La Palestine, cinquante ans de résolutions et une paix toujours introuvable

Par Gilles Brand - Rédacteur en Chef LOGOS
🎵 LOGOS Studio — L'espérance en héritage
Avant d'écouter…
Il est des souvenirs qui traversent le temps sans jamais perdre leur lumière. En 1976, un adolescent découvrait les Nations unies, tandis que son père, marqué par les blessures de la guerre, plaçait dans cette institution l'espoir d'un monde enfin réconcilié.
Cette composition musicale accompagne ce voyage entre deux générations, entre la mémoire et l'espérance, entre les promesses d'hier et les incertitudes d'aujourd'hui.
Car si les hommes n'ont pas encore appris à vivre en paix, l'espoir que nous transmettent ceux qui nous ont précédés demeure peut-être notre plus précieux héritage.

En 1976, j'avais douze ans et je fréquentais volontiers le Palais des Nations, à Genève. Ces visites gratuites étaient déjà une manière de voyager, de découvrir le monde et de prolonger l'espoir que mon père, marqué par la Seconde Guerre mondiale, avait placé dans les Nations unies. Cinquante ans plus tard, un document conservé depuis cette époque me ramène à cette jeunesse, mais aussi à une question troublante : comment se fait-il que tant de résolutions, tant de négociations et tant d'espoirs n'aient toujours pas permis de résoudre le conflit israélo-palestinien ?
Un adolescent au Palais des Nations : mes premiers voyages immobiles
Il est des documents que l'on conserve pendant des décennies sans véritablement savoir pourquoi. Des lettres, des photographies, quelques livres ou des papiers dont la signification semble s'effacer avec le temps. Ils nous accompagnent de déménagement en déménagement, survivent à nos changements de vie et finissent parfois par réapparaître, porteurs d'une émotion inattendue.
C'est ainsi que j'ai retrouvé un document officiel des Nations unies daté du 5 mars 1976.
Son titre, particulièrement administratif, ne laisse guère présager l'émotion qu'il allait provoquer : Résolutions et décisions adoptées par l'Assemblée générale et le Conseil de sécurité sur la question de Palestine, 1947-1975.
En 1976, j'avais douze ans, bientôt treize. J'étais élève au Cycle d'orientation, à Genève. À cette époque, il m'arrivait de me rendre au Palais des Nations, dont les visites étaient gratuites.
Pour l'adolescent que j'étais, franchir les portes de cette institution constituait déjà une manière de voyager.
Il y avait les drapeaux, les langues étrangères, les interminables couloirs, les grandes salles de conférence et cette atmosphère singulière des lieux où se croisent des représentants venus des quatre coins du monde.
Je me souviens notamment des huissiers, dont les uniformes imposants m'impressionnaient particulièrement. Leur présence donnait à l'ensemble une solennité presque théâtrale.
Tout semblait important, jusqu'aux gestes les plus ordinaires.
Je ne comprenais certainement pas les subtilités de la diplomatie internationale. Mais j'éprouvais une fascination pour ce lieu où des hommes, parlant des langues différentes et appartenant à des cultures parfois très éloignées, tentaient de discuter de l'avenir du monde.
À une époque où les voyages n'étaient ni aussi accessibles ni aussi courants qu'aujourd'hui, ces visites représentaient une véritable ouverture sur l'ailleurs.
Et il y avait un passage que j'appréciais tout particulièrement : le guichet philatélique des Nations unies.
Mon père, les timbres et l'espoir d'un monde sans guerre
Mon intérêt pour les timbres de l'ONU ne devait rien au hasard. Mon père m'y avait sensibilisé depuis mon enfance.
À travers ces petites illustrations, il m'avait fait découvrir les innombrables domaines d'intervention des Nations unies : la santé, l'éducation, la protection de l'enfance, l'aide aux réfugiés, les droits humains, la coopération internationale et, naturellement, la paix.
Chaque timbre représentait un pays, une cause, un événement ou une ambition. Il racontait, à sa manière, quelque chose du monde.
Bien avant Internet, bien avant la circulation instantanée des images et des informations, ces modestes objets de papier constituaient une extraordinaire invitation à la découverte.
Mais pour mon père, ils représentaient bien davantage qu'une collection.
