L’ingratitude des relations politiques
- Rédaction Logos

- 2 déc. 2025
- 2 min de lecture
Par Gilles Brand - Rédacteur LOGOS
Une méditation sur un phénomène plus ancien que la politique elle-même.

Il existe, dans les relations humaines, une gravité silencieuse qui précède les partis, dépasse les stratégies, et résiste à toutes les théories : l’ingratitude.
La politique n’en est pas la cause, elle n’en est que le théâtre.
Là où l’on croit chercher des adversaires, on découvre souvent des fragilités.Là où l’on attend de la reconnaissance, on rencontre parfois l’effacement.Car l’ingratitude, en politique, n’est pas seulement un manque : c’est un mécanisme intérieur, presque une défense.Une peur du réel.Une peur de l’autre.Une peur, surtout, de soi-même.
L’ingratitude naît lorsque l’exigence du vrai rencontre la peur du regard des autres
Celui qui dit ce qu’il pense, non par provocation mais par fidélité à une conviction, devient soudain une gêne. Un rappel. Un miroir.
La politique aime le confort des alignements forcés.Elle redoute ceux qui n’entrent pas parfaitement dans la ligne,car ils rappellent que la liberté intérieure existe encore.
L’ingratitude est la réaction instinctive :un recul, un effacement de la mémoire, un refus d’assumer ce que l’on doit à quelqu’un qui, aujourd’hui, ose penser autrement.
L’ingratitude est une amnésie volontaire
Nietzsche disait que l’homme crée de la morale pour ne pas avoir à affronter la vérité. De même, le politique crée de l’ingratitude pour ne pas avoir à affronter ses dettes — pas financières, non : humaines.
On oublie les soutiens passés. On efface les loyautés anciennes. On réécrit les épisodes où l’autre fut indispensable.
Non par méchanceté. Mais parce que la gratitude impose de reconnaître que l’on ne s’est jamais construit seul. Et cela, la politique l’admet difficilement.
L’ingratitude n’est pas une faute : c’est un révélateur
Elle n’abîme pas celui qui la subit.Elle dévoile celui qui l’exerce.
L’ingratitude révèle ceux qui confondent la loyauté avec l’obéissance.Ceux qui préfèrent l’unanimité au courage,et le silence des consciences à la dissonance des convictions.
Elle montre où se situe réellement la faiblesse.Non dans le désaccord, mais dans l’incapacité à le supporter.
La gratitude véritable est une forme supérieure de lucidité
Car la gratitude n’est pas un merci :c’est une mémoire.
La mémoire de ceux qui nous ont accompagnés,qui ont porté avec nous des décisions difficiles,qui ont pensé avec nous, parfois contre nous, mais toujours honnêtement.
Gratitude et vérité sont parentes.Ingratitude et peur sont jumelles.
Celui qui assume sa gratitude devient solide.Celui qui l’efface se condamne à une instabilité intérieure qui finit toujours par rejaillir dans ses choix politiques.
Dans la cité comme dans l’âme, la loyauté la plus haute est celle envers la vérité
L’ingratitude politique n’est jamais agréable, mais elle est instructive.Elle nous rappelle que la véritable fidélité ne consiste pas à suivre un groupe,mais à rester fidèle à ce qui en nous ne se négocie pas :la vérité pensée, la vérité dite, la vérité tenue.
Et c’est peut-être là, dans cette fidélité silencieuse,que se trouve la seule force politique qui ne s’achète pas,ne se marchande pas,et ne se trahit jamais.







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