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Seymaz-Sud : quand la démagogie tient lieu de politique du logement

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Rédaction Logos
il y a 19 heures
10 min de lecture

Par Georges Dunand - journaliste citoyen LOGOS - rubrique politique




À force de vouloir opposer les riches aux pauvres, certains finissent par oublier les habitants, le territoire et dix années de travail. La récente tribune des coprésidents du Parti socialiste genevois sur Seymaz-Sud dans le GH_révèle une conception de la politique qui préfère les caricatures à la complexité du réel.


Il est des discours politiques qui semblent avoir traversé les décennies sans jamais rencontrer le réel. Les mots changent, les visages se renouvellent, mais la mécanique demeure : désigner des privilégiés, convoquer les injustices, opposer les intérêts particuliers à la vertu collective et, finalement, se présenter comme l'unique défenseur du bien commun.


La récente tribune d'Amanda Gavilanes et de Cyril Mizrahi dans le GHI, coprésidents du Parti socialiste genevois, consacrée au projet Seymaz-Sud, appartient malheureusement à cette tradition.


Son titre annonce déjà le verdict : « Seymaz-Sud : non à des logements toujours plus chers ».

Qui pourrait spontanément défendre le contraire ? Personne, évidemment. Et c'est précisément là que commence la facilité politique : poser une question à laquelle chacun ne peut répondre que dans le sens voulu, puis laisser entendre que toute autre position trahirait l'intérêt général.

Cette manière d'aborder un dossier complexe relève d'une conception ancienne du débat public, où la légitimité d'une proposition ne dépendrait plus de sa pertinence mais de la catégorie sociale à laquelle on suppose qu'elle profite.

Or Seymaz-Sud mérite infiniment mieux qu'un slogan.


Dix années de travail effacées en quelques lignes

Il existe, derrière ce dossier, une histoire que la tribune socialiste passe remarquablement sous silence.

Depuis 2016, propriétaires, habitants, urbanistes et représentants des autorités ont été associés, sous différentes formes, à une longue réflexion sur l'avenir de ce secteur de Chêne-Bourg.

Le premier projet de déclassement en zone de développement s'était heurté à des résistances importantes. Face à cette situation, le Grand Conseil adoptait en 2021 une motion invitant le Conseil d'État à étudier une autre voie, celle de la zone ordinaire.

Le projet de loi 13539, déposé en septembre 2024, est précisément issu de cette évolution. Il ne constitue donc ni une improvisation de dernière minute, ni une faveur soudainement consentie à quelques propriétaires.


Le rapport parlementaire du 3 juin 2025 retrace les étapes de cette démarche, les positions divergentes et les auditions menées. La commune de Chêne-Bourg elle-même a exprimé des préoccupations concernant la maîtrise de l'aménagement et la cohérence du futur quartier. Ces réserves ont nourri la discussion, notamment autour des instruments permettant d'encadrer son développement.


Voilà un élément fondamental : nous ne sommes pas devant un projet surgissant dans le silence de quelque cabinet immobilier, mais devant un processus politique, administratif et urbanistique documenté.

On peut contester son aboutissement. On peut préférer d'autres instruments juridiques. Mais il faut, au minimum, reconnaître le travail accompli.

L'effacer pour mieux installer le récit d'une opposition entre privilégiés et victimes de la crise du logement est une simplification commode.

Ce n'est pas une démonstration.


Un projet concret que la caricature ne saurait effacer

Un autre acteur mérite d'être entendu : le comité « Logements à taille humaine maintenant », qui défend le projet sur le site logementsmaintenant.ch.


Sa démarche ne consiste pas à réclamer le maintien indéfini des villas dans un secteur idéalement desservi par les transports publics. Elle défend, au contraire, la densification d'un quartier, mais une densification à taille humaine, accordant une place importante aux espaces verts, aux équipements et à l'insertion des nouvelles constructions dans leur environnement.


Le projet prévoit une zone 3 ordinaire, mais également des espaces affectés aux équipements publics et une zone de bois et forêts.

Les documents présentent notamment une surface de 9 162 m² destinée aux bois et forêts et de 1 970 m² pour les équipements publics. Le comité évoque un potentiel de plusieurs centaines de logements, avec une estimation détaillée d'environ 270 unités, susceptible d'évoluer selon les projets et les autorisations.