Il avait connu la Seconde Guerre mondiale. Il appartenait à cette génération européenne marquée par les dévastations, les déchirements et les souffrances provoqués par les conflits du XXe siècle.
La dernière guerre mondiale qu'il avait vécue avait laissé une empreinte profonde dans sa manière de regarder l'avenir.
Lorsque les Nations unies furent créées en 1945, elles incarnèrent pour beaucoup d'Européens l'espoir d'un monde différent. Mon père partageait profondément cette espérance.
Il voulait croire que les hommes avaient enfin compris les conséquences de leurs affrontements, qu'ils sauraient désormais privilégier le dialogue à la violence et que cette nouvelle institution pourrait empêcher le retour des tragédies qui avaient ensanglanté l'Europe.
C'est dans cet esprit qu'il avait constitué sa collection de timbres et d'enveloppes Premier Jour des Nations unies.
Aujourd'hui, je comprends que cette collection représentait peut-être aussi une forme d'engagement personnel.
Mon père ne collectionnait pas seulement des émissions philatéliques.
Il conservait les traces matérielles d'une idée à laquelle il croyait : celle d'une humanité capable de dépasser ses divisions pour construire une paix durable.
Et lorsqu'il me montrait ces timbres, il ne me transmettait pas uniquement le goût de la philatélie. Il éveillait ma curiosité pour les peuples, leurs histoires et les responsabilités de la communauté internationale.
Mes visites au Palais des Nations prolongeaient ainsi, probablement sans que j'en sois pleinement conscient, cet enseignement paternel.
Mon père m'avait fait découvrir le monde à travers les timbres. Je le retrouvais désormais dans les couloirs de l'ONU.
C'est vraisemblablement à l'occasion de l'une de ces visites que j'ai reçu le document daté du 5 mars 1976.
Je ne me souviens plus des circonstances exactes.
Mais je l'ai conservé pendant cinquante ans.
1976 : l'ONU connaissait déjà l'essentiel du problème palestinien
Le document retrouvé n'était pas une brochure touristique. Il s'agissait d'une compilation officielle préparée pour le Comité pour l'exercice des droits inaliénables du peuple palestinien, créé quelques mois auparavant.
Sous la cote A/AC.183/L.2, il rassemblait chronologiquement les résolutions et décisions de l'Assemblée générale et du Conseil de sécurité concernant la Palestine entre 1947 et 1975.
Sa première page précise que le comité, réuni le 26 février 1976, avait demandé au Secrétariat de réunir ces textes afin de faciliter ses travaux.
Ce détail est essentiel.
En 1976, les Nations unies ne découvraient pas la question palestinienne. Elles disposaient déjà de près de trente années de débats, de décisions et de recommandations.
La partition de la Palestine, la création d'Israël, le déplacement des populations palestiniennes, les guerres israélo-arabes, la question des réfugiés, Jérusalem, les territoires occupés et les droits nationaux palestiniens figuraient depuis longtemps à l'agenda international.
Autrement dit, les principaux éléments du conflit étaient déjà identifiés.
Ce qui manquait n'était pas une connaissance suffisante du problème, mais la capacité politique de parvenir à un règlement accepté et appliqué.
Cette distinction me paraît fondamentale.
Nous avons tendance à croire que les conflits persistent parce que leurs causes seraient insuffisamment comprises. L'histoire nous enseigne pourtant une réalité bien différente : les hommes peuvent parfaitement connaître les raisons de leurs désaccords et demeurer incapables de les surmonter
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De 1947 à 1976 : les fondements d'un conflit durable
Pour comprendre la portée de ce document, il faut revenir à quelques décisions essentielles.
En novembre 1947, l'Assemblée générale des Nations unies adopte la résolution 181, recommandant le partage de la Palestine sous mandat britannique en deux États, l'un juif et l'autre arabe, tandis que Jérusalem devait bénéficier d'un régime international particulier.
Le projet est accepté par les principaux dirigeants sionistes et rejeté par les dirigeants arabes.
La guerre qui accompagne la fin du mandat britannique et la proclamation de l'État d'Israël en mai 1948 bouleverse durablement la région.
Pour les Israéliens, 1948 marque l'indépendance nationale et l'établissement d'un refuge souverain pour le peuple juif après des siècles de persécutions, culminant dans la Shoah.
