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Si je regardais votre Mondial

  • Photo du rédacteur: Rédaction Logos
    Rédaction Logos
  • 7 juil.
  • 3 min de lecture

Texte fictif inspiré de Marc Aurèle

Par Gilles Brand - Rédacteur LOGOS


Musique pour accompagner la lecture




Je vois des hommes courir derrière une sphère de cuir, et je vois des peuples entiers retenir leur souffle comme si le destin du monde dépendait d’un geste, d’un tir, d’une faute ou d’un silence de l’arbitre. Je ne ris pas de cela. L’homme a besoin de signes, de rites, de combats réglés pour donner forme à ses passions. Mais je m’étonne que tant d’âmes abandonnent leur paix intérieure à une chose qui ne leur appartient pas.



Tu dis : mon équipe a perdu. Mais qu’as-tu perdu, toi, sinon l’idée que tu t’étais faite de la victoire ? Tu dis : l’arbitre m’a volé ma joie. Mais qui lui a donné ce pouvoir sur ton âme ?

Tu dis : ce joueur a trahi. Mais n’est-il pas seulement un homme, soumis comme toi à l’erreur, à la fatigue, à la crainte, au regard des autres ?


Le spectacle que vous appelez Mondial révèle moins la force du football que la fragilité de ceux qui le regardent.

Même des amis, des intellectuels, des hommes d’expérience, que l’on croyait capables de mesure, perdent leurs nerfs devant un match. Ils deviennent injustes, durs, parfois méconnaissables, publient des bêtises sur les réseaux sociaux. Ce n’est pas le ballon qui les trouble. C’est ce qu’ils ont placé en lui : leur orgueil, leur appartenance, leurs frustrations, leur besoin de vaincre à travers d’autres.

Prends garde à cela. Ce qui te possède commence souvent par ce que tu crois seulement aimer.

Je reconnais dans vos stades quelque chose de nos anciens cirques. Non pas la même violence, non pas le même sang, non pas la même cruauté visible. Mais le même besoin des foules de se rassembler autour d’un affrontement réglé, de crier ensemble, d’aimer ensemble, de haïr parfois ensemble. Jadis, l’Empire offrait des jeux pour contenir les impatiences du peuple. Aujourd’hui, vos sociétés offrent des compétitions immenses, des images continues, des héros exposés à tous les regards. La forme a changé ; la fonction demeure en partie. L’arène est devenue écran. Le gladiateur est devenu joueur. Le peuple est devenu audience mondiale.

Et pourtant, la question reste la même : le spectacle élève-t-il l’âme ou l’endort-il ?

J’observe aussi que votre époque a transformé le jeu en empire. Autour du terrain se dressent l’argent, les images, les marchands, les commentateurs, les juges instantanés, les foules invisibles qui insultent depuis l’ombre. Le joueur n’est plus seulement un joueur. Il devient une surface sur laquelle chacun projette sa colère. S’il marque, on l’élève. S’il échoue, on le livre à la meute.

Ainsi va une société qui adore trop vite et condamne plus vite encore.

Pourtant, le football pourrait enseigner une sagesse. Il rappelle que nul ne gagne seul, que le hasard accompagne l’effort, que la beauté naît parfois d’une passe modeste, que la chute fait partie du mouvement, que le résultat ne dit jamais toute la vérité d’un homme.


Mais vous avez couvert cette sagesse d’un vacarme immense. Vous voulez du jeu, et vous en faites un tribunal. Vous voulez des héros, et vous les traitez comme des marchandises. Vous voulez communier, et vous consommez.


Si tu veux regarder un match sans perdre ton âme, regarde-le comme un exercice intérieur. Soutiens sans haïr. Espère sans exiger. Admire sans t’agenouiller. Critique sans humilier. Accepte que ce qui se joue devant toi ne dépende pas de toi. La victoire d’un autre ne t’agrandit pas vraiment. Sa défaite ne t’autorise pas à devenir petit.


Car la vraie question n’est pas de savoir qui remportera ce Mondial. La vraie question est celle-ci : que devient ton âme lorsque le monde ne va pas dans le sens de ton désir ?


Si un simple match suffit à te rendre violent, alors ce n’est pas le match qui est immense. C’est ta maîtrise qui est fragile.

Aime donc le football, s’il t’élève. Quitte-le un instant, s’il t’abaisse.

Et souviens-toi : il y a plus de grandeur à rester juste dans la défaite qu’à hurler dans la victoire. Le jeu passe. Le score s’efface. Mais ce que tu deviens en regardant les hommes jouer demeure en toi.



Conseil de LOGOS

Avant de juger un joueur, un arbitre ou une équipe, observons ce que le match réveille en nous. Le football peut être une joie, une communion, une émotion magnifique ; il devient dangereux lorsqu’il nous retire notre mesure. Soutenir sans haïr, vibrer sans se perdre, accepter la défaite sans chercher un coupable : voilà peut-être la véritable victoire intérieure.




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