top of page

Pourquoi tant de frustration envers les riches ?

  • Photo du rédacteur: Rédaction Logos
    Rédaction Logos
  • 4 déc. 2025
  • 3 min de lecture

Par Gilles Brand - rédacteur LOGOS




Pourquoi la réussite d’autrui nous dérange-t-elle autant ? Pourquoi, dans un pays prospère comme la Suisse, une partie de la population ressent-elle une forme de malaise, parfois même une hostilité, face à ceux qui possèdent davantage ?


Ce n’est pas une question économique. C’est une question existentielle.

L’autre comme rappel de nos limites

La richesse, surtout lorsqu’elle est visible, agit comme un miroir. Non pas un miroir neutre, mais un miroir vertical, qui renvoie chacun à ses propres renoncements, ses propres efforts insuffisants, ses propres regrets.


Nous ne jalousons pas l’autre pour ce qu’il a, mais pour ce qu’il nous rappelle de ce que nous n’avons pas su conquérir.

La frustration envers les riches est donc, d’abord, une frustration envers soi-même.

Une manière de détourner le regard du travail, du courage, du risque, du temps nécessaire à toute construction de vie.


L’égalité comme tentation morale

La Suisse a bâti son identité sur un idéal d’équité, et cet idéal est précieux. Mais dans les esprits, l’équité glisse parfois vers autre chose :une exigence d’égalité des résultats plutôt que des chances.

Or la vie n’est pas égalitaire. Elle ne distribue ni les talents, ni les hasards, ni les ambitions de manière uniforme. Elle est tragique, c’est-à-dire: imparfaite, injuste, imprévisible.

Vouloir rendre le réel parfaitement égal, c’est refuser cette part de tragique.

C’est demander à la société ce que la nature ne donne pas.


La modernité : un monde sans verticalité

Dans les sociétés anciennes, la réussite individuelle n’était pas comparée en permanence aux autres. Chacun occupait sa place dans une hiérarchie fixe. L’envie existait, mais elle ne définissait pas l’ensemble de la structure sociale.

Aujourd’hui, tout est devenu comparable :les salaires, les maisons, les succès, les voyages, les corps, les vies. La comparaison permanente crée un climat moralement explosif :dès lors que tout le monde peut réussir, l’échec devient insupportable.


L’envie, comme disait Rousseau, « naît de la comparaison ».Et notre époque n’est que cela : un immense théâtre de comparaisons.

Le ressentiment comme refuge

Nietzsche l’avait annoncé :les sociétés qui refusent la verticalité de la vie fabriquent du ressentiment. Un ressentiment qui ne peut pas s’avouer tel quel, et qui se déguise sous les habits de la vertu.


Ainsi, on ne dit jamais :« J’envie les riches ».On dit :« C’est injuste ».« C’est immoral ».

« Ils devraient payer plus ».« Ils ne méritent pas ».


L’envie devient justice. Le ressentiment devient discours public. Et la frustration prend la forme commode d’une indignation morale.


La prospérité : un bien fragile

La Suisse bénéficie d’une prospérité rare, mais elle a tendance à oublier ce qui la rend possible :des gens qui entreprennent, investissent, prennent des risques, et acceptent de travailler plus que de raison.

Il n’y a rien de plus naïf, ou de plus dangereux, que de penser qu’un pays peut se passer de ceux qui le financent. La prospérité n’est pas un état naturel :c’est une construction humaine, fragile, jamais garantie, toujours menacée.


Pour conclure, retrouver la noblesse du regard

« L’envie dévore d’abord celui qui la ressent. » — LOGOS

Plutôt que de cultiver la suspicion envers ceux qui ont construit, il serait plus fécond de retrouver un regard plus noble :celui qui reconnaît la réussite sans s’y soumettre, qui l’admire sans la jalouser, qui s’en inspire sans s’y perdre.


Le vrai aristocrate n’est pas celui qui possède, mais celui qui ne laisse pas la jalousie gouverner son âme.


Et peut-être que la Suisse retrouvera un peu de sérénité le jour où elle acceptera cette vérité simple: la réussite d’un autre n’est jamais une offense, sauf pour l’ego blessé.

Commentaires


bottom of page