Et si… Être artiste aujourd’hui était un luxe ou une nécessité ?
- Rédaction Logos

- il y a 10 heures
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Par Melody Pepin -journaliste citoyenne

Une question bien provocante, me direz-vous, surtout de la part d’une prof de dessin en zone frontalière. Et pourtant, combien de fois ai-je été confrontée à cette question : “Est-ce que tu fais ça par vocation… ou par nécessité ?”
Dans un monde où la rentabilité prime, être artiste peut vite être perçu comme une futilité. Une manière de retrouver son âme d’enfant, de s’évader. Avoir du temps pour créer déjà un luxe en soi et produire des choses qui ne se vendent pas toujours, qui prennent du temps, simplement pour le plaisir.
Car oui : toutes les toiles ne trouvent pas preneur. Tous les manuscrits ne quittent pas les tiroirs. À une autre époque, créer était réservé à une élite. Ecrire, apprendre la musique, peindre… tout cela appartenait à un certain milieu social.
Les artistes avaient des mécènes. Aujourd’hui, avoir un mécène est devenu un luxe en soi. J’ai même entendu dire que je ne gagnerais jamais ma vie en donnant des cours. Et il est vrai qu’aujourd’hui, certaines structures proposent des activités artistiques pour des sommes dérisoires, voire gratuitement, fragilisant au passage le métier de professeur.
Mais honnêtement, après huit ans, si tout cela n’était qu’un luxe ou une illusion, j’aurais arrêté. Il y a donc autre chose.
Une élève adulte m’a un jour dit : “Ça me fait du bien de dessiner, même si ça ne sert à rien.” À rien, vraiment ? Si l’on remonte bien avant nos sociétés modernes, les humains peignaient déjà sur les parois des grottes. Ils sculptaient, racontaient, chantaient. Pas pour vendre, pour être rentables. Mais pour transmettre, relier, donner du sens.
Depuis toujours, l’art traverse les époques. Il façonne les cultures, soutient les croyances, sert parfois les pouvoirs… et parfois les remet en question. Il peut déranger, faire réfléchir. C’est un outil puissant.
Albert Einstein disait : “La créativité, c’est l’intelligence qui s’amuse.”
Mais c’est peut-être plus que cela. Créer, c’est aussi se retrouver. Dans mes cours, je vois des adultes respirer à nouveau, des adolescents s’exprimer, des enfants explorer sans contrainte. Un crayon, une feuille, et quelque chose se remet en mouvement. Dans un monde saturé d’images, de vitesse et de performance, l’art devient peut-être l’un des derniers espaces où l’on prend encore le temps de regarder, de ressentir, de créer.
Et si l’art n’était pas un luxe… mais une nécessité profondément humaine ?




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