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Festival Sey’maz Musique : pourquoi la deuxième édition paraît-elle moins ambitieuse que la première ?

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  • il y a 2 jours
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Dernière mise à jour : il y a 2 jours

Par Gilles Brand - rédacteur en chef LOGOS






CRITIQUE — Sey’maz Musique revient du 3 au 6 septembre 2026 pour une deuxième édition qui promet de nouveau des interprètes de grande qualité. Pourtant, lorsqu’on compare froidement les deux programmations, une question s’impose : comment expliquer que l’édition fondatrice de 2025 donne rétrospectivement le sentiment d’avoir été plus ambitieuse que celle qui devait précisément confirmer et développer le festival ?



Il faut commencer par écarter un malentendu. La programmation 2026 de Sey’maz Musique n’est pas faible. Elle réunit au contraire des artistes reconnus et plusieurs propositions de haut niveau. Le Quatuor Sine Nomine ouvre le festival avec Mozart et Schumann avant de le refermer autour du Quintette en ut majeur de Schubert avec François Guye. La Nuit de l’orgue demeure un rendez-vous fort, avec Benjamin Guélat, Dulcis Memoria, Diego Innocenzi et le Duo W. Le Concert Impromptu propose Bernstein, Bartók et Gershwin, tandis qu’Aurora Vocalis introduit une véritable dimension contemporaine par le travail électro-acoustique de Borbála Szuromi. Le Temple de Chêne-Bougeries accueille également un ensemble vocal et instrumental autour de Bach, Mendelssohn, Schubert et Michel Hostettler. Artistiquement, il serait donc injuste de parler de déclin.


Mais qualité artistique et ambition d’un festival ne sont pas exactement la même chose.

Revenons à septembre 2025. Pour sa toute première édition, Sey’maz Musique proposait huit grands rendez-vous répartis sur quatre jours. À cela s’ajoutait une circulation particulièrement affirmée entre les lieux de Chêne-Bourg : Cour de l’Ancien Couvent, Point Favre, église Saint-François-de-Sales, Galerie Analix Forever et église orthodoxe roumaine.


Le dépliant parlait d’une « immersion unique dans la musique classique » et revendiquait explicitement la volonté de mettre en valeur le patrimoine local.

Cette première édition ne donnait donc pas seulement l’impression d’une succession de concerts. Elle proposait un parcours. On passait d’une cour à une galerie, d’une église à une autre salle, d’un récital intimiste à une longue Nuit de l’orgue, de Bach à Poulenc, du concert traditionnel à un rendez-vous destiné aux enfants. Pour une manifestation qui venait de naître, le pari était étonnamment large.


C’est précisément ce qui rend la comparaison avec 2026 intéressante.

Le site officiel présente la deuxième édition comme la poursuite du « développement » du festival « avec la même ambition ». Il annonce aujourd’hui six rendez-vous effectivement programmés entre le 3 et le 6 septembre : l’ouverture, la Nuit de l’orgue, le concert-apéritif, Aurora Vocalis, l’ensemble vocal et instrumental, puis le concert final. Le concert jeune public figure désormais sous la mention « 3e édition – date à venir ».


Ce n’est évidemment pas le nombre seul qui fait la valeur d’un festival. Six concerts remarquables peuvent être préférables à huit propositions médiocres. Mais ici, puisque le niveau artistique était déjà élevé en 2025, la diminution du nombre de rendez-vous devient un élément à prendre en compte.

D’autant qu’elle s’accompagne de la disparition, pour cette année, d’une dimension qui paraissait essentielle à la philosophie originelle du projet : le jeune public.

La Boîte à Joujoux de Debussy, confiée à l’Ensemble Variante, était prévue pour cette deuxième édition. La page officielle du festival indique désormais sans ambiguïté que le concert est « reporté à septembre 2027 ». Il faut être précis : LOGOS ne connaît pas les raisons de ce report et il serait irresponsable de les imaginer. Il ne s’agit donc pas d’en faire le procès. Mais le résultat est observable : l’édition 2026 ne comporte plus de rendez-vous spécifiquement consacré aux enfants.

Or ce point n’est pas secondaire.


En 2025, Sey’maz Musique avait précisément donné le sentiment de vouloir sortir la musique classique de son cercle habituel. Le programme jeune public, la diversité des lieux, l’entrée libre et la proximité revendiquée avec la population formaient un ensemble cohérent. Le festival ne semblait pas vouloir seulement attirer les mélomanes : il cherchait aussi à créer de nouveaux auditeurs. C’était sans doute l’un des aspects les plus intéressants de son projet.


