Le cessez-le-feu ou l’illusion de la paix
- Rédaction Logos

- il y a 7 heures
- 2 min de lecture
Par Gilles Brand - Rédacteur LOGOS

Cette nuit, le monde a retenu son souffle.
Puis il a relâché la pression.
Un cessez-le-feu entre les États-Unis et l’Iran a été conclu, deux semaines de suspension des frappes, arrachées à la dernière minute, sous médiation pakistanaise, à l’ombre d’un ultimatum qui menaçait de tout embraser.
Deux semaines.
Il faut toujours se méfier des paix qui ont une date d’expiration.
Une paix de fatigue, pas de conviction
Ce cessez-le-feu n’est pas une paix.
C’est une respiration.
Une suspension du vertige.
Il intervient après des semaines de frappes, de démonstrations de force, d’escalades calculées jusqu’au moment où chacun comprend qu’aller plus loin, ce serait tomber. Non pas gagner.
Dans ces moments-là, la guerre ne s’arrête pas parce que les ennemis se comprennent.
Elle s’arrête parce qu’ils se redoutent.
Le théâtre des victoires proclamées
Déjà, les récits s’écrivent.
Washington parle de “victoire totale”.
Téhéran impose ses conditions.
Chacun proclame avoir dominé l’autre, comme si la guerre moderne n’était plus un affrontement de réalités, mais une bataille de narrations.
Et pourtant, derrière les mots, une évidence : aucun des deux camps n’a réglé la question centrale.
Le nucléaire.
La puissance.
L’humiliation.
La population.
Rien n’est résolu — tout est seulement différé.
Le détroit d’Ormuz comme métaphore du monde
Ce cessez-le-feu repose sur un symbole : la réouverture du détroit d’Ormuz.
Ce passage étroit, où transite une part essentielle de l’énergie mondiale, devient le cœur invisible de l’accord.
Comme si notre époque pouvait se résumer à cela :
la paix n’est plus un idéal politique, elle est une condition logistique.
Tant que le pétrole circule, la guerre peut attendre.
Mais l’histoire nous a appris une chose : les conflits que l’on suspend sans les résoudre reviennent toujours, plus denses, plus chargés.
Une paix sans peuple
Ce qui frappe, surtout, c’est l’absence.
Dans cet accord, il n’y a pas de peuples.
Ni les Iraniens.
Ni les civils.
Ni les sociétés fatiguées de la guerre.
Seulement des États.
Des intérêts.
Des lignes rouges.
Comme si, une fois encore, la paix était négociée au-dessus des hommes et non pour eux.
L’époque des équilibres instables
Ce cessez-le-feu dit quelque chose de plus profond sur notre époque.
Nous ne savons plus conclure la paix.
Nous savons seulement éviter le pire.
Nous ne construisons plus des équilibres durables.
Nous bricolons des stabilités provisoires.
Deux semaines aujourd’hui.
Quatre demain.
Puis une rupture.
Puis une nouvelle trêve.
C’est cela, le rythme du monde contemporain : une succession d’instabilités maîtrisées.
Conseil de LOGOS
Ne confondons jamais le silence des armes avec la paix.
L’un est un instant.
L’autre est une construction.
Et notre époque semble avoir oublié comment bâtir.




Commentaires