Pour les Palestiniens, cette même année représente la Nakba, la catastrophe, avec l'exode et l'expulsion de centaines de milliers de personnes.
Deux mémoires collectives, deux aspirations nationales et deux récits historiques se construisent ainsi autour d'un même territoire.
La guerre des Six Jours, en juin 1967, constitue une nouvelle rupture. Israël prend le contrôle de la Cisjordanie, de Jérusalem-Est, de Gaza, du Sinaï et du plateau du Golan.
Quelques mois plus tard, le Conseil de sécurité adopte la résolution 242, qui affirme notamment la nécessité du retrait de forces israéliennes de territoires occupés lors du conflit et le droit de chaque État de la région à vivre en paix, à l'intérieur de frontières sûres et reconnues.
En novembre 1974, l'Assemblée générale réaffirme les droits du peuple palestinien à l'autodétermination, à l'indépendance et à la souveraineté nationale.
Toutes ces étapes précèdent le document que je tiens aujourd'hui entre mes mains.
En 1976, une large partie des principes qui structurent encore la diplomatie contemporaine avait donc déjà été formulée.
C'est précisément ce qui rend sa redécouverte si troublante.
Cinquante ans plus tard, des avancées et une paix toujours absente
Il serait injuste d'affirmer que rien n'a changé depuis 1976.
Les accords de Camp David ont ouvert la voie au traité de paix entre Israël et l'Égypte en 1979. Les accords d'Oslo de 1993 ont engagé une reconnaissance mutuelle entre Israël et l'Organisation de libération de la Palestine. La Jordanie a signé un traité de paix avec Israël en 1994. Plus récemment, les accords d'Abraham ont permis la normalisation des relations entre Israël et plusieurs États arabes.
Ces avancées témoignent d'une réalité importante : lorsque les responsables politiques en prennent la décision, des conflits considérés comme insolubles peuvent trouver une issue diplomatique.
Mais aucune de ces étapes n'a apporté de réponse définitive à la question palestinienne.
Le 7 octobre 2023, les attaques terroristes du Hamas contre Israël, accompagnées de massacres de civils et de prises d'otages, ont provoqué une nouvelle tragédie.
La guerre qui a suivi dans la bande de Gaza a entraîné des pertes humaines considérables, des déplacements massifs et une destruction d'une ampleur exceptionnelle.
Le cessez-le-feu entré en vigueur le 10 octobre 2025 a représenté une avancée majeure, permettant notamment le retour des derniers otages israéliens et de leurs dépouilles. Mais un an plus tard, les violences n'ont pas cessé, le désarmement du Hamas n'a pas été réalisé et la reconstruction demeure très largement bloquée. C'est notamment le constat dressé par les Nations unies dans leur rapport de septembre 2026.
Question of Palestine
Le 9 octobre 2026, l'Organisation internationale pour les migrations avertit encore que près de deux millions d'habitants de Gaza ont besoin d'une aide d'urgence pour se loger à l'approche de l'hiver.
Reuters
Cette réalité devrait nous interroger.
Comment expliquer qu'après près de quatre-vingts ans de débats internationaux, des générations entières continuent à vivre dans la peur, l'insécurité et l'absence de perspectives durables ?
La répétition des résolutions ne suffit pas à apporter une réponse.
L'ONU a-t-elle échoué ?
C'est probablement la question la plus difficile.
Lorsque mon père plaçait son espoir dans les Nations unies, il imaginait une institution capable de prévenir de nouveaux conflits et de favoriser la coexistence pacifique des peuples.
Cet idéal n'était pas absurde.
Après deux guerres mondiales, dont la seconde avait laissé une Europe dévastée, il était parfaitement raisonnable de chercher à construire un système international reposant sur le droit, le dialogue et la coopération.
L'ONU a d'ailleurs accompli des réalisations considérables, notamment dans les domaines humanitaire, sanitaire, éducatif et du développement.
Mais elle souffre d'une limite fondamentale : elle dépend des États qui la composent.
Elle ne dispose pas d'une autorité supérieure capable de contraindre systématiquement les puissances à respecter leurs engagements.
