Pentecôte, ou ce qui manque parfois à nos paroles
- Rédaction Logos

- il y a 2 jours
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Par Gilles Brand - Rédacteur LOGOS

Certaines fêtes anciennes semblent parler une langue oubliée.
La Pentecôte est peut-être de celles qui déconcertent le plus notre époque.
Car enfin, que signifie encore cette image étrange d’un souffle, d’un feu invisible, d’une parole soudain rendue intelligible entre les hommes ?
Et pourtant, à bien y réfléchir, le sujet est d’une modernité troublante.
Nous vivons dans un monde saturé de paroles.
Jamais l’humanité n’a autant parlé.
Messages. Commentaires. Déclarations. Réactions immédiates. Débats permanents. Notifications. Opinions jetées à la seconde.
Nous parlons beaucoup. Mais nous comprenons-nous mieux ?
C’est peut-être là que la Pentecôte retrouve un sens inattendu.
Car ce récit ancien ne parle pas d’abord de religion au sens institutionnel. Il parle d’une chose profondément humaine : la possibilité, rare et précieuse, que des êtres différents puissent réellement se comprendre.
Non simplement s’entendre.
Se comprendre.
Nuance immense.
Car entendre, nous le faisons tous les jours sans écouter.
Comprendre suppose autre chose : une disponibilité intérieure, une forme d’humilité, parfois même le courage de suspendre sa propre certitude.
Je regarde souvent notre époque avec cette interrogation.
Nous avons perfectionné les outils de communication, mais avons-nous renforcé notre capacité de rencontre ?
À Genève, ville de diplomatie, de négociation, d’organisations internationales, cette question n’est pas abstraite.
Combien de paroles circulent sans jamais produire de véritable rapprochement ?
Combien de débats ressemblent davantage à des affrontements codifiés qu’à une recherche sincère de compréhension ?
La Pentecôte nous parle peut-être d’un souffle qui manque à notre temps.
Pas un souffle religieux imposé à tous.
Un souffle humain.
Celui qui transforme la parole en pont plutôt qu’en projectile.
Avec les années, je crois que l’on devient plus sensible à cela.
Le bruit impressionne moins.
Les certitudes bruyantes fatiguent.
Les slogans lassent.
On finit par comprendre que la parole la plus forte n’est pas toujours celle qui parle le plus haut.
Mais celle qui rejoint.
Celle qui éclaire.
Celle qui relie.
Nos sociétés savent parfaitement communiquer.
Je ne suis pas certain qu’elles sachent encore toujours dialoguer.
En ce jour de Pentecôte, une question simple mérite peut-être d’être posée :
que reste-t-il, dans nos paroles, du désir véritable de rencontrer l’autre ?
Conseil de LOGOS
Nos sociétés savent parler. Elles gagneraient parfois à réapprendre à écouter. Car il n’existe aucune Pentecôte moderne sans cette humble disponibilité à accueillir une parole autre que la sienne.





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