Comprendre que le projet ne se résume pas à la production de quelques résidences de luxe.

Autre élément significatif : selon le rapport parlementaire, l'association Seymaz-Sud regroupe plus de 80 % des propriétaires concernés.

Cette proportion mérite réflexion.

Des propriétaires qui auraient pu souhaiter conserver leur cadre de vie sont ainsi engagés dans une démarche de transformation de leur quartier.

Leur implication ne prouve évidemment pas que toutes les solutions proposées sont parfaites. Elle démontre néanmoins qu'un dialogue existe et que l'évolution du secteur ne se conçoit pas exclusivement contre ceux qui y vivent.

Une démocratie adulte devrait s'intéresser à cette expérience.

Elle devrait même chercher à en tirer des enseignements.

Il serait pour le moins paradoxal de réclamer constamment davantage de participation citoyenne et de réduire ensuite celle de propriétaires et d'habitants à la seule défense de leurs intérêts patrimoniaux.


L'étrange monopole de la vertu sociale

L'argument central des coprésidents socialistes repose sur une idée simple : la zone de développement protégerait les habitants, tandis que la zone ordinaire favoriserait nécessairement les plus fortunés.

Il existe pourtant une différence essentielle entre défendre les mécanismes de la zone de développement et prétendre que tout autre instrument d'aménagement serait socialement condamnable.

La zone de développement offre effectivement des garanties légales importantes. Elle permet notamment, selon les conditions prévues par la législation genevoise, le contrôle des prix et des loyers ainsi qu'une répartition réglementée entre différentes catégories de logements. Ces garanties sont réelles. Les nier serait intellectuellement malhonnête.


En zone ordinaire, ces obligations ne s'appliquent pas automatiquement de la même manière. Mais cette différence juridique ne suffit pas à démontrer que tout logement construit en zone ordinaire serait réservé aux riches.

Pas davantage qu'elle ne permet de conclure que le seul recours à la zone de développement garantirait, à lui seul, la rapidité et la qualité de la construction.

Une réglementation n'est pas une politique du logement à elle seule.

Encore faut-il réunir les acteurs, mobiliser les terrains, financer les infrastructures, conduire les procédures et faire émerger des projets réalisables.

Il existe une distance parfois considérable entre les intentions inscrites dans une loi et les logements effectivement livrés aux habitants.

C'est cette distance qu'une politique responsable devrait chercher à réduire.


La classe moyenne, cette grande oubliée

Dans cette opposition systématique entre logements sociaux et logements supposément réservés aux privilégiés, une réalité mérite également notre attention : celle de la classe moyenne genevoise.

Des ménages travaillent, assument leurs charges, paient leurs impôts et ne remplissent pas nécessairement les conditions d'accès à certains logements aidés. Pour autant, ils éprouvent des difficultés croissantes à se loger à proximité de leur emploi, à accueillir un enfant supplémentaire ou à retrouver un appartement adapté à leur âge.

Ces situations ne relèvent pas du luxe.

Elles constituent une part centrale de la crise genevoise du logement.

Le comité « Logements à taille humaine maintenant » place précisément cette préoccupation au cœur de son argumentaire.

Reste évidemment à démontrer dans quelle mesure les logements effectivement construits répondront à cette ambition. Les prix pratiqués et la nature des réalisations devront pouvoir être examinés.


Mais l'existence même de cette demande interdit de réduire le débat à une confrontation entre les bénéficiaires de logements subventionnés et une minorité fortunée.

Genève ne manque pas seulement de logements réglementés.

Elle manque de possibilités résidentielles diversifiées, adaptées aux différents moments de la vie et aux capacités financières de ménages aux situations très différentes.

La mixité sociale ne se décrète pas uniquement par des catégories administratives.

Elle se construit aussi par la diversité des parcours, des formes d'habitat et des possibilités d'installation.


Le logement ne se construit pas avec des procès d'intention

Depuis des décennies, Genève dénonce sa pénurie de logements. Depuis des décennies également, les projets d'aménagement se heurtent à des procédures, à des oppositions, à des divergences d'intérêts et à une complexité administrative que chacun connaît.

