top of page

Parole aux citoyens

  • Photo du rédacteur: Rédaction Logos
    Rédaction Logos
  • il y a 10 heures
  • 2 min de lecture

Interview d’un commerçant du centre-ville de Genève

« On ne vole plus seulement des objets… on vole la tranquillité »


LOGOS donne cette fois la voix à un commerçant indépendant installé depuis plus de quinze ans. Son regard est celui d’un acteur du quotidien, confronté à l’évolution de l’espace public.


Par la rédaction LOGOS


LOGOS

Vous tenez commerce depuis longtemps à Genève.

Avez-vous constaté un changement ?

Le commerçant

Oui. Lentement, mais clairement.

Ce ne sont pas forcément des actes spectaculaires.

C’est la répétition.

Des vols à l’étalage plus fréquents. Des groupes bruyants le soir.

Des altercations entre clients. Des dégradations mineures, mais constantes.

On ne vole plus seulement des objets…on vole la tranquillité.


LOGOS

Vous vous sentez menacé ?

Le commerçant

Personnellement, non. Mais je me sens exposé.

Je dois surveiller davantage. Installer des caméras. Être plus attentif à chaque mouvement.

Cela change la relation au client.

Avant, on accueillait. Aujourd’hui, on observe.


LOGOS

Comment réagissent vos clients ?

Le commerçant

Certains me disent qu’ils évitent le centre le soir. D’autres ne viennent plus avec leurs enfants.

Ce n’est pas massif, mais c’est perceptible.

La confiance est plus fragile.


LOGOS

Que manque-t-il selon vous ?

Le commerçant

De la constance.

La police passe, mais pas toujours aux mêmes horaires. Les sanctions semblent légères.

On a parfois l’impression que le système tourne en boucle.

Et puis il y a un discours politique qui minimise.

Quand on parle de « sentiment », on a l’impression que notre vécu est relativisé.




L’insécurité économique

Un commerce vit de fluidité et de confiance.

Lorsque l’espace public devient incertain, l’activité économique ralentit.

Or la vitalité commerciale est un indicateur de santé civique.

Alexis de Tocqueville soulignait que la prospérité matérielle et la stabilité politique s’entretiennent mutuellement.

Une ville animée est une ville sûre. Une ville désertée le soir est une ville qui s’interroge.


Le risque de l’habitude

Le commerçant le dit clairement :le problème n’est pas l’effondrement brutal. C’est l’érosion.

On s’habitue à :

  • fermer plus tôt,

  • sécuriser davantage,

  • contourner certaines zones.


Hannah Arendt rappelait que l’espace public est le lieu où la liberté devient visible.

Quand cet espace se contracte, la liberté se contracte aussi.


Une responsabilité collective

La sécurité n’est pas seulement policière. Elle est judiciaire, sociale, éducative, politique.

Mais elle suppose une chose fondamentale :la reconnaissance du réel.

Ni dramatisation excessive. Ni déni rassurant.

Une démocratie mature ne redoute pas de nommer ses fragilités.


En enfin, protéger le cœur battant

Le centre-ville n’est pas seulement un lieu de commerce. Il est le cœur symbolique de la cité.

Si les commerçants s’adaptent par prudence, si les familles modifient leurs habitudes, si la vigilance remplace la spontanéité, alors quelque chose s’est déplacé.

L’insécurité moderne n’est pas toujours spectaculaire. Elle est parfois une perte progressive de légèreté.

Et une ville sans légèreté devient une ville lourde.

Commentaires


bottom of page