top of page

L’ONU ou l’effondrement du rêve organisé

  • Photo du rédacteur: Rédaction Logos
    Rédaction Logos
  • il y a 4 heures
  • 4 min de lecture

Par Gilles Brand - Rédacteur LOGOS



Il est des institutions qui naissent d’un traumatisme.

L’Organisation des Nations unies est née d’un gouffre.

En 1945, au sortir de la Seconde Guerre mondiale, l’humanité était épuisée par elle-même. Auschwitz, Hiroshima, Stalingrad : le XXe siècle avait montré jusqu’où pouvait aller la technique lorsqu’elle n’était plus tenue par la conscience. Il fallait inventer un lieu. Un espace. Une parole commune.

L’ONU fut ce pari.




Un pari presque mystique : croire que la parole pourrait contenir la violence.

Que la diplomatie pourrait remplacer les canons. Que l’humanité pouvait s’organiser sans se détruire.

Aujourd’hui, certains parlent d’effondrement.


L’impuissance organisée

Guerres interminables. Véto paralysants au Conseil de sécurité. Résolutions non appliquées. Déclarations solennelles sans conséquences concrètes.

L’ONU semble parfois réduite à une scène où l’on dénonce sans agir.

Mais que signifie cet effondrement ?

Est-ce celui de l’institution elle-même ? Ou celui de la volonté politique des États qui la composent ?

Car l’ONU n’est pas un être autonome. Elle est le miroir du monde. Elle ne peut être plus morale que les puissances qui la financent. Elle ne peut être plus courageuse que les gouvernements qui y siègent.

Quand les grandes puissances se replient sur leurs intérêts stratégiques, l’ONU devient spectatrice.

L’effondrement n’est peut-être pas structurel.

Il est moral.


Le retour du cynisme

Le multilatéralisme supposait une idée forte : qu’il existe un intérêt supérieur à la somme des intérêts nationaux.

Cette idée vacille.

Le XXIe siècle voit le retour des logiques de blocs, des puissances affirmées, des alliances fluctuantes. Le droit international se heurte à la realpolitik. Les résolutions deviennent des textes sans dents.

On redécouvre brutalement que le monde n’est pas une communauté morale, mais un champ de forces.

L’ONU, dans ce contexte, ressemble à une cathédrale construite pour un âge de foi que nous aurions quitté.

La fragilité du droit

L’ONU repose sur une idée révolutionnaire : le droit international doit primer sur la loi du plus fort.

C’est une idée fragile.

Elle suppose que les États acceptent de se limiter eux-mêmes. Qu’ils reconnaissent une autorité supérieure à leur souveraineté absolue. Qu’ils consentent à être liés par des règles communes.

Or la tentation est grande, en temps de crise, de revenir à l’unilatéralisme.

Lorsque le droit n’est plus respecté, il ne disparaît pas immédiatement. Il s’effrite. Il devient facultatif. Et c’est là que commence le véritable effondrement : non pas celui d’un bâtiment new-yorkais, mais celui d’une confiance.


L’ONU comme symptôme

Peut-être faisons-nous une erreur de perspective. Nous observons l’ONU comme si elle devait sauver le monde. Mais elle n’est pas le sauveur. Elle est le symptôme.

Lorsque la coopération fonctionne, elle paraît efficace. Lorsque la rivalité domine, elle paraît impuissante.

Ce n’est pas l’ONU qui s’effondre en premier. C’est l’esprit de coopération.

Et cet esprit suppose quelque chose de rare : la conscience d’un destin commun.

Or notre époque est traversée par la fragmentation. Identitaire, géopolitique, culturelle.

Le monde est connecté techniquement, mais désuni politiquement.


L’illusion d’un ordre universel

L’ONU porte en elle une tension profonde : elle prétend incarner l’universel dans un monde pluriel.

Mais l’universel n’est jamais neutre. Il est toujours interprété. Les droits de l’homme, la démocratie, la souveraineté, la sécurité : autant de concepts disputés.

L’effondrement perçu de l’ONU est peut-être aussi celui de l’illusion qu’un consensus moral mondial était définitivement acquis.

Nous découvrons que l’histoire ne progresse pas linéairement. Que la paix n’est jamais consolidée une fois pour toutes. Que la barbarie peut revenir, sous d’autres formes.


Une institution nécessaire malgré tout

Et pourtant.

Imaginer le monde sans l’ONU, c’est imaginer un monde sans espace de dialogue universel. Sans lieu commun. Sans tentative, même imparfaite, d’organiser la coexistence.

L’ONU ne met pas fin aux guerres. Mais elle maintient un canal. Elle ne supprime pas la violence. Mais elle tente d’en limiter les dégâts.

Peut-être l’erreur serait de la juger à l’aune d’un idéal absolu. Elle n’est pas l’harmonie mondiale. Elle est le compromis permanent.

Dans un monde fragmenté, le compromis paraît faible.

Mais sans compromis, il ne reste que la force.

L’effondrement comme épreuve

L’effondrement d’une institution n’est jamais seulement institutionnel. Il est révélateur.

Il révèle la fatigue du multilatéralisme. Il révèle la montée des souverainismes. Il révèle l’affaiblissement du droit international.

Mais il pose aussi une question plus profonde :sommes-nous encore capables de penser le monde comme un tout ?


L’ONU n’est pas parfaite. Elle est humaine. Et comme toute construction humaine, elle dépend de la volonté de ceux qui l’animent.

Peut-être que son effondrement annoncé n’est pas une fin, mais une épreuve. Une mise à nu. Un rappel que la paix ne tient pas à des bâtiments, mais à une décision collective.


En 1945, après le chaos, les nations ont choisi de croire à la coopération.

La question n’est pas de savoir si l’ONU s’effondre. La question est de savoir si nous voulons encore croire à cette idée :que le monde peut être gouverné autrement que par la peur.

Et cette question ne concerne pas seulement les diplomates .Elle concerne notre conception même de l’humanité.


Commentaires


bottom of page