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Le philosophe, dernier rempart du parlé vrai

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    Rédaction Logos
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  • 3 min de lecture

Par Gilles Brand - Rédacteur LOGOS




Il est des époques où le philosophe devient décoratif. Il commente, il nuance, il contextualise, il rassure.

Et puis il est des époques, la nôtre, où le philosophe doit redevenir un rempart.

Non pas un polémiste. Non pas un influenceur. Un rempart.


Une parole qui dérange

Le 9 février, à la Maison de la Chimie, lors d’un meeting de solidarité avec le peuple iranien, Raphaël Enthoven a livré une charge d’une rare intensité contre La France Insoumise.

Il n’a pas manié la précaution oratoire. Il n’a pas édulcoré son propos. Il a nommé.

Selon lui, ce que la politique française a produit de pire au XXIᵉ siècle serait précisément cette formation qui, au nom d’un « féminisme intersectionnel », défend le port du voile en France, et qui réduit la révolution iranienne à une question de pouvoir d’achat.


On peut contester la formule. On peut discuter l’excès. Mais on ne peut pas ignorer le geste.


Car le geste philosophique consiste précisément à briser le confort idéologique.

L’Iran : une révolution morale avant d’être sociale

Iran ne s’est pas soulevé pour quelques points d’inflation.

Les femmes iraniennes ne brûlent pas leur voile pour obtenir une hausse des salaires.

Elles le brûlent pour respirer.

Réduire cette insurrection à une simple dialectique marxiste, c’est trahir sa nature morale.

C’est faire de la dignité une variable économique.

Le philosophe, ici, ne prend pas parti au sens partisan. Il rappelle une hiérarchie des valeurs.

La liberté précède le pouvoir d’achat. La dignité précède la redistribution.


Le philosophe face à l’idéologie

Nous vivons une époque saturée de discours.

Plateaux télévisés, réseaux sociaux, tribunes, indignations programmées.

Tout le monde parle. Peu pensent.

Le philosophe ne cherche pas l’approbation. Il cherche la cohérence.

Quand l’idéologie transforme les faits pour qu’ils rentrent dans son cadre théorique, il y a nécessité d’une parole extérieure. Une parole qui accepte d’être impopulaire.

Dans la Grèce antique, le philosophe risquait l’exil. Aujourd’hui, il risque le bannissement numérique.

La sanction change. Le mécanisme demeure.


Philosophie active : une exigence démocratique

La démocratie ne se nourrit pas seulement de votes. Elle se nourrit de vérité.

Une vérité imparfaite, discutable, mais assumée.

Lorsque la philosophie renonce à intervenir dans le débat public, elle laisse le terrain aux slogans. Et lorsque les slogans gouvernent, la complexité disparaît.

Une philosophie active ne signifie pas une philosophie partisane. Elle signifie une pensée incarnée.

Une pensée capable de dire : ici, il y a confusion ; ici, il y a inversion morale ; ici, il y a aveuglement.

Le philosophe n’est pas un procureur. Il est un veilleur.


Le courage du désaccord

Il est plus confortable de se taire. Il est plus rentable de flatter.

Mais une société qui ne supporte plus le désaccord se condamne à l’uniformité intellectuelle.

Lorsque Raphaël Enthoven critique La France Insoumise, il ne vise pas seulement un parti.

Il vise une logique : celle qui subordonne l’universel à la stratégie électorale.

La philosophie, au contraire, s’attache à l’universel. Elle refuse que la cause des femmes iraniennes devienne un outil de communication.

Le dernier rempart ?

Dire que le philosophe est le « dernier rempart » peut sembler excessif.

Mais regardons autour de nous :

Les médias accélèrent. Les partis calculent. Les réseaux simplifient. Les opinions se radicalisent.

Qui prend encore le temps d’interroger les présupposés ?

Le philosophe, s’il accepte ce rôle, devient une sorte de garde-fou éthique. Il ne décide pas. Il éclaire.

Il ne gouverne pas. Il questionne.


Une exigence pour nous tous

Ne nous trompons pas : la philosophie n’appartient pas qu’aux philosophes.

Elle est une attitude.

Dans nos débats locaux à Chêne-Bourg comme dans les convulsions géopolitiques du Moyen-Orient, la même exigence s’impose :nommer justement les choses.

Ne pas réduire la liberté à l’économie. Ne pas confondre tolérance et complaisance.

Ne pas travestir la réalité pour qu’elle épouse nos préférences.

La philosophie active est indispensable parce qu’elle refuse le confort de l’approximation.

Le philosophe d’aujourd’hui n’est pas un ornement culturel.

Il est un test.

Un test de notre capacité collective à supporter le vrai, même lorsqu’il dérange.

Si la démocratie doit survivre aux passions identitaires et aux simplifications idéologiques, elle aura besoin de ces voix qui rappellent que la liberté n’est pas un slogan, mais une exigence.

Et peut-être que le dernier rempart n’est pas le philosophe seul.

Peut-être est-ce, en chacun de nous, cette petite part de lucidité qui refuse de mentir à elle-même.


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