Quand les robots entreront dans les temples
- Rédaction Logos

- il y a 7 jours
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Par Gilles Brand - Rédacteur LOGOS

Le 6 mai dernier, un événement discret mais profondément symbolique s'est déroulé à Séoul. Dans le temple Jogye, le premier robot humanoïde moine de Corée du Sud a officiellement reçu un nom spirituel : Gabi. Mesurant 1,30 mètre, vêtu d'une robe monastique traditionnelle, il a prononcé ses vœux devant l'assemblée des moines.
Lorsque la question rituelle lui fut posée, il répondit simplement : « Oui, je m'y consacrerai. »
L'anecdote pourrait prêter à sourire. Pourtant, elle annonce peut-être l'une des transformations les plus profondes du XXIe siècle. Car derrière ce petit moine mécanique se profile déjà un monde nouveau. Pendant des siècles, les machines ont remplacé nos bras. Elles ont labouré, construit, transporté et calculé. L'intelligence artificielle a ensuite commencé à remplacer certaines fonctions de notre cerveau. Mais les humanoïdes qui arrivent aujourd'hui franchissent une étape supplémentaire : ils s'apprêtent à pénétrer dans les espaces relationnels de notre existence.
Demain, ils accueilleront les visiteurs dans les administrations, accompagneront les personnes âgées, assisteront les enseignants, aideront les médecins, guideront les touristes, répondront aux questions des fidèles dans les lieux de culte. Ils deviendront les nouveaux intermédiaires entre les institutions et les individus.
La Corée du Sud n'a probablement pas créé un robot moine pour des raisons purement spirituelles. Elle expérimente déjà ce que sera une société confrontée à deux phénomènes simultanés :
le vieillissement démographique et la pénurie croissante de main-d'œuvre.
Dans de nombreux pays développés, les bras manqueront bientôt. Les robots humanoïdes ne seront plus un luxe technologique mais une nécessité économique.
Là où l'histoire industrielle remplaçait la force physique, la révolution actuelle vise les tâches de présence. La compagnie, l'écoute, l'assistance, l'information, la transmission. Et c'est précisément là que la question devient philosophique.
Car qu'est-ce qui distingue réellement une présence humaine d'une présence artificielle ?
Un robot pourra bientôt répondre avec précision à presque toutes les questions. Il pourra réciter les textes sacrés, connaître l'histoire des religions, reconnaître les émotions, adapter son discours, parler des dizaines de langues et être disponible jour et nuit. Il pourra même donner l'illusion de la compassion. Mais pourra-t-il éprouver la compassion ? La frontière se situe probablement ici. L'humain ne vaut pas seulement par ce qu'il sait. Il vaut par ce qu'il vit.
La sagesse n'est pas une base de données. Elle est le résultat d'une existence traversée par les joies, les épreuves, les deuils, les échecs et les renaissances. Aucun algorithme n'a connu la peur. Aucun robot n'a perdu un parent. Aucune machine n'a aimé. Aucune intelligence artificielle ne contemple sa propre finitude. Or c'est souvent de cette fragilité que naît la profondeur humaine.
Le paradoxe est que les humanoïdes pourraient précisément nous obliger à redécouvrir ce qui fait notre singularité. Lorsqu'ils calculeront mieux que nous, nous valoriserons davantage le jugement. Lorsqu'ils mémoriseront mieux que nous, nous valoriserons davantage la compréhension. Lorsqu'ils parleront mieux que nous, nous valoriserons davantage la sincérité. Et lorsqu'ils simuleront l'empathie, nous redécouvrirons peut-être la valeur irremplaçable de l'amour véritable.
Mais il faut aller plus loin. Dans quelques années, ces humanoïdes ne seront plus confinés aux laboratoires ou aux démonstrations médiatiques. Ils seront présents dans les hôpitaux, les écoles, les commerces, les hôtels, les transports et même les foyers. Ils effectueront des tâches pénibles, répétitives ou dangereuses. Ils permettront à des personnes âgées de rester autonomes plus longtemps. Ils offriront une assistance permanente aux personnes en situation de handicap. Ils contribueront à compenser le manque de personnel dans des secteurs déjà sous tension. Ils pourraient même libérer du temps pour que les humains se consacrent davantage à la création, à la réflexion, à l'éducation ou aux relations familiales.
La question essentielle ne sera donc pas de savoir si les robots peuvent nous remplacer.
Elle sera de savoir ce que nous ferons du temps et de la liberté qu'ils nous rendront. Une société qui utiliserait ces technologies pour élever l'homme serait une avancée remarquable.
Une société qui les utiliserait pour l'infantiliser ou le rendre passif constituerait au contraire une régression.
Le petit moine Gabi n'est probablement pas l'avenir du bouddhisme. Mais il est peut-être le premier ambassadeur visible d'un monde où humains et intelligences artificielles cohabiteront quotidiennement. La véritable question n'est donc pas de savoir si les robots entreront dans nos temples. Ils y sont déjà. La question est de savoir si nous conserverons suffisamment de conscience, de responsabilité et d'humanité pour continuer à transmettre ce qu'aucune machine ne pourra jamais entièrement reproduire : l'expérience vécue d'être un homme.
Conseil LOGOS
Plus les robots progresseront, plus notre responsabilité sera de cultiver ce qui nous rend profondément humains : le courage, la sagesse, la responsabilité, la liberté intérieure et la capacité à donner du sens.






De nouveau quelle justesse et acuité. Énorme et sincère plaisir de vous lire! Franz