Genève : que voulons-nous encore accueillir ?
- Rédaction Logos

- il y a 22 heures
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Par Gilles Brand - Rédacteur LOGOS

À l’approche du G7 d’Évian et des manifestations attendues à Genève, le débat dépasse largement les questions de sécurité ou d’organisation.
Il touche à quelque chose de plus profond :notre conception même de la démocratie moderne.
Car une civilisation ne se définit pas uniquement par les libertés qu’elle accorde. Elle se définit aussi par les limites qu’elle juge nécessaires pour préserver sa propre cohésion.
Depuis plusieurs décennies, les sociétés occidentales ont élevé l’ouverture au rang de valeur suprême. Ouvrir les frontières du dialogue. Ouvrir les espaces de parole. Ouvrir les identités. Ouvrir les sensibilités. Ouvrir les causes.
Et cette ouverture fut souvent une conquête salutaire.
Mais toute civilisation confrontée à l’histoire finit un jour par rencontrer une question plus difficile :
une société peut-elle rester ouverte si elle hésite à défendre les conditions mêmes qui rendent cette ouverture possible ?
Le G7 à Genève agit précisément comme un révélateur de cette tension.
D’un côté, le droit fondamental de manifester doit être protégé. Une démocratie incapable d’accepter la contestation cesse rapidement d’être une démocratie.
Mais d’un autre côté, certaines formes contemporaines de mobilisation semblent parfois entretenir une fascination diffuse pour la rupture, l’affrontement ou le débordement.
Comme si la violence n’était plus seulement un accident…mais une esthétique politique.
Et c’est ici qu’apparaît le danger philosophique.
Car lorsqu’une société commence à banaliser certaines violences parce qu’elles seraient “engagées”, “militantes” ou dirigées contre les symboles du pouvoir, elle modifie progressivement son rapport à la légitimité même de la force.
Or toute démocratie repose précisément sur une idée inverse :la parole doit remplacer la violence.
Hannah Arendt rappelait d’ailleurs que la violence apparaît souvent là où la parole et la légitimité commencent à s’effondrer.
Une vitrine brisée n’est pas un argument. Une ville paralysée n’est pas une pensée.
La peur n’est jamais une victoire démocratique.
C’est peut-être cela qui trouble aujourd’hui une partie de la population genevoise.
Comment expliquer qu’une immense fête populaire suisse comme la Fête fédérale de lutte, fondée sur la tradition, la transmission, le respect des règles et la maîtrise de la force, semble parfois susciter davantage d’hésitations symboliques qu’un sommet international dont chacun sait qu’il nécessitera dispositifs sécuritaires massifs et préparation à d’éventuels débordements ?
Le contraste devient presque philosophique.
La lutte suisse met elle aussi en scène l’affrontement. Mais un affrontement ritualisé. Encadré. Civilisé.
Deux hommes se confrontent physiquement sans haine. À la fin, on remet de la sciure sur l’épaule de l’adversaire.
Tout est contenu dans ce geste.
La force existe. Mais elle accepte une limite morale.
C’est peut-être précisément ce que les démocraties modernes risquent parfois d’oublier :une société libre ne peut survivre sans culture de la maîtrise.
Car lorsqu’une civilisation perd la capacité de contenir ses passions, elle finit toujours par transformer la liberté en tension permanente.
Genève ne doit évidemment pas devenir une ville fermée au monde. Ce serait trahir son histoire.
Mais elle ne devrait pas non plus devenir une ville qui hésite à affirmer clairement ceci :
la liberté de manifester est un droit ;la violence politique n’en sera jamais un.
Car une démocratie adulte ne consiste pas à tout tolérer. Elle consiste à maintenir un équilibre fragile entre ouverture et ordre, entre liberté et responsabilité, entre intensité humaine et paix civile.
Le véritable défi du G7 n’est donc peut-être pas seulement sécuritaire.
Il est spirituel.
Sommes-nous encore capables de croire qu’une société peut rester libre sans céder au chaos ?
Conseil de LOGOS
Les civilisations ne disparaissent pas seulement lorsqu’elles deviennent autoritaires.
Elles peuvent aussi se fragiliser lorsqu’elles perdent le courage de défendre sereinement les limites qui protègent la paix commune.





Que dire de plus !
Quelle chance de pouvoir lire ces si justes paroles!
Pas de chichi, une expression propre!
Cela manque dans notre monde!
François