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​Actualité: Genève, derrière les vitrines muettes

  • Photo du rédacteur: Rédaction Logos
    Rédaction Logos
  • 2 oct. 2025
  • 2 min de lecture

Par Gilles Brand - Rédacteur LOGOS





Une ville se lit dans ses passages.

Ses arcades ne sont pas seulement des abris de pierre : elles sont des seuils, des lieux de rencontre, des respirations. Lorsqu’elles se ferment, ce n’est pas seulement la façade qui s’éteint, c’est la cité entière qui se replie sur elle-même. Genève, ville riche et cosmopolite, offre aujourd’hui ce visage paradoxal : des vitrines opaques, des commerces désertés, des arcades muettes.


Comment en est-on arrivé là ?


Le premier facteur tient à l’évolution des comportements. La consommation numérique, la facilité du “tout à portée de clic”, les centres commerciaux périphériques détournent les habitants du cœur de la ville. Ce n’est pas propre à Genève : toutes les grandes cités européennes affrontent ce déplacement. Mais ici, le phénomène se double d’une absence de respiration urbaine : le centre devient décor, plus que lieu de vie.

À cela s’ajoutent les lourdeurs propres à Genève : loyers prohibitifs, charges excessives, règles rigides, procédures d’urbanisme lourdes. Pour un petit commerçant, reprendre une arcade revient souvent à jouer son avenir dans un pari déséquilibré.

Beaucoup renoncent, et chaque renoncement ajoute une vitre close de plus.

Mais il y a plus grave : la politique menée en ville de Genève. Depuis des années, la majorité rêve d’une cité idéale, dessinée par le haut, sans souci du quotidien de ceux qui la font vivre. On proclame la durabilité, mais sans se soucier de la durabilité des commerces. On multiplie les plans de mobilité, mais sans penser aux flux nécessaires à la survie des arcades. On invoque la mixité sociale, mais on oublie que l’épicier, le cafetier, le libraire sont les premiers artisans de cette mixité.


Il y a là une forme de gouvernance hors sol, coupée du réel. Le stoïcien dirait que gouverner, c’est ajuster avec mesure ce qui existe, non imposer une forme dogmatique à ce qui vit. Lorsque la politique devient idéologie, elle cesse de servir la cité pour la contraindre.


Une ville n’est pas un plan figé mais un organisme vivant. Ses commerces sont ses pores, ses cafés ses poumons, ses places son cœur battant. Fermez les arcades, et c’est la circulation de la vie elle-même qui s’interrompt.


Les arcades closes deviennent alors le symbole d’un double vide : celui de l’économie urbaine, mais aussi celui d’une gouvernance qui se détourne du concret pour s’enfermer dans l’abstraction.

Rien n’est irréversible. Le vide peut être vécu comme un deuil, ou comme une promesse. Une arcade fermée peut redevenir un lieu d’art, de convivialité, d’échange. Mais cela suppose une volonté : alléger les contraintes, assouplir les règles, encourager la diversité des usages, écouter les commerçants plutôt que leur imposer des dogmes.


Car une ville sans arcades vivantes n’est plus une ville. Elle devient un musée de façades, poli en surface mais désert en son cœur.


Genève, pour redevenir elle-même, doit choisir : continuer à se perdre dans le rêve idéologique d’une cité hors sol, ou retrouver le courage d’animer ses passages.


Une ville n’existe vraiment que lorsqu’elle se vit.

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