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Israël : voter pour un avenir ou contre un homme ?

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Rédaction Logos
il y a 2 heures
8 min de lecture

Par Philip Schwarcz - journaliste citoyen LOGOS


À deux jours des élections législatives israéliennes, une nation profondément divisée s'apprête à choisir son avenir. Entre fidélité à Benjamin Netanyahu, désir de changement et nécessité de préserver l'unité nationale, une interrogation traverse ce scrutin : vote-t-on encore pour un projet politique ou, avant tout, pour ou contre un dirigeant ? Une réflexion personnelle depuis Israël, dont la portée dépasse largement ses frontières.



Israël, dimanche 25 octobre 2026

Il est tôt, en ce dimanche 25 octobre, et je ressens le besoin de prendre la plume. Ici, en Israël, nous ne sommes plus qu'à deux jours des élections législatives, prévues ce mardi 27 octobre.

La dangereuse polarisation qui divise notre société ne se limite malheureusement pas à Israël. Nous la retrouvons aux États-Unis, à l'approche des élections de mi-mandat, où le débat politique semble de plus en plus se résumer à une opposition entre ceux qui soutiennent Donald Trump et ceux qui le combattent. Il en va de même dans de nombreux pays européens.

En Israël, je ne crois pas que notre nation ait jamais été aussi profondément divisée.

D'un côté, ceux qui s'opposent farouchement à Benjamin Netanyahu ; de l'autre, ceux qui lui témoignent une fidélité presque inconditionnelle, au point de ne plus accepter la moindre critique à son égard.


Le système électoral israélien repose sur la représentation proportionnelle. Il est complexe, parfois déroutant, et certainement loin d'être parfait. Il n'en demeure pas moins que l'existence d'une démocratie parlementaire dans une région aussi tourmentée constitue une réalité précieuse, qu'il nous appartient de préserver, quelles que soient nos convictions politiques.


Je ne suis qu'un humble observateur et ne prétends nullement maîtriser toutes les subtilités de la politique israélienne. Je souhaite simplement partager quelques réflexions, nourries de mes lectures dans la presse, dont je connais les limites et les partis pris, mais aussi, et surtout, des nombreuses conversations que j'ai pu avoir avec des amis et des membres de ma famille ici, en Israël.


Je reconnais volontiers que ces échanges constituent un échantillon restreint, qui ne saurait refléter toute la complexité de notre société.

Mais ils témoignent d'une réalité : la politique occupe les esprits, divise les familles et suscite des passions rarement apaisées.

Pour ce scrutin, 38 listes électorales sont en compétition. Un chiffre impressionnant pour un pays d'environ dix millions d'habitants ! Une formule me vient alors à l'esprit : « Trop de démocratie tue la démocratie. » Provocation, sans doute. Mais derrière elle se pose une véritable question : lorsque les sensibilités politiques se fragmentent à l'extrême, la démocratie conserve-t-elle toute sa capacité à produire des majorités stables et à gouverner efficacement ?


Les sondages laissent entrevoir une Knesset à nouveau fragmentée, sans majorité évidente. Le Parlement israélien compte 120 sièges et il faut pouvoir réunir le soutien d'au moins 61 députés pour gouverner. Or, dans un système aussi proportionnel, aucun grand parti ne semble en mesure de s'approcher seul de cette majorité.


Deux formations occupent aujourd'hui une place centrale dans cette confrontation : le Likoud, dirigé par Benjamin Netanyahu, que tout le monde appelle Bibi, et Yashar, la formation centriste conduite par Gadi Eisenkot, ancien chef d'état-major de Tsahal. Les enquêtes d'opinion les situent chacune autour d'une vingtaine de sièges, parfois davantage selon les instituts et les périodes.

Dès lors, gouverner signifie nécessairement former une coalition.

Et former une coalition implique de négocier, de renoncer à certaines convictions, de consentir à des compromis parfois difficiles, voire de s'allier à des partenaires dont on ne partage ni les valeurs ni les ambitions.

Pour Netanyahu, cela signifie notamment composer avec les partis religieux et les formations de la droite radicale. Pour Eisenkot, il faudrait rassembler plusieurs forces d'opposition aux orientations parfois très différentes. La question d'une éventuelle coopération avec les partis arabes, représentant une composante importante de la population israélienne, demeure également politiquement sensible et profondément controversée.

