Genève barricadée, Genève soulagée
- Rédaction Logos

- il y a 4 jours
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Quand la normalité devient un succès politique
Par Gilles Brand - Rédacteur LOGOS

Le lendemain de la manifestation No G7, les autorités genevoises tirent un bilan globalement positif. Pourtant, le cortège a été infiltré par plusieurs centaines de casseurs, des vitrines ont été brisées, une voiture incendiée et des affrontements ont opposé certains groupes à la police.
Et pourtant, Genève pousse un soupir de soulagement.
Pourquoi ?
Parce que la ville garde en mémoire le traumatisme du G8 d'Évian en 2003. Parce que beaucoup craignaient une répétition des scènes de chaos qui avaient marqué les esprits. Parce que les protections installées devant les commerces, les milliers de policiers mobilisés et les mesures de sécurité exceptionnelles ont finalement permis d'éviter le pire.
Mais le philosophe ne s'arrête pas là.
Il observe un phénomène plus profond.
Nous vivons dans une époque où l'on se réjouit lorsque les catastrophes annoncées sont simplement moins graves que prévu.
Autrefois, une manifestation réussie était une manifestation pacifique.
Aujourd'hui, une manifestation est parfois considérée comme réussie lorsqu'il n'y a « que » quelques vitrines détruites.
Le seuil de nos attentes s'est déplacé.
La véritable question n'est donc pas de savoir si Genève a bien géré cette journée. Les forces de l'ordre ont accompli leur mission dans des conditions extrêmement difficiles et méritent d'être saluées.
La question est de savoir pourquoi nos démocraties semblent incapables d'empêcher durablement l'apparition de groupes dont le projet politique consiste précisément à détruire.
Car les black blocs ne représentent pas une revendication particulière.
Ils incarnent autre chose.
Une forme de nihilisme politique.
Le nihiliste ne cherche pas à convaincre. Il ne cherche même plus à gouverner. Il cherche à frapper les symboles qu'il considère comme illégitimes : banques, multinationales, institutions, bâtiments publics. Dans sa logique, la destruction devient un langage.
Mais une autre question mérite d'être posée.
Comment expliquer qu'une partie de la gauche européenne continue d'entretenir une forme d'ambiguïté face à ces violences ?
Bien sûr, la très grande majorité des militants présents dans les cortèges rejettent sincèrement les dégradations et les affrontements. Mais trop souvent encore, les violences des groupes black blocs sont relativisées, minimisées ou présentées comme la conséquence presque inévitable de frustrations sociales, économiques ou politiques.
Cette lecture pose problème.
Car elle introduit une asymétrie morale. Lorsqu'une violence émane d'un adversaire politique, elle est immédiatement condamnée. Lorsqu'elle provient d'une mouvance se réclamant de causes jugées légitimes, certains semblent davantage tentés de l'expliquer que de la condamner.
Or une démocratie ne peut survivre longtemps à ce deux poids deux mesures.
Une vitrine brisée reste une vitrine brisée.
Une voiture incendiée reste une voiture incendiée.
Et la violence ne devient pas plus acceptable parce qu'elle prétend servir une bonne cause.
Le paradoxe est saisissant. Une partie de la gauche contemporaine se montre extrêmement exigeante à l'égard de toutes les formes de domination, mais parfois étonnamment indulgente envers ceux qui cassent, incendient ou intimident lorsqu'ils prétendent agir au nom du progrès.
Comme si l'intention suffisait à absoudre l'acte.
Comme si la vertu proclamée pouvait effacer la responsabilité individuelle.
L'histoire du XXe siècle nous enseigne pourtant une leçon constante : les idéologies les plus dangereuses sont souvent celles qui commencent par justifier de petites violences au nom de grands idéaux.
On peut détruire un ordre.
On ne construit jamais une civilisation avec un marteau.
Toutes les grandes œuvres humaines, les cathédrales, les universités, les constitutions, les hôpitaux, les bibliothèques, sont nées d'un effort de construction patient. Jamais d'un incendie.
C'est peut-être cela que Genève nous rappelle aujourd'hui.
La civilisation n'est pas un état naturel.
Elle est un équilibre fragile.
Quelques centaines d'individus suffisent parfois à menacer ce que des générations ont mis des décennies à bâtir.
Et pourtant, malgré les violences, malgré les tensions, malgré les provocations, la ville a tenu.
Les institutions ont tenu.
Les citoyens ont tenu.
Peut-être est-ce là la véritable victoire.
Non pas celle d'un camp contre un autre.
Mais celle de la continuité contre le chaos.
Conseil LOGOS
La démocratie ne se mesure pas seulement à sa capacité d'autoriser la contestation. Elle se mesure aussi à sa capacité de protéger l'espace commun contre ceux qui ne veulent plus débattre mais détruire. La liberté d'expression n'a de sens que si elle demeure compatible avec le respect des personnes, des biens et des institutions démocratiques.






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