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Genève, le miroir fendu de la démocratie

  • Photo du rédacteur: Rédaction Logos
    Rédaction Logos
  • 16 oct.
  • 2 min de lecture

Par la rédaction de LOGOS


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Que se passe-t-il à Genève ?


La question semble simple, presque anodine. Et pourtant, elle contient en germe un malaise profond. En me promenant ces derniers jours à travers Thônex et Chêne-Bourg, j’ai observé un phénomène qui dépasse la simple anecdote électorale : les affiches du candidat au Conseil d'Etat UDC, Lionel Dugerdil, pour la plupart, ont été déchirées, taguées ou arrachées. Non pas une ou deux par hasard, mais des séries entières, systématiquement.

On pourrait croire à un geste de colère isolé, un excès d’ardeur militante. Mais à ce stade, il s’agit d’autre chose : le symptôme d’une maladie civique. Quand une affiche, c’est-à-dire l’expression visible du pluralisme, devient cible, c’est la démocratie elle-même qu’on blesse, fût-ce symboliquement.


Le philosophe stoïcien Épictète rappelait :

« Ce ne sont pas les choses qui troublent les hommes, mais l’opinion qu’ils en ont. »Ce n’est donc pas l’affiche qui irrite, mais ce qu’elle représente. Un adversaire, un discours, une idée. Or, lorsque la société ne supporte plus l’idée adverse, elle entre dans une forme de servitude douce : celle de la haine tranquille.

Ce n’est pas nouveau, certes. Mais ce qui frappe à Genève, ville du dialogue, berceau de Rousseau et du débat civilisé, c’est l’érosion de la tolérance politique. Le désaccord, jadis noble et fécond, devient soupçon moral. L’adversaire n’est plus un contradicteur, mais un ennemi à effacer, à recouvrir d’un trait de spray de peinture.


Ce geste, apparemment insignifiant, révèle une transformation silencieuse : la colère a remplacé la raison.

Arracher une affiche, c’est refuser la discussion. C’est croire que le réel peut être effacé comme une image. C’est la victoire du réflexe sur la pensée, du ressentiment sur la responsabilité.

Le stoïcisme politique, cette sagesse en action, nous enseigne au contraire la mesure, la maîtrise de soi, la constance face à la provocation. Il ne répond pas à la violence par la violence, mais par la hauteur. Marc Aurèle écrivait encore :

« La meilleure vengeance, c’est de ne pas ressembler à ton ennemi. »

Notre démocratie ne sera sauvée ni par les slogans ni par les censures, mais par la fermeté tranquille de ceux qui refusent d’imiter la colère. Déchirer une affiche, c’est un geste dérisoire. Mais c’est aussi un signe. Et les signes, lorsqu’on sait les lire, racontent toujours quelque chose de l’avenir.


Que nous disent-ils, ceux-là ? Que la démocratie genevoise vacille non sous le poids des extrêmes, mais sous celui de l’intolérance ordinaire. Et que, peut-être, il est temps de réapprendre le courage d’écouter, même ce qui nous dérange.


Car une cité qui n’écoute plus que les siens cesse d’être une cité : elle devient un écho.


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