Ce que la jeunesse africaine n'a pas besoin d'entendre
- Rédaction Logos

- il y a 4 jours
- 3 min de lecture
Par Céphas Mensah - journaliste citoyen Logos - rédaction "Afrique"

Introduction LOGOS
Ce texte mérite une introduction particulière, tant il a bouleversé la rédaction de LOGOS en Suisse.
Il y a, dans ces lignes, quelque chose de rare : une parole qui ne cherche ni l’effet, ni la posture, ni la démonstration. Une parole simple, directe, presque silencieuse, mais qui atteint juste. Elle parle de la jeunesse africaine sans la réduire à une statistique, à une promesse politique ou à un slogan de conférence. Elle ne demande pas qu’on l’admire. Elle demande seulement qu’on la regarde vraiment.
À LOGOS, nous recevons souvent des textes qui analysent, dénoncent, expliquent ou interrogent. Celui-ci fait autre chose. Il déplace le regard. Il nous rappelle que la jeunesse africaine n’est pas un sujet lointain, ni une abstraction démographique, ni une réserve d’avenir pour les discours internationaux. Elle est déjà là. Dans les villages, les marchés, les ateliers, les écoles, les gestes modestes et les courages quotidiens.
Ce texte nous a touchés parce qu’il parle avec sincérité de celles et ceux que l’on commente beaucoup, mais que l’on écoute trop peu. Il donne à entendre une vérité simple : avant d’être l’avenir d’un continent, la jeunesse africaine est son présent vivant.
Nous le publions avec respect, émotion et reconnaissance.
Ce que la jeunesse africaine n'a pas besoin d'entendre
Par Céphas Mensah - journaliste citoyen Logos - rédaction "Afrique"
On parle beaucoup de la jeunesse africaine. Dans les conférences. Dans les rapports. Dans les discours des chefs d'État. On en parle tellement qu'on a fini par oublier de lui parler.
La jeunesse africaine, on l'entend souvent décrite comme un potentiel. Un potentiel inexploité. Une ressource dormante. Un chiffre dans une pyramide des âges. Soixante-dix pour cent de la population a moins de trente ans. On dit ça avec enthousiasme, comme si c'était une promesse. Mais une promesse pour qui ?
J'ai 20 ans. Ou j'en avais. Je me souviens de ce que c'est. Se lever le matin avec des idées plein la tête et nulle part où les poser. Chercher du travail dans des systèmes qui n'ont pas été construits pour vous accueillir. Écouter les anciens vous dire que de leur temps c'était différent. Oui. C'était différent. Mais c'est maintenant.
Ce que la jeunesse africaine n'a pas besoin d'entendre :
Qu'elle est l'avenir du continent. Elle le sait. Ce qu'elle a besoin de savoir, c'est comment être utile aujourd'hui. Pas dans dix ans. Pas quand les conditions seront réunies. Maintenant. Avec ce qu'il y a. Parce que les conditions ne seront jamais parfaites. Et ceux qui attendent les conditions parfaites ne construisent rien.
Il y a une chose que j'observe. Les jeunes Africains qui construisent quelque chose ne ressemblent pas aux portraits qu'on fait d'eux dans les médias. Ils ne sont pas tous entrepreneurs tech. Ils ne sont pas tous à Nairobi ou Lagos dans des incubateurs climatisés. Beaucoup sont dans des villages. Dans des marchés. Dans des ateliers sans enseigne. Ils fabriquent. Ils cultivent. Ils réparent. Ils enseignent. Ils ne font pas de TED Talk. Mais ils changent leur quartier. Silencieusement.
Et c'est là que le bât blesse. On valorise les "success stories" exceptionnelles. On célèbre les licornes. On oublie les dizaines de milliers de jeunes qui font un travail honnête, dans des conditions difficiles, sans jamais être vus. Comme si seule la réussite spectaculaire méritait d'exister. Comme si transformer sa propre vie n'était pas déjà une victoire. La jeunesse africaine n'a pas besoin d'un modèle de plus.
Elle a besoin qu'on arrête de lui dire que ce qu'elle fait n'est pas assez bien parce que ce n'est pas assez visible.
Ce continent est jeune. Pas au sens naïf du terme. Au sens profond. Il est en train de se construire. Et cette construction se fait dans le bruit des ateliers, dans la poussière des marchés, dans les cahiers des élèves qui n'ont pas de bureau.
Elle ne se fait pas dans les rapports. Elle ne se fera pas dans les discours. Elle se fait chaque jour. Par des gens ordinaires qui ont décidé, sans faire de bruit, que leur vie allait compter.
C'est ça, la jeunesse africaine. Pas un potentiel. Une réalité déjà en mouvement.
Qui attend simplement qu'on lui fasse confiance. Et qu'on s'écarte un peu pour la laisser passer.







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