C'est toute la difficulté de notre système : celui qui obtient le plus de voix n'est pas nécessairement celui qui parvient à gouverner. La victoire électorale et la capacité à construire une majorité sont deux réalités bien distinctes.


Benjamin Netanyahu : l'homme des contradictions

Aujourd'hui, nul ne peut nier que Benjamin Netanyahu s'est attiré un nombre considérable de détracteurs, en Israël comme à travers le monde. La Cour pénale internationale a délivré à son encontre un mandat d'arrêt pour des accusations de crimes de guerre et de crimes contre l'humanité, accusations qu'il conteste. Il ne s'agit pas d'une condamnation, mais la gravité de cette procédure ne peut être ignorée. En Israël, il doit également répondre d'accusations de corruption dans le cadre d'un procès qui n'a pas encore abouti à un jugement définitif.

Il a incontestablement beaucoup de comptes à rendre.

On peut notamment s'interroger sur sa politique passée à l'égard du Hamas et sur les transferts financiers qataris vers Gaza, autorisés pendant des années. Il faut également questionner les défaillances de la sécurité à la frontière avant le 7 octobre 2023, la lenteur catastrophique de la réaction militaire lors des attaques, ainsi que son opposition à certaines formes d'enquête indépendante sur les responsabilités de cette tragédie.


Ces questions sont fondamentales. Elles touchent à la sécurité du pays, à la confiance envers ses institutions et, surtout, à la responsabilité politique de ceux qui le gouvernent.

Mais il existe aussi une autre facette de Benjamin Netanyahu, que ses adversaires les plus déterminés ont parfois du mal à reconnaître.


C'est incontestablement un orateur remarquable, capable de porter la voix d'Israël sur les plus grandes tribunes internationales, notamment devant les Nations unies. Pendant de nombreuses années, il a alerté la communauté internationale sur les ambitions nucléaires de l'Iran et sur les dangers que représentait, à ses yeux, le régime des mollahs.

Il a également joué un rôle majeur dans le développement stratégique, économique et technologique d'Israël. Sous ses différents gouvernements, notre pays a consolidé sa puissance militaire, développé son industrie de défense et renforcé son rayonnement dans les technologies de pointe.

Israël occupe aujourd'hui une place remarquable dans de nombreux domaines : la médecine, l'intelligence artificielle, l'irrigation, le dessalement de l'eau et l'innovation scientifique.

Ces réussites sont évidemment le fruit du travail de générations de chercheurs, d'entrepreneurs, d'ingénieurs et de citoyens. Mais les orientations politiques successives ont contribué à créer un environnement favorable à leur essor.

Sur le plan diplomatique, Netanyahu a participé à l'établissement des accords d'Abraham, qui ont ouvert de nouvelles relations entre Israël et plusieurs pays arabes. Son alliance avec Donald Trump a également marqué une période particulière des relations israélo-américaines, dont l'importance historique ne saurait être sous-estimée.


Sur le plan militaire, il a conduit Israël à travers une succession d'affrontements sur plusieurs fronts, contre des adversaires déterminés à menacer son existence. Les résultats de ces campagnes demeurent discutés, tant sur le plan stratégique qu'humanitaire. Mais elles ont profondément transformé les équilibres régionaux et placé la question iranienne au centre des préoccupations internationales. La menace n'a toutefois pas disparu, et le régime des mollahs demeure en place.

Qu'on l'aime ou qu'on le déteste, Benjamin Netanyahu occupera une place majeure dans l'histoire politique d'Israël.

Il a connu des succès, commis des erreurs considérables et suscité des passions rarement égalées. Son parcours aura été long, mouvementé, parfois brillant, parfois tragique. Beaucoup estiment qu'il a duré trop longtemps. Il est vrai que peu de dirigeants, dans l'histoire, ont su reconnaître le moment où il convenait de se retirer.

Bibi ne semble pas faire exception.

Mais une chose est certaine : cet homme possède une détermination et un courage politique hors du commun. Pour employer une expression moins académique, mais qui traduit assez bien mon sentiment : il a une sacrée paire de « cojones » !


Gadi Eisenkot : l'espoir d'une autre voie ?

Face à lui, Gadi Eisenkot incarne une autre génération et une autre manière d'envisager le pouvoir.

Ancien chef d'état-major de Tsahal, il possède une expérience militaire considérable et une connaissance approfondie des enjeux de sécurité qui dominent la vie israélienne.

Il reste cependant moins connu sur la scène internationale que Netanyahu, et son aisance dans la communication internationale ne peut encore être comparée à celle de son adversaire.

