Ma Saint-Nicolas d’enfant
- Rédaction Logos

- 5 déc. 2025
- 2 min de lecture
Par Gilles Brand - Rédacteur LOGOS

Il y a, dans les mémoires d’enfance, des nuits qui restent suspendues, comme si le temps avait choisi de ne plus avancer. Parmi ces nuits, celle de Saint-Nicolas tient une place à part. Je revois encore la maison alsacienne de mon enfance, plongée dans un silence blanc, posée au milieu de la neige comme un refuge chaud dans un vaste monde endormi.
Je me tenais derrière la fenêtre, tout petit, enveloppé par la lumière dorée de l’intérieur. Le volet était entrouvert juste assez pour que je puisse observer sans être vu. Le froid du carreau me piquait la peau, mais je ne bougeais pas. Dehors, la neige semblait absorber chaque bruit, chaque mouvement. Le ciel, noir et profond, était rempli d’étoiles, des étoiles immobiles, comme dessinées à la main.
C’est là que je l’ai aperçu pour la première fois. Un pas lent, une silhouette avançant dans la neige, drapée non pas de rouge mais d’un bleu profond. Dans mon souvenir, Saint-Nicolas ne portait pas la couleur des livres d’images. Le mien était bleu comme la nuit, bleu comme un secret. Son manteau effleurait la neige, et son bâton laissait une trace presque musicale dans ce décor figé.
Je retenais mon souffle. À cet âge-là, on croit encore que les légendes marchent pour de vrai. Chaque enfant espère voir sans être vu, reconnaître sans être découvert. Je craignais qu’il ne pose les yeux sur moi et, en même temps, j’espérais qu’il le fasse. Cette hésitation ce mélange d’envie et de pudeur, c’est peut-être cela, l’essence même de l’enfance.
Saint-Nicolas avançait lentement, comme s’il respectait la nuit. Il ne semblait pas pressé. Il marchait dans la neige épaisse, laissant derrière lui une suite de pas qui disparaissaient presque aussitôt sous les flocons.
La lumière de la maison projetait autour de lui une clarté douce, comme si l’intérieur voulait retenir un peu de lui, ou simplement l’accueillir.
Je ne sais pas s’il m’a vu ce soir-là. Dans mes souvenirs, il marque un très léger arrêt en passant devant la maison, comme un salut silencieux. Peut-être n’était-ce qu’une illusion d’enfant, mais je continue d’y croire.
Il suffit parfois d’un geste imperceptible pour marquer une vie entière.
Lorsque la silhouette s’est éloignée, je suis resté longtemps immobile face à la vitre. Je regardais ses traces s’effacer sous la neige, jusqu’à ce qu’il n’en reste plus rien. C’est alors que j’ai compris que quelque chose venait de se déposer en moi, une forme de douceur, un sentiment de mystère, une certitude que le merveilleux existe, même lorsqu’il se fait discret.
Aujourd’hui encore, chaque hiver, il me suffit de voir une fenêtre éclairée dans la nuit ou un jardin recouvert de neige pour redevenir cet enfant derrière le carreau.
Celui qui espère, celui qui observe, celui qui croit encore que certaines visites ne s’oublient jamais.
C’était ma Saint-Nicolas d’enfant. Simple, silencieuse, et pourtant inoubliable.







C’est un très très beau comte . Merci 🙏