L'Assemblée générale adopte des recommandations qui expriment souvent des positions majoritaires. Le Conseil de sécurité dispose de pouvoirs plus contraignants, mais son fonctionnement demeure soumis aux intérêts des cinq membres permanents et à leur droit de veto.
Cette organisation repose donc sur une contradiction presque originelle : elle aspire à défendre des principes universels tout en dépendant de gouvernements dont les intérêts sont souvent divergents.
Peut-on véritablement demander à une institution de garantir la paix lorsque ceux qui la dirigent indirectement ne sont pas toujours disposés à faire les concessions nécessaires ?
Ce n'est peut-être pas tant l'ONU qui a échoué que les États qui n'ont pas su, ou voulu, transformer ses principes en décisions effectives.
Il serait pourtant dangereux d'en conclure que cette institution ne sert à rien.
Une organisation internationale imparfaite demeure préférable à un monde dans lequel la force constituerait l'unique arbitre des différends.
Le danger des certitudes et des appartenances
Le conflit israélo-palestinien présente une autre caractéristique inquiétante : il semble rendre de plus en plus difficile une réflexion indépendante.
Dans le débat public, chacun est souvent sommé de choisir un camp.
La défense d'Israël conduirait nécessairement à ignorer les souffrances palestiniennes. La reconnaissance des droits palestiniens impliquerait, à l'inverse, une hostilité à l'existence d'Israël.
Ce raisonnement est intellectuellement insoutenable.
Il doit être possible de reconnaître simultanément le droit d'Israël à vivre en sécurité, le droit des Palestiniens à l'autodétermination et le devoir de protéger toutes les populations civiles.
Condamner les crimes du Hamas n'implique pas de justifier toutes les opérations militaires israéliennes. Dénoncer les souffrances des civils palestiniens n'implique pas de minimiser les attaques contre les Israéliens.
Il faut également refuser les amalgames.
Le peuple israélien ne se confond pas avec son gouvernement. Le peuple palestinien ne se confond pas avec le Hamas. Et aucune population ne devrait être tenue collectivement responsable des actes de ses dirigeants ou d'organisations armées.
Ces principes ne sont pas des concessions accordées à tel ou tel camp.
Ils constituent les fondements mêmes d'une éthique universelle.
Peut-être est-ce là que commence la véritable fidélité à l'idéal des Nations unies : défendre les mêmes droits pour tous, y compris lorsque cela dérange nos convictions personnelles.
Pourquoi la paix demeure-t-elle si difficile ?
La paix ne se résume pas à l'absence momentanée de combats.
Elle suppose une sécurité réelle, la reconnaissance des droits, des institutions légitimes et la possibilité, pour chaque population, d'envisager son avenir sans craindre sa disparition.
La solution de deux États demeure le cadre central de la diplomatie internationale. En septembre 2025, l'Assemblée générale de l'ONU a encore approuvé la Déclaration de New York, consacrée au règlement pacifique de la question palestinienne et à la mise en œuvre de cette solution, par 142 voix contre 10 et 12 abstentions.
Question of Palestine
Mais entre les intentions et leur réalisation demeurent des difficultés considérables.
Il faut répondre à la question des frontières, au statut de Jérusalem, à la situation des implantations israéliennes en Cisjordanie, aux revendications des réfugiés palestiniens, à la sécurité d'Israël, à l'avenir de Gaza et à la représentation politique palestinienne.
Il faut aussi parvenir à convaincre les sociétés concernées que la coexistence est préférable à la perpétuation du conflit.
Car les guerres prolongées ne détruisent pas uniquement des infrastructures et des vies humaines. Elles transforment également les consciences.
La peur devient une habitude. La méfiance se transmet aux enfants. Les humiliations successives construisent des récits dans lesquels l'autre apparaît comme une menace permanente.
C'est sans doute l'une des conséquences les plus tragiques des conflits interminables : ils finissent par fabriquer les conditions de leur propre reproduction.
Voilà pourquoi une paix durable exige davantage que des négociations entre gouvernements.
Elle implique aussi un travail patient d'éducation, de reconnaissance des souffrances et de reconstruction des relations humaines.
La leçon d'un document conservé cinquante ans
Je reviens à cette couverture du 5 mars 1976.
