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L’infini dans un regard

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    Rédaction Logos
  • il y a 22 heures
  • 3 min de lecture

Par Gilles Brand - Rédacteur LOGOS



Il y a des phrases qui semblent naître de la poésie.

Et puis il y a celles qui surgissent de la vie elle-même.

« Je sens en moi de l’infini, il me démange des étoiles. »

Longtemps, j’aurais pu croire qu’il s’agissait seulement d’une belle formule, une de ces images que les poètes aiment suspendre dans le ciel des mots.

Mais un jour, cette phrase a pris un autre sens.

Elle s’est incarnée dans le dernier regard de mon père.



Le moment où le temps s’arrête


Il y a dans la vie des instants où le temps change de nature.

Le monde continue autour de vous, les bruits, les gestes, les voix, mais tout devient étrangement silencieux.

Je me souviens de ce regard.

Un regard à la fois très présent et déjà ailleurs. Comme si quelque chose s’éloignait doucement derrière les yeux.

Dans ce regard, il n’y avait ni peur ni révolte.

Il y avait autre chose.

Une profondeur étrange. Une forme d’ouverture.

Comme si, au moment même où la vie terrestre se retirait, un horizon plus vaste apparaissait.


L’homme et l’infini


Depuis toujours, les hommes pressentent que leur existence ne tient pas entièrement dans les limites du monde visible.

Le philosophe Blaise Pascal parlait de l’homme comme d’un être suspendu entre deux infinis :l’infiniment grand et l’infiniment petit.

Mais il y a peut-être un troisième infini.

Celui qui surgit dans certains regards.

Celui qui apparaît lorsque l’existence touche à sa frontière.


Ce que révèle le dernier regard


On dit souvent que la mort est une disparition.

Je n’en suis plus si certain.

Dans ce dernier regard, il y avait quelque chose qui ressemblait moins à une extinction qu’à un passage.

Comme si l’homme, toute sa vie enfermé dans son corps, entrevoyait soudain une ouverture.

Comme si l’esprit reconnaissait enfin l’espace immense auquel il appartenait depuis toujours.

Peut-être est-ce cela que signifie cette phrase :

sentir en soi de l’infini.

Non pas comme une ambition ou une conquête.

Mais comme une intuition très ancienne, très profonde.

Une intuition qui se révèle pleinement lorsque tout le reste se retire.


La démangeaison des étoiles


Les étoiles ont toujours fasciné les hommes.

Elles ne sont pas seulement des objets astrophysiques.

Elles sont aussi des symboles.

Elles représentent ce qui dépasse la mesure humaine.

Ce qui échappe aux frontières.

Ce qui ouvre l’imagination vers des espaces que l’esprit seul peut parcourir.

Quand j’y repense aujourd’hui, je crois que ce regard contenait quelque chose de cette nature.

Comme une paix venue d’un horizon immense.


Ce que nous portons en nous


Peut-être que la véritable question n’est pas de savoir s’il existe un infini quelque part dans l’univers.

La question est peut-être plus intime.

Pourquoi l’homme est-il capable de penser l’infini ?

Pourquoi ce mot nous touche-t-il ?

Pourquoi les étoiles nous attirent-elles depuis l’enfance ?

Peut-être simplement parce que quelque chose en nous leur ressemble.


Une mémoire silencieuse


Depuis ce jour, je regarde le ciel autrement.

Non pas comme un spectacle lointain.

Mais comme un rappel.

Le rappel que la vie humaine ne se résume pas aux frontières visibles.

Qu’elle est traversée d’une profondeur que nous comprenons mal.

Et que parfois, dans le regard d’un homme qui s’apprête à partir, il devient soudain possible d’apercevoir.


Alors oui.

Peut-être que nous sommes faits de terre, de chair et de temps.

Mais il arrive qu’un regard nous révèle autre chose.

Quelque chose de plus vaste.

Quelque chose qui ressemble étrangement à l’infini.

Et dans ces moments-là, on comprend soudain cette étrange sensation :

il nous démange des étoiles.


En mémoire de Jean-Claude


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