Le baobab ne se couche jamais
- Rédaction Logos

- 23 juin
- 2 min de lecture
Par Céphas MENSAH - Journaliste citoyen LOGOS Afrique

Il y a des arbres qui ne ressemblent pas à des arbres.
Il y a des présences qui débordent de leur propre forme.
Le baobab est de ceux-là.
En Afrique de l’Ouest, il ne pousse pas. Il s’installe. Comme si la terre lui avait cédé la place depuis longtemps. Comme s’il avait toujours été là, bien avant les routes, bien avant les villages, bien avant les hommes qui s’agitent à ses pieds.
On dit qu’il vit mille ans. On dit que ses racines plongent plus profond que ce que l’œil peut imaginer.
On dit, dans certaines traditions, que les ancêtres y habitent encore.
Ce n’est pas une superstition. C’est une manière de nommer quelque chose de vrai : que la mémoire a besoin d’un corps, que la transmission cherche toujours une demeure, que ce qui dure profondément finit par ressembler à un arbre.
Il y a quelque chose de paradoxal dans le baobab. Il semble mort en saison sèche.
Ses branches nues, tendues vers le ciel comme des racines inversées, donnent l’impression d’un arbre arraché et planté à l’envers.
Mais c’est précisément là son secret.
Ce qui ressemble à la mort est en réalité une économie de vie. Il retient l’eau.
Il préserve l’essentiel. Il attend.
Et quand les pluies reviennent, il se couvre de feuilles en quelques jours. Comme si rien ne s’était passé. Comme si le silence avait simplement été une forme de préparation.
Nous vivons dans des civilisations qui confondent la croissance et le bruit, qui croient que celui qui ne parle pas n’existe pas, qui pensent que ce qui ne se voit pas a disparu.
Le baobab leur répond autrement.
Il dit que la profondeur se construit dans le silence. Que les racines travaillent quand les feuilles dorment. Que durer est une discipline plus exigeante que briller.
L’Afrique a produit cet arbre comme elle a produit une sagesse : celle qui sait attendre sans se perdre, celle qui sait plier sans rompre, celle qui sait que les saisons tournent et que la terre tient ses promesses.
Le baobab ne se couche jamais.
Il se souvient.
Et dans cette mémoire tranquille, il garde pour nous quelque chose que nous n’avons pas encore tout à fait appris à recevoir.
Conseil LOGOS
Ne confondons pas silence et absence.
Le baobab nous rappelle que ce qui dure vraiment travaille souvent loin du bruit, dans la profondeur des racines, la patience des saisons et la fidélité de la mémoire.
Dans un monde pressé de paraître, il nous invite à apprendre l’art plus rare de tenir.







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