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Angela, ou la solitude du monde moderne

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    Rédaction Logos
  • il y a 2 jours
  • 3 min de lecture

Par Gilles Brand - Rédacteur LOGOS


Il existe des douleurs qui ne font pas de bruit. Elles ne brûlent pas les villes.

Elles ne traversent pas les frontières. Elles ne provoquent ni discours officiels ni débats télévisés.

Elles se vivent dans une chambre, à l’écart du monde.


Angela est fille. Angela est sœur. Angela est mère.

Angela vit à Istanbul. Elle souffre d’une maladie difficile.


La ville immense continue de respirer autour d’elle. Les ferries traversent le Bosphore, les minarets dessinent le ciel, les marchés bruissent de voix. Et pourtant, dans cette immensité vibrante, il est possible d’être infiniment seul.


Sa mère, sa soeur et son frère résident à Genève.

Distance modeste à l’échelle des avions.

Distance abyssale à l’échelle du cœur.

Personne ne vient.


La fracture invisible

Nous vivons dans une époque paradoxale: jamais les distances n’ont été aussi courtes, jamais les absences aussi longues.

Un vol relie Genève à Istanbul en quelques heures. Mais un cœur fermé peut créer un océan.

La maladie révèle ce que la santé permet d’ignorer.

Elle met à nu la structure invisible des liens.

Qui vient ? Qui appelle ? Qui ose traverser le silence ?

Car rendre visite à quelqu’un qui souffre n’est pas seulement un déplacement géographique. C’est un déplacement intérieur.

C’est accepter de voir la fragilité. C’est accepter de voir sa propre finitude.

C’est accepter de ne pas pouvoir réparer.


L’épreuve de la présence

Il est plus simple d’envoyer un message que de tenir une main. Plus simple de promettre que de s’asseoir. Plus simple de détourner les yeux que d’affronter la vulnérabilité.


Angela attend. Non pas des miracles médicaux. Mais une présence.

La présence est une forme d’amour adulte. Elle ne se proclame pas. Elle se pratique.

Dans l’histoire d’Angela, quelques personnes ont fait preuve d’humanité. Quelques unes ! Et parfois, cela suffit à sauver la dignité d’un monde.

Car il ne faut pas une foule pour incarner la bonté. Il faut un être debout.


La responsabilité des proches

La modernité nous a appris l’autonomie.E lle nous a appris l’indépendance. Elle nous a appris à construire nos vies comme des projets individuels.

Mais elle a oublié de nous rappeler ceci :nous ne sommes pas seulement des individus. Nous sommes des fils, des filles, des frères, des sœurs.

La maladie réveille cette vérité primitive :le lien n’est pas un confort. C’est une responsabilité.

Ne pas venir, ce n’est pas seulement manquer un rendez-vous. C’est laisser quelqu’un affronter seul l’épreuve de sa finitude.


L’humanité en minorité

Il est frappant de constater qu’il suffit d’une seule personne pour rappeler ce qu’est l’humanité.

Un billet d’avion. Un geste. Un regard. Un “je suis là”.

Cette personne n’a peut-être pas changé le cours de la maladie. Mais elle a changé le climat moral de la situation.

Elle a empêché que la solitude devienne totale. Elle a empêché que le silence devienne définitif.

Dans un monde qui parle sans cesse de droits, de revendications, d’autonomie, cette présence silencieuse rappelle une vérité simple: la grandeur humaine ne réside pas dans l’affirmation de soi,mais dans la fidélité aux autres.


Angela comme miroir

Angela n’est pas seulement une femme malade à Istanbul. Elle est un miroir.

Un miroir tendu à chacun de nous.

Qui avons-nous laissé seul ? Qui attend une visite que nous repoussons ?

Qui souffre à quelques heures d’avion, pendant que nous invoquons le manque de temps ?

La distance réelle n’est jamais géographique. Elle est morale.

Et l’histoire d’Angela nous interroge avec une douceur terrible: Sommes-nous encore capables de traverser cette distance ?


La seule chose qui compte

Au bout du compte, il restera peu de choses. Ni les carrières. Ni les querelles. Ni les justifications.

Il restera une question simple : Avons-nous été là ?


Angela souffre. Une seule personne a répondu présent.

Peut-être est-ce là, malgré tout, la preuve que l’humanité n’a pas disparu.

Elle est rare. Elle est fragile. Mais elle existe.

Et parfois, un seul être suffit pour empêcher le monde de basculer dans l’indifférence.




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