Le festival conserve heureusement en 2026 l’entrée gratuite avec corbeille à la sortie et affirme toujours vouloir proposer une musique « accessible et vivante ». Il annonce également plus de mille personnes accueillies lors de la première édition, résultat très honorable pour une manifestation naissante. Mais l’accessibilité financière ne suffit pas à elle seule à faire de la démocratisation culturelle. Un enfant qui découvre Debussy ou Poulenc, un habitant qui entre pour la première fois dans une église pour écouter un concert, un public qui suit un parcours à travers différents lieux : voilà aussi ce qui transforme une programmation musicale en véritable projet culturel.


Il existe cependant une évolution indéniablement positive en 2026 : le festival franchit les frontières de Chêne-Bourg et s’ouvre à Chêne-Bougeries.

Le concert de l’ensemble vocal et instrumental se déroulera ainsi au Temple de Chêne-Bougeries. C’est une évolution logique et même souhaitable pour une manifestation portant le nom de la Seymaz. À terme, Sey’maz Musique pourrait devenir un véritable rendez-vous culturel des Trois-Chêne. Mais là encore, s’étendre géographiquement ne signifie pas automatiquement gagner en ambition artistique ou populaire.

Le paradoxe de cette deuxième édition est peut-être là : le territoire s’élargit tandis que le festival semble se resserrer.

En 2025, la première édition devait convaincre. Elle avait donc osé : huit rendez-vous, plusieurs lieux, une forte diversité de formes, une place pour les enfants et la volonté manifeste de transformer Chêne-Bourg en espace musical pendant quatre jours.

En 2026, le festival paraît davantage entrer dans une logique de consolidation.


Les artistes sont excellents, les œuvres fortes, les lieux toujours remarquables. Mais l’impression de foisonnement et de conquête qui caractérisait la première édition est moins évidente.


Ce choix peut parfaitement se défendre. Un jeune festival a peut-être besoin, après une première année très dense, de stabiliser son organisation, ses finances, ses partenariats et son public.

Grandir ne signifie pas nécessairement multiplier les concerts. 

Il peut même être intelligent de réduire pour mieux construire.

Encore faut-il l’assumer comme tel.

Car employer le mot « développement » invite naturellement à regarder ce qui se développe réellement : le nombre de communes, certainement ; la notoriété, probablement ; la qualité des interprètes, incontestablement. Mais qu’en est-il du nombre et de la diversité des rendez-vous ? De la transmission ? Du jeune public ? De la capacité à surprendre ? De cette impression, très présente en 2025, qu’un nouveau festival cherchait encore à inventer sa propre manière d’exister ?


C’est ici que Sey’maz Musique arrive sans doute à son premier véritable carrefour.

La première édition bénéficiait du privilège de la naissance. La deuxième doit commencer à révéler une direction. Et il ne faudrait pas que la recherche légitime de stabilité transforme progressivement une manifestation ambitieuse en une excellente saison de concerts concentrée sur quelques jours.


Car un festival n’est pas simplement une série de grands interprètes réunis sous une même affiche.

Il doit produire quelque chose que la saison musicale ordinaire ne produit pas : une effervescence, une rencontre, une identité, une prise de risque, un sentiment d’exception.

Sey’maz Musique possède déjà beaucoup pour y parvenir : des musiciens remarquables, des lieux patrimoniaux, une gratuité précieuse, une Nuit de l’orgue susceptible de devenir une véritable signature et désormais une ouverture territoriale vers Chêne-Bougeries.

Mais lorsqu’on regarde les deux éditions côte à côte, il est difficile de ne pas poser la question :

pourquoi la première année, celle où tout était encore à construire, paraît-elle avoir davantage osé que la deuxième ?

La réponse appartiendra naturellement aux organisateurs. Et peut-être l’édition 2027, avec le retour annoncé du jeune public, permettra-t-elle déjà d’y répondre.

En attendant, il faut savoir reconnaître simultanément deux réalités : Sey’maz Musique reste un festival de qualité. Mais, sur plusieurs critères, son édition fondatrice de 2025 apparaît aujourd’hui plus ambitieuse que celle de 2026.

Le constater n’est pas souhaiter son échec.

C’est précisément attendre davantage d’un festival dont la première édition avait donné envie d’attendre beaucoup.

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