Le retour des empires
- Rédaction Logos

- il y a 1 jour
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Par Gilles Brand - Rédacteur LOGOS

Il est des images historiques qui reviennent comme des spectres lorsque le monde entre dans une nouvelle période d’incertitude. La retraite de Russie en est une.
Cette « triste colonne » évoquée dans la chanson de Serge Lama, avançant dans la neige, les soldats devenus « statues de givre », les drapeaux abandonnés dans le vent glacé de l’Histoire.
Ces vers racontent bien plus qu’un épisode napoléonien. Ils décrivent la fragilité des puissances lorsque la guerre redevient une affaire d’hommes, de terrain et d’hiver.
Depuis plusieurs décennies, l’Occident avait fini par croire que la guerre conventionnelle appartenait au passé. Les conflits semblaient désormais lointains, technologiques, asymétriques. Des frappes ciblées, des drones, des opérations limitées. La guerre apparaissait presque abstraite, éloignée de l’expérience directe des sociétés.
Or la guerre en Ukraine a brutalement dissipé cette illusion.
Sur les plaines d’Europe orientale, l’Histoire a retrouvé une forme que l’on croyait révolue : celle des armées, des lignes de front, des colonnes de blindés, des villes assiégées et des hivers stratégiques. Une guerre longue, industrielle, faite d’usure et de résistance.
En cela, ce conflit marque un tournant.
Car il révèle que le monde est peut-être entré dans une phase de retour des logiques impériales. La Russie invoque son espace historique. D’autres puissances observent attentivement cette confrontation pour en tirer des leçons militaires et géopolitiques. L’équilibre international, que l’on croyait stabilisé après la fin de la guerre froide, se fissure lentement..
Mais l’Histoire possède une ironie particulière
Les empires imaginent toujours leurs campagnes comme des marches triomphales. Pourtant, bien souvent, leurs conquêtes se transforment en guerres d’usure, en longues colonnes avançant dans un paysage de plus en plus hostile.
La retraite de Russie est restée dans la mémoire européenne parce qu’elle montre ce moment précis où la puissance cesse d’être une certitude pour devenir une épreuve.
Dans les conflits contemporains, la technologie a changé. Les drones, les satellites et les réseaux numériques accompagnent désormais les armées. Mais la vérité profonde de la guerre demeure inchangée : ce sont toujours des hommes, des territoires et des saisons qui décident finalement du destin des puissances.
Et l’hiver, réel ou symbolique, finit toujours par rappeler aux empires leurs limites.
Dans le tumulte géopolitique actuel, l’image de la colonne perdue dans la neige revient comme une méditation silencieuse.
Elle nous rappelle que la puissance, si impressionnante soit-elle, reste une construction fragile.
Car les empires avancent toujours avec la certitude d’écrire l’Histoire.
Mais l’Histoire, elle, avance souvent autrement.




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