Elle est légèrement jaunie. Sa typographie, sa présentation administrative et le papier lui-même appartiennent à une autre époque.
Mais les questions qu'elle soulève sont étonnamment contemporaines.
En la regardant, je revois le jeune garçon qui parcourait les couloirs du Palais des Nations.
Je retrouve les drapeaux, les grandes salles et ces huissiers dont les uniformes me semblaient si impressionnants. Je repense au guichet philatélique et au plaisir de découvrir de nouveaux timbres consacrés aux actions de l'organisation.
Et surtout, je pense à mon père.
Lui avait connu la guerre. Moi, je grandissais dans une Europe occidentale en paix.
Il avait placé sa confiance dans les Nations unies parce qu'il savait ce que signifiait vivre dans un continent déchiré par les conflits.
J'étais trop jeune pour mesurer pleinement ce que représentait cette espérance.
Aujourd'hui, je comprends mieux.
À travers sa collection de timbres, mon père ne m'avait pas seulement transmis un goût pour l'histoire et la géographie. Il m'avait invité à regarder au-delà des frontières, à m'intéresser aux autres peuples et à croire que la coopération pouvait l'emporter sur les antagonismes.
Cet héritage a traversé les décennies.
Et peut-être est-ce pour cette raison que j'ai conservé ce document, sans toujours savoir ce qu'il représentait.
Conclusion — Mon père avait-il eu tort d'espérer ?
Cinquante ans ont passé depuis la publication de cette compilation des Nations unies.
Notre monde s'est profondément transformé. Nous avons connu une révolution informatique, l'extraordinaire développement des communications, les progrès de la médecine, la mondialisation et, désormais, l'intelligence artificielle.
Nous disposons aujourd'hui de moyens techniques que personne n'aurait imaginés en 1976.
Mais nos progrès scientifiques semblent parfois sans commune mesure avec notre capacité à résoudre les conflits humains.
Nous savons transmettre instantanément une information à l'autre bout du monde. Nous pouvons observer la Terre depuis l'espace. Nous sommes capables de mobiliser des ressources gigantesques pour transformer nos économies.
Et pourtant, nous continuons à nous déchirer sur des territoires, des frontières, des identités et des mémoires antagonistes.
Alors, mon père avait-il eu tort de placer tant d'espoir dans les Nations unies ?
Je ne le crois pas.
Il avait connu les conséquences de la guerre et souhaitait simplement que les générations suivantes ne soient plus condamnées à les revivre.
C'était une ambition profondément humaine.
L'ONU n'a pas supprimé les guerres. Elle n'a pas davantage réussi à résoudre toutes les injustices ni à imposer partout le respect du droit international.
Mais elle demeure l'expression d'une conviction essentielle : les relations entre les peuples ne doivent pas être abandonnées à la seule loi du plus fort.
Il faut certainement réformer ses mécanismes, interroger ses dysfonctionnements et dénoncer les incohérences de ses États membres.
Mais il serait irresponsable de renoncer à l'idéal qui a présidé à sa création.
Lorsque je regarde ce document retrouvé après un demi-siècle, je n'y vois donc pas seulement le témoignage d'une diplomatie qui peine à tenir ses promesses.
J'y retrouve également une partie de mon enfance, mes premières découvertes du monde et cette espérance que mon père avait voulu me transmettre.
Une espérance blessée par l'histoire, certainement.
Mais une espérance qui mérite encore d'être défendue.
Car le véritable échec ne serait pas que les Nations unies n'aient pas encore réussi à construire la paix, il serait que nous cessions, un jour, de croire qu'elle est possible.
Le Conseil LOGOS
Les grandes institutions ne doivent jamais être jugées uniquement à l'aune de leurs échecs, mais aussi à celle des principes qu'elles cherchent à défendre et des progrès qu'elles ont rendus possibles.
Cela ne signifie pas qu'il faille les soustraire à la critique. Bien au contraire. Plus leurs ambitions sont élevées, plus notre exigence doit être grande.
Le devoir des citoyens n'est pas de choisir entre l'adhésion aveugle et le rejet systématique. Il est de soutenir les principes justes, d'exiger leur application et de refuser que les désillusions conduisent au cynisme.
La paix n'est jamais définitivement acquise. Elle se construit, se protège et se transmet.






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