L'âge des limites
- Rédaction Logos

- il y a 16 heures
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Ce que révèle réellement l'accord entre Washington et Téhéran
Par Gilles Brand - Rédacteur LOGOS

À première vue, l'accord en préparation entre les États-Unis et l'Iran ressemble à un exercice diplomatique classique. Des sanctions seraient allégées. Des avoirs seraient débloqués.
Le détroit d'Ormuz serait rouvert. Les tensions militaires reculeraient. Le nucléaire contrôlé.
Les marchés respireraient.
Le monde passerait à autre chose.
Pourtant, derrière les détails techniques se cache peut-être un événement historique beaucoup plus important.
Car une question s'impose.
Comment en est-on arrivé là ?
Depuis près d'un demi-siècle, l'Iran constitue l'un des principaux adversaires stratégiques des États-Unis au Moyen-Orient.
Pendant des décennies, Washington a poursuivi plusieurs objectifs simultanément : contenir la République islamique, réduire son influence régionale, limiter ses capacités nucléaires, affaiblir son économie et, pour certains, favoriser à terme une transformation profonde de son régime politique.
Or que constate-t-on aujourd'hui ?
Le régime iranien est toujours en place.
Son influence régionale demeure significative.
Les négociations portent davantage sur la coexistence que sur la transformation.
Et plusieurs des demandes historiques américaines semblent avoir disparu ou avoir été reléguées au second plan.
Les discussions connues à ce stade se concentrent principalement sur la sécurité maritime, le nucléaire, les sanctions et les mécanismes de désescalade.
Pour beaucoup d'observateurs, cette réalité ressemble à une concession majeure de Washington.
Le mot de capitulation circule déjà.
Il mérite toutefois d'être examiné avec prudence.
Car une capitulation est un événement.
Or ce qui se déroule sous nos yeux ressemble davantage à une évolution historique.
L'Amérique n'a pas été vaincue militairement par l'Iran.
L'Iran n'a pas davantage renversé l'ordre international.
Les deux camps découvrent simplement une vérité que toutes les grandes puissances finissent par rencontrer.
La puissance a des limites.
Pendant les années 1990, au lendemain de la disparition de l'Union soviétique, les États-Unis ont connu un moment unique dans l'histoire moderne.
Ils étaient la puissance dominante du système international.
Beaucoup ont alors cru qu'aucune résistance durable ne pouvait s'opposer à la combinaison de leur force militaire, de leur influence économique, de leur supériorité technologique et de leur attractivité culturelle.
L'histoire récente a progressivement corrigé cette certitude.
L'Irak. L'Afghanistan. La Russie. La Chine. Et aujourd'hui l'Iran.
À chaque fois apparaît la même leçon.
La supériorité n'est pas la toute-puissance.
On peut vaincre une armée sans transformer une société.
On peut imposer des sanctions sans modifier une civilisation.
On peut remporter des batailles sans atteindre les objectifs politiques initiaux.
L'accord avec Téhéran apparaît ainsi comme un symptôme d'une transformation plus vaste.
Nous quittons progressivement le monde unipolaire né après 1991.
Nous entrons dans un monde où aucune puissance ne peut imposer seule sa volonté à toutes les autres.
Le véritable sujet n'est donc peut-être pas l'Iran.
Le véritable sujet est l'Amérique.
Plus précisément, la manière dont l'Amérique apprend à vivre dans un monde où sa puissance demeure immense mais n'est plus absolue.
Cette transition est probablement l'un des grands événements géopolitiques du XXIe siècle.
Mais un autre absent apparaît dans cette négociation.
Le peuple iranien.
Car pendant que les États discutent de sanctions, de pétrole, de navigation maritime ou d'équilibres stratégiques, des millions d'Iraniens continuent de se poser une question beaucoup plus simple :
Quel avenir politique leur est proposé ?
L'histoire offre souvent ce paradoxe.
Les accords qui stabilisent les relations internationales ne sont pas toujours ceux qui répondent aux aspirations des peuples.
Les grandes puissances raisonnent en termes d'équilibre.
Les citoyens raisonnent en termes de liberté.
Et ces deux logiques ne coïncident pas toujours.
C'est pourquoi l'on peut simultanément considérer que cet accord réduit le risque d'une guerre régionale et constater qu'il ne répond pas nécessairement aux aspirations d'une partie importante de la société iranienne.
Au fond, l'événement historique n'est peut-être ni une victoire iranienne ni une défaite américaine.
Il est ailleurs.
Il réside dans la découverte progressive par toutes les puissances de leurs propres limites.
Et lorsqu'une civilisation découvre ses limites, elle entre dans une nouvelle époque.
Conseil LOGOS
Les grandes ruptures historiques ne se produisent pas toujours lorsque les empires tombent. Elles apparaissent souvent lorsqu'ils comprennent qu'ils ne peuvent plus tout obtenir.






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