Il serait trop facile d'attribuer cette situation à un seul camp politique.

Les responsabilités sont anciennes, profondes et largement partagées.


C'est précisément pourquoi la tentation de transformer chaque discussion urbanistique en affrontement entre les riches et les pauvres apparaît si désolante.

La question devrait être tout autre : quelles solutions permettent de construire réellement, dans des délais acceptables, tout en assurant la qualité du cadre de vie et une accessibilité financière aussi large que possible ?

Les défenseurs de la zone ordinaire avancent des perspectives de réalisation rapide et une capacité de mobilisation des propriétaires. Les partisans de la zone de développement font valoir les garanties de contrôle public et de mixité réglementée.

Ces arguments méritent d'être comparés.


Mais il faut comparer des résultats possibles, des contraintes vérifiables et des risques identifiés, et non des intentions proclamées.

Les défenseurs du projet doivent pouvoir expliquer comment leurs engagements d'aménagement seront traduits dans les autorisations et les instruments juridiques appropriés.

Les opposants doivent, de leur côté, pouvoir démontrer que la solution qu'ils préconisent permettra effectivement de produire les logements attendus rapidement, selon un calendrier crédible.

Le débat n'en deviendrait que plus utile.


Ces propriétaires que l'on transforme si facilement en adversaires

Il existe, dans cette controverse, une autre forme d'oubli.

Derrière les parcelles cadastrales se trouvent des personnes.

Des femmes et des hommes qui habitent parfois ce quartier depuis plusieurs générations. Des familles dont la maison représente autant une histoire qu'un patrimoine.

Des habitants qui savent que leur environnement doit évoluer et qui souhaitent participer à cette transformation.

On peut parfaitement considérer que l'intérêt collectif justifie certaines contraintes sur la propriété privée. L'aménagement du territoire en comporte nécessairement.

Mais la propriété n'est pas, par nature, une faute morale.

Et le propriétaire n'est pas automatiquement un spéculateur.


Cette distinction devrait aller de soi dans une société démocratique respectueuse des droits individuels comme des responsabilités collectives.

Lorsqu'une association représentant une très large majorité des propriétaires concernés propose une vision de densification, elle ne devient pas pour autant détentrice de la vérité. Mais elle doit être reconnue comme un interlocuteur légitime.

La démocratie ne consiste pas à consulter les habitants aussi longtemps qu'ils approuvent les solutions imaginées pour eux.

Elle exige également d'écouter ceux qui proposent d'autres chemins.

L'urbanisme n'est pas une guerre de classes

C'est peut-être ici que se situe la véritable faiblesse de la tribune socialiste.

Elle considère d'abord le territoire à travers les catégories d'une confrontation sociale.

D'un côté, ceux qui auraient les moyens. De l'autre, ceux qui subiraient leurs choix. Entre les deux, l'État serait appelé à arbitrer, réglementer et garantir l'équité.

La question sociale est évidemment au cœur du logement. Elle ne saurait être évacuée.

Mais une ville est bien davantage qu'une addition de loyers.

C'est un ensemble de rues, de jardins, d'écoles, de commerces, de relations humaines, de souvenirs et de perspectives. C'est un équilibre fragile entre densité et respiration, intérêt général et libertés individuelles, besoins présents et héritage transmis.

Réussir Seymaz-Sud ne consiste pas simplement à remplir des tableaux de catégories de logements.

Il faut penser la mobilité, les équipements, les espaces publics, la présence des arbres, les transitions architecturales et la possibilité, pour ceux qui y vivent déjà, de trouver leur place dans le quartier de demain.

La densification ne devient pas vertueuse par le seul fait qu'elle est réglementée.

Elle le devient lorsqu'elle améliore réellement la ville.

Et cette qualité ne saurait être le monopole d'une famille politique ou d'un dispositif législatif.


Une responsabilité politique qui dépasse les slogans

Le Grand Conseil a adopté la loi 13539 le 2 octobre 2025 par 64 voix contre 31. Le référendum a ensuite abouti, ouvrant la voie à la votation cantonale du 29 novembre 2026.

Voilà le cadre démocratique dans lequel nous nous trouvons.


