La dernière leçon
- Rédaction Logos

- 28 