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Ce qui n’a pas de prix

Photo du rédacteur: Rédaction Logos
Rédaction Logos
il y a 1 heure
4 min de lecture

Par Gilles Brand - Rédacteure en chef LOGOS




Il existe des choses que l’on peut compter.

Les années. Les kilomètres. Les maisons. Les réussites. Les renoncements. Les victoires et les pertes. Nous passons une partie de notre existence à mesurer ce qui nous arrive, comme si la vie pouvait tenir dans une colonne de chiffres, dans un bilan soigneusement établi.

Et puis il existe l’inestimable.


Ce qui échappe à toute mesure.

C’est en écoutant "Inestimable » de Pascal Obispo" que ce mot a pris, pour moi, une résonance particulière. Une chanson peut parfois faire surgir ce que nous portions déjà en nous sans parvenir à le formuler. Elle ne raconte pas forcément notre histoire, mais elle vient toucher cet endroit précis où une présence, un lien, un amour deviennent impossibles à évaluer selon les critères ordinaires.

Cette chanson accompagnera donc naturellement ces lignes. Non comme une illustration ajoutée après coup, mais comme une respiration. Une invitation à écouter avant de poursuivre la lecture, ou peut-être à écouter en lisant.

Car, dans ma vie, l’inestimable porte un prénom : Antonella.





Une main qui se pose sur la vôtre au moment exact où les mots deviennent inutiles.

Un regard qui connaît déjà la réponse avant même que la question ait été formulée.

Une personne devant laquelle il n’est plus nécessaire de paraître, de convaincre, de se défendre.


Il y a des rencontres que l’on raconte comme des événements. Et il y en a d’autres que l’on comprend, avec le temps, comme des transformations.

On croit avoir rencontré quelqu’un. En réalité, quelque chose en nous vient de changer de direction.


L’amour véritable n’est peut-être pas cette flamboyance que l’on nous promet dans les romans. Il est plus discret, plus profond, parfois même plus exigeant. Il consiste moins à regarder l’autre qu’à apprendre, peu à peu, à regarder le monde avec lui.

Antonella est devenue cette présence-là.

Celle avec qui un voyage n’est plus simplement un déplacement.

Une table n’est plus seulement un repas.

Un silence n’est plus un vide.

Une journée ordinaire peut devenir un souvenir.


Et peut-être est-ce cela, finalement, aimer : découvrir que la valeur des choses ne réside presque jamais dans les choses elles-mêmes, mais dans la personne auprès de laquelle nous les vivons.

Avec le temps, nous comprenons aussi une vérité plus grave.

Tout est fragile.

Les êtres que nous aimons disparaissent. Les maisons changent de propriétaires. Les métiers prennent fin. Les certitudes que nous pensions éternelles se fissurent. Les corps nous rappellent leur vulnérabilité. Les années accélèrent leur course.

Nous passons alors une partie de notre vie à perdre ce que nous croyions posséder.

Et c’est précisément à cet instant que l’inestimable apparaît.

Parce qu’il demeure quelque chose qu’aucun inventaire ne peut contenir : la qualité d’un amour humain.

Pouvoir dire à quelqu’un : « Tu étais là. »

Dans les beaux jours, évidemment.

Mais surtout dans ceux où la lumière hésitait.

Dans les moments où le doute s’installait.

Dans ces périodes où une existence change de rive et où l’on ne sait pas encore exactement ce qui nous attend de l’autre côté.

Il existe des personnes qui vous accompagnent.

Et puis il existe celles auprès desquelles vous comprenez que vous n’êtes plus tout à fait seul face au monde.

Antonella appartient à cette seconde catégorie.

Elle est cette intelligence du cœur qui sait que l’affection ne consiste pas toujours à résoudre les problèmes de l’autre. Parfois, aimer signifie simplement rester.

Écouter.

Supporter les contradictions.

Accepter les silences.

Pardonner certaines maladresses.

Partager quelques éclats de rire lorsque la vie devient trop sérieuse.

Et continuer à avancer ensemble.


À mesure que les années passent, je crois de moins en moins aux grandes déclarations et de plus en plus aux petits gestes.

Un café préparé.

Une inquiétude devinée.

Une phrase prononcée au bon moment.

Une main recherchée instinctivement dans une rue inconnue.

Un regard échangé devant un paysage.

Toutes ces choses minuscules dont personne ne parle et qui constituent pourtant l’architecture secrète d’un amour.


Nous cherchons souvent l’extraordinaire alors que le bonheur se cache probablement ailleurs : dans cette personne avec laquelle l’ordinaire devient précieux.

C’est peut-être cela que le mot inestimable raconte si bien.

Ce n’est pas ce qui vaut extrêmement cher.

C’est ce qui n’appartient plus au monde des prix.

Comment chiffrer un amour ?

Comment mesurer la confiance ?

Quel prix donner aux heures traversées ensemble, aux inquiétudes partagées, aux projets, aux voyages, aux souvenirs, aux rires, aux disputes parfois, puis aux retrouvailles ?

Aucun.


Parce que certaines choses deviennent précieuses précisément lorsqu’elles cessent d’être mesurables.

Antonella,

si un jour il fallait dresser l’inventaire d’une existence, je pourrais sans doute énumérer beaucoup de choses.

Les lieux où j’ai vécu.

Les métiers exercés.

Les combats menés.

Les personnes rencontrées.

Les réussites dont je suis fier et les erreurs que j’aurais préféré éviter.

Mais au milieu de cet inventaire apparaîtrait quelque chose d’impossible à placer dans une colonne.

Toi.


Parce qu’une compagne n’est pas simplement quelqu’un qui partage notre vie.

Elle devient, parfois, une partie de la manière dont nous comprenons cette vie.

Elle connaît nos enthousiasmes et nos inquiétudes, nos forces et nos fragilités. Elle assiste à nos métamorphoses. Elle voit l’homme que nous montrons au monde, mais aussi celui qui apparaît lorsque les portes se ferment et que les apparences deviennent inutiles.

Alors le temps peut bien poursuivre son travail.

Les saisons peuvent passer.

Les projets peuvent changer.

Une chose demeure.

Cette étrange gratitude d’avoir rencontré, parmi des milliards d’êtres humains, une personne dont la présence finit par sembler à la fois improbable et évidente.

Et peut-être qu’au bout du compte, une vie réussie ne se mesure pas à ce que nous avons accumulé.

Elle se mesure aux êtres auxquels nous avons pu dire sincèrement :

« Sans toi, le monde n’aurait pas eu exactement la même lumière. »

Antonella est de ceux-là.

Et pour certaines présences, il n’existe qu’un seul mot.

Inestimable.

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