Qui veut encore être conseiller municipal ?
- Rédaction Logos

- il y a 1 jour
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Par Georges Dunand - journaliste citoyen (rubrique politique)

Les partis genevois face à la crise silencieuse de l'engagement local
La démocratie suisse repose sur une idée aussi simple qu'ambitieuse : des citoyens ordinaires consacrent une partie de leur temps à la gestion des affaires publiques.
Ce système de milice constitue l'une des grandes forces de notre pays. Il permet à des femmes et des hommes issus de tous les horizons de participer directement aux décisions qui façonnent leur commune.
Pourtant, quelque chose semble s'être progressivement grippé.
À Genève, les partis politiques rencontrent de plus en plus de difficultés à constituer leurs listes électorales communales. Trouver des candidats n'est plus une évidence. Trouver des candidats compétents, expérimentés et porteurs d'une véritable vision devient parfois un véritable défi.
Le constat dépasse largement les clivages politiques. Il touche la droite, le centre comme la gauche.
Les raisons sont nombreuses.
La vie professionnelle s'est intensifiée. Les responsabilités familiales se sont accrues.
Les dossiers municipaux sont devenus plus complexes. Les commissions exigent un investissement important. Les séances se multiplient. Les attentes de la population augmentent. Les réseaux sociaux exposent désormais les élus à une critique permanente.
Face à ces contraintes, beaucoup de citoyens compétents hésitent à franchir le pas.
Pourquoi consacrer plusieurs soirées par semaine à la politique communale lorsque l'on dirige une entreprise, que l'on exerce une profession exigeante ou que l'on souhaite simplement préserver un équilibre familial ?
Cette évolution pose une question fondamentale : les partis recrutent-ils encore les meilleurs profils disponibles ou recrutent-ils parfois ceux qui acceptent simplement de se présenter ?
Une commune moderne n'est pourtant pas une structure anodine. Elle gère des budgets de plusieurs dizaines de millions de francs, pilote des projets d'aménagement complexes, développe des politiques culturelles, sportives, sociales et environnementales qui influencent directement la qualité de vie des habitants.
Ces responsabilités exigent des compétences.
Mais elles exigent aussi une vision.
Or c'est peut-être précisément la vision qui devient aujourd'hui la ressource la plus rare.
La politique municipale se concentre souvent sur l'immédiat. Une place de stationnement, un aménagement de voirie, une subvention, un règlement, une polémique locale.
Ces sujets sont légitimes. Ils font partie de la vie communale.
Mais qui réfléchit à la commune dans vingt ans ?
Qui imagine les conséquences du vieillissement de la population, de la croissance démographique, des mutations économiques, des défis énergétiques ou des nouvelles formes de cohésion sociale ?
Une commune ne se construit pas seulement à travers la gestion quotidienne. Elle se construit également à travers une capacité collective à regarder l'horizon.
Une autre question mérite également d'être posée.
Dans de nombreux conseils municipaux, certains élus ne prennent pratiquement jamais la parole. Ils ne déposent aucune motion, aucune résolution, aucune question écrite, aucune proposition particulière durant parfois plusieurs années de mandat.
Bien entendu, l'engagement politique ne se résume pas aux interventions publiques. Le travail en commission, les discussions préparatoires ou l'écoute attentive ont leur importance.
Mais une démocratie locale vivante suppose également la confrontation des idées, la capacité de proposer, d'interroger, de contester ou d'imaginer.
Lorsque des élus traversent un mandat presque entier sans jamais contribuer visiblement au débat public, une interrogation apparaît inévitablement : pourquoi se présenter ?
Le mandat municipal n'est pas une décoration.
Il n'est pas un titre honorifique.
Il n'est pas une distinction sociale destinée à enrichir un curriculum vitae ou à satisfaire un besoin de reconnaissance.
Il constitue une responsabilité.
Une responsabilité envers les habitants qui ont accordé leur confiance.
Une responsabilité envers la commune.
Une responsabilité envers la démocratie elle-même.
Le prestige d'un mandat ne réside pas dans le siège que l'on occupe, mais dans la contribution que l'on apporte.
La difficulté n'est donc pas uniquement de recruter davantage de conseillers municipaux.
La difficulté est de recruter des citoyens prêts à s'investir pleinement, à étudier les dossiers, à prendre des risques intellectuels, à défendre des idées et à construire une vision.
Car une démocratie locale ne s'affaiblit pas lorsqu'elle manque de candidats.
Elle s'affaiblit lorsqu'elle cesse progressivement d'attirer celles et ceux qui sont capables de penser l'avenir.
À l'heure où nos communes affrontent des défis toujours plus complexes, la véritable question n'est peut-être pas de savoir comment remplir les listes électorales.
La véritable question est de savoir comment redonner à l'engagement communal son sens, sa noblesse et son ambition.
Conseil LOGOS
Une démocratie locale forte ne dépend pas seulement du nombre d'élus. Elle dépend de leur implication, de leur capacité à proposer et de leur volonté de préparer l'avenir plutôt que de simplement administrer le présent.







« Une commune prospère est souvent celle où quelques élus ont osé penser plus loin que la prochaine séance. »
« Les partis parlent souvent de renouvellement. Ils devraient peut-être parler davantage de formation et d'exigence. »
« Le mandat de conseiller municipal devrait être considéré comme un service rendu à la collectivité, pas comme un titre. »