elloumi ne sont peut-être pas seulement des accompagnateurs de voyage.
Ils sont les gardiens silencieux des résurrections.
Et dans un monde qui consomme souvent l'histoire plus qu'il ne l'écoute, leur rôle est devenu infiniment précieux.
Merci à lui pour cette traversée de Carthage.
Et surtout pour avoir rappelé que certaines pierres ne demandent qu'une chose :
être réveillées.
Le conseil de LOGOS
La véritable richesse d'un pays ne réside pas seulement dans ses monuments, mais dans les femmes et les hommes capables d'en transmettre l'âme. Préserver le patrimoine, c'est aussi honorer ceux qui le racontent.







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