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Va-t’en savoir pourquoi

  • Photo du rédacteur: Rédaction Logos
    Rédaction Logos
  • il y a 20 heures
  • 2 min de lecture

Par Gilles Brand - Rédacteur LOGOS




Il y a des vies que seul le temps permet de comprendre.

Des trajectoires qui semblent tracées d’avance, puis qui bifurquent, et parfois reviennent.

L’autre jour, en réécoutant une chanson de Serge Reggiani "Va-t’en savoir pourquoi", j’ai pensé à mon père.


Cette histoire d’un homme né dans un monde qui le destinait aux mines.

Un monde de potasse, de froid, de matins sans lumière.

Un monde où l’on part tôt.


La chanson raconte qu’au moment d’y entrer, certains bifurquent.

Qu’ils prennent une autre route, ailleurs, plus loin.

Mon père n’a pas bifurqué tout de suite.

Il est entré à la mine. Il y est resté.


Géomètre de fond, dans les mines de potasse d’Alsace. Onze années sous terre.

Onze années à tracer sans horizon, à mesurer pour que d’autres tiennent debout.

Un monde de précision, de rigueur, de silence et de solidarité.





Et puis, un jour, la mine a commencé à s’éteindre.

Alors il est parti.

Avec sa famille. Vers Genève.

Il cherchait de nouveaux horizons.

Des esprits plus ouverts.

Du travail.

Un avenir pour les siens.

Une vie plus au Sud. Plus lumineuse. Une vie espérée.

Va-t’en savoir pourquoi.


La chanson parle d’un homme qui revient à la mine, comme si l’origine finissait toujours par rappeler.

Comme si certaines lignes, tracées très tôt, ne s’effaçaient jamais tout à fait.

Je ne sais pas ce que mon père a quitté en partant à Genève.

Ni ce qu’il a emporté avec lui.

Je sais seulement qu’il a tenu. Puis qu’il a choisi.


Mon père était pudique.

Il tentait parfois d’expliquer. Puis s’arrêtait, dès que l’émotion le dépassait.

Alors il restait là, entre les mots et le silence.

Peut-être que certaines vies ne se comprennent pas tout de suite.

Elles se déposent lentement.

Mon père n’expliquait pas toute de la sienne. Il la portait.


Peut-être que, dans son dernier souffle, quelque chose en lui est revenu là-bas.

Pas pour y rester. Mais comme on retrouve une origine.

Comme on reconnaît une part de soi.

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