Son parcours personnel a été marqué par une tragédie immense. Il a perdu son fils au combat ainsi que d'autres membres de sa famille durant cette guerre.

Une épreuve qui donne évidemment une dimension profondément humaine à son engagement public.

Il existe aujourd'hui un courant d'opinion favorable à l'idée de lui donner sa chance. Pour certains, il représente la possibilité de sortir d'une confrontation devenue presque exclusivement personnelle autour de Netanyahu. Pour d'autres, son expérience militaire ne suffit pas à garantir qu'il saura maîtriser les subtilités de la vie politique et les exigences de la conduite d'un gouvernement.


Saura-t-il rassembler suffisamment de soutiens ? Pourra-t-il composer avec des formations politiques aux sensibilités parfois opposées ? Et surtout, sera-t-il en mesure de gouverner autrement, sans reproduire les impasses de ses prédécesseurs ?

Nous disposerons bientôt d'une première réponse. Mais les résultats électoraux ne suffiront pas, à eux seuls, à répondre à toutes ces interrogations.


Et si l'unité nationale devenait une priorité ?

Personnellement, je ne me reconnais ni dans l'extrême droite ni dans l'extrême gauche. Je me considère comme un homme du centre, attaché à la modération, au pragmatisme et à la recherche de compromis.

Dans cet esprit, je verrais favorablement, à titre personnel, une coalition réunissant le Likoud et Yashar. Une alliance qui permettrait de dépasser une partie des oppositions actuelles et de rassembler des compétences autour des grands intérêts du pays.

Je sais bien qu'il s'agit probablement d'une utopie, tant que Benjamin Netanyahu restera à la tête du Likoud.

Mais pourquoi faudrait-il systématiquement considérer toute idée de rapprochement comme une faiblesse ou une trahison ?


Je suis convaincu qu'une partie importante des Israéliens aspire avant tout à davantage de stabilité, de sécurité et de sérénité. Dans une période aussi difficile, face à des menaces qui demeurent considérables, quoi de plus raisonnable que de rechercher une forme d'unité nationale ?

Nous avons besoin d'un gouvernement capable de protéger le pays, certes, mais aussi de réconcilier une société profondément meurtrie.

Un pays ne peut vivre indéfiniment dans la confrontation permanente entre deux camps qui finissent par ne plus se parler, ne plus s'écouter et parfois même ne plus se reconnaître comme appartenant à une même nation.

Je suis convaincu qu'un changement est nécessaire. Mais une question demeure : un autre gouvernement serait-il réellement capable de faire mieux que le précédent ?

Seul le temps nous le dira.

Il est si facile de critiquer lorsque l'on siège dans l'opposition, et infiniment plus difficile de gouverner lorsqu'on exerce le pouvoir, particulièrement dans un système où chaque décision exige des compromis et où la survie d'un gouvernement dépend parfois de quelques voix.


Voter pour construire, plutôt que pour détruire

Au fond, cette élection pose une question qui dépasse largement les frontières d'Israël.

Lorsque nous déposons notre bulletin dans l'urne, choisissons-nous réellement un projet pour l'avenir ou exprimons-nous avant tout notre admiration, notre fidélité, notre colère ou notre rejet à l'égard d'un homme ?


La démocratie ne devrait pas se résumer à un affrontement entre personnalités.

Elle devrait être une confrontation d'idées, de visions, de projets et de responsabilités.

Il est légitime de vouloir sanctionner un dirigeant. Il est tout aussi légitime de lui renouveler sa confiance. Mais ni l'hostilité ni la loyauté aveugle ne devraient nous dispenser de réfléchir à l'avenir collectif.


J'aimerais croire qu'au-delà des rivalités, des rancœurs et des ambitions personnelles, les responsables politiques israéliens sauront retrouver le sens de l'intérêt national.

Prions pour que le résultat de mardi soit bénéfique à notre pays et pour que ceux qui auront la responsabilité de le gouverner placent l'unité nationale au-dessus de leurs ambitions personnelles et de leur soif de pouvoir.

C'est probablement l'une des tâches les plus difficiles de la politique contemporaine, partout dans le monde.

Israël ne fait pas exception.

Et peut-être est-ce précisément là que commence le véritable courage politique : non pas dans l'art de vaincre son adversaire, mais dans la capacité de gouverner un peuple qui ne pense pas d'une seule voix.



Pour accompagner la publication, voici des références vérifiées :



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