Ce scrutin ne saurait être réduit à un choix entre générosité sociale et intérêts privés.

Il porte sur deux conceptions des moyens d'aménager un territoire, de produire des logements et de concilier plusieurs exigences collectives.

Les opposants au déclassement en zone ordinaire soulèvent des interrogations concernant le contrôle des loyers, la planification et la mixité sociale.

Les défenseurs du projet présentent, pour leur part, une démarche de concertation, une volonté de densification . la rapidité à construire des logements et une approche de l'aménagement qui privilégie la souplesse et la participation des propriétaires.


Chaque camp doit pouvoir répondre aux objections adressées à sa solution.

Mais aucun ne devrait prétendre détenir à lui seul la conscience sociale de Genève.

Ce monopole moral est précisément ce qui étouffe trop souvent le débat public.

Car, derrière les formules généreuses, il y a cette question presque embarrassante par sa simplicité : combien de logements, pour quels habitants, dans quels délais et selon quelles conditions ?

C'est à cette question que les responsables politiques devraient d'abord répondre.

Gouverner le réel plutôt que les représentations

Ce qui frappe, à la lecture de la tribune d'Amanda Gavilanes et de Cyril Mizrahi, c'est finalement moins leur opposition à la zone ordinaire que le caractère binaire du raisonnement qu'ils proposent.


Derrière des mots généreux, solidarité, justice sociale, logements abordables, apparaît une représentation du monde dans laquelle les réalités ne semblent exister qu'à travers les catégories d'une lutte sociale permanente.

C'est une vieille tentation de la politique : remplacer la compréhension par l'indignation, transformer la contradiction en soupçon, et faire de la pureté des intentions un substitut à la démonstration.

Or la politique n'a pas pour mission de nous rassurer sur notre vertu.

Elle doit organiser notre coexistence.

Cela suppose de reconnaître les intérêts divergents, de respecter les personnes concernées, de confronter les solutions, d'accepter les compromis et de mesurer les conséquences de nos choix.

Le logement n'est ni de droite ni de gauche. Il constitue une nécessité humaine fondamentale.

Mais aucune nécessité humaine n'autorise à simplifier le réel jusqu'à le défigurer.

Seymaz-Sud pourrait devenir un exemple intéressant de transformation urbaine concertée.

Rien ne serait plus dangereux que de croire le résultat acquis d'avance, dans un sens comme dans l'autre.

C'est pourquoi ce quartier mérite une confrontation loyale des projets, et non un procès idéologique.


À Genève, nous avons peut-être moins besoin de discours expliquant avec emphase pour qui il faudrait construire que de responsables capables d'expliquer précisément comment ils comptent y parvenir.

La nuance n'est pas seulement politique.

Elle est celle qui sépare les proclamations des réalisations.

Et, parfois, une époque de ses vieilles habitudes.

Le conseil LOGOS

Juger une politique à ses résultats plutôt qu'à la générosité affichée de ses intentions.

La crise du logement exige davantage que des oppositions idéologiques. Comparons les projets sur des critères vérifiables : logements réellement constructibles, délais, accessibilité financière, qualité architecturale et respect des habitants. La véritable responsabilité publique ne consiste pas à proclamer le bien commun, mais à réunir les conditions de sa réalisation.



Bibliographie et sources

  • Amanda Gavilanes et Cyril Mizrahi, « Seymaz-Sud : non à des logements toujours plus chers », tribune de presse GHI reproduite dans le document transmis à LOGOS.

  • Grand Conseil de Genève, Rapport PL 13539-A, commission d'aménagement du canton, 3 juin 2025. Consulter le rapport.

  • Grand Conseil de Genève, débat et adoption de la loi 13539, 2 octobre 2025. Mémorial du Grand Conseil.

  • République et canton de Genève, Modification de zones Seymaz-Sud (Chêne-Bourg), dossier officiel du plan n° 30217-512. Consulter le dossier.

  • Conseil d'État genevois, communiqué du 1er juillet 2026 fixant la votation au 29 novembre 2026.

  • Comité « Logements à taille humaine maintenant », présentation et argumentaire en faveur du projet, logementsmaintenant.ch.

  • Association Seymaz Sud, présentation du projet et historique de la démarche, seymazsud.ch.



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