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La jeunesse désenchantée

  • Photo du rédacteur: Rédaction Logos
    Rédaction Logos
  • 13 janv.
  • 3 min de lecture

Dernière mise à jour : 14 janv.

Par Gilles Brand - Rédacteur LOGOS



Il y a, dans les visages de notre jeunesse occidentale, quelque chose qui ressemble à un paradoxe : jamais une génération n’a disposé d’autant de libertés, et jamais elle n’a semblé porter un fardeau aussi lourd.


Nous avons élevé nos enfants dans un monde que nous voulions ouvert, sûr, maîtrisable.

Et voilà qu’ils se retrouvent confrontés à une forme de pression invisible, diffuse, qui serre la poitrine et l’esprit : la sensation que tout est déjà joué, que l’avenir se referme, que le monde ne leur appartient plus vraiment.

Ce désenchantement n’est pas une faiblesse. Il est un diagnostic de civilisation.


La pression de l’illimité : quand tout est possible… rien ne l’est vraiment

L’idéologie dominante de ces trente dernières années, celle de l’individu tout-puissant, capable de “devenir ce qu’il veut”, a produit un effet inattendu : transformer la liberté en charge mentale.


Quand tout est possible, alors tout devient exigence :réussir vite, fort, de manière visible et mesurable. La jeunesse est soumise à un impératif implicite : se rendre intéressante, produire du contenu, se comparer, se dépasser, incarner un récit permanent.


Autrefois, on se construisait lentement ;aujourd’hui, on s’évalue en continu.

Dans la bataille silencieuse des apparences, l’échec n’est plus une étape : c’est une humiliation.

Nous avons donné la liberté, mais nous avons retiré le droit au tâtonnement.


Les anciens vivaient dans un monde stable, prévisible, encerclé de limites :on naissait quelque part, on héritait d’un monde, on s’y inscrivait.

Pour la jeunesse actuelle, tout est mouvant : climat, économie, relations humaines, technologies, identités. Le sol se dérobe et le ciel s’obscurcit.


Comment projeter une trajectoire dans un monde qui lui-même ne sait plus où il va ?

La conséquence est simple: le rêve devient lourd, presque impossible. Non pas parce que les jeunes seraient fragiles, mais parce que notre époque ne produit plus de récits porteurs.

Nous proposons des consommations, des gadgets, des injonctions… mais très rarement un horizon.

Or une jeunesse sans horizon ne se révolte plus :elle s’éteint doucement.

Chaque civilisation repose sur trois piliers :

  • des valeurs que l’on reçoit,

  • des limites que l’on accepte,

  • et une promesse que l’on transmet.


Nous avons, par naïveté ou par fatigue, fragilisé les trois.

Nous avons remplacé la valeur par l’opinion, la limite par la frustration, la promesse par le doute.

Résultat :les jeunes ne savent plus très bien ce qu’ils doivent prolonger, transformer ou contester.

Ils héritent d’une société qui ne croit plus en ce qu’elle est, mais qui exige d’eux qu’ils y croient quand même. Cette contradiction les écrase.


Nos jeunes voient tout : la fragilité climatique, la violence géopolitique, les injustices économiques, la solitude numérique, le cynisme des institutions.

Ils ne sont pas désengagés. Ils sont surexposés.

Ils ne sont pas apathiques. Ils sont débordés.

Dans cette hyper-lucidité, il n’y a plus la place pour le mythe fondateur, pour la naïveté constructive, pour l’insouciance qui permet d’entreprendre.

La lucidité sans espérance fait naître un monde où l’on constate plus facilement qu’on ne s’engage.


Ils ont besoin d’entendre, non pas en slogans, mais comme vérité humaine, ceci :

  1. Personne ne devient soi-même contre la pesanteur du monde, mais avec elle.

  2. Les limites ne sont pas des obstacles : ce sont des formes d’appui.

  3. L’avenir n’est pas un décor : c’est un chantier.

  4. Le sens n’est pas donné : il se construit.


Nous avons trop promis le confort ;il faudrait réapprendre à promettre le sens.

Le désenchantement des jeunes n’est pas un symptôme individuel. C’est un appel collectif. Il dit que notre système économique, culturel, politique ne produit plus assez d’avenir.

Pas assez de souffle. Pas assez de spiritualité, au sens large : une énergie de projection.

Ce qu’ils pressentent, avec une précision presque douloureuse, c’est que notre monde vit sur une mémoire affaiblie et une promesse inachevée.

Et l’on ne peut pas demander à une génération de bâtir ce que les précédentes hésitent encore à croire.


Redonner une verticale

Redonner espoir à la jeunesse ne consiste pas à multiplier les discours motivants.

Cela consiste à retrouver, collectivement, une forme de verticale :

  • le courage de dire ce qui compte,

  • la capacité de nommer le vrai,

  • le devoir de transmettre autre chose que le doute,

  • la responsabilité d’ouvrir des chemins plutôt que des écrans.


Le désenchantement n’est pas une fin. Il est le début d’une lucidité qui appelle un nouveau récit.

Et si la jeunesse occidentale va mal, c’est peut-être parce qu’elle attend de nous, adultes, institutions, culture, non pas des solutions toutes faites, mais un horizon qui recommence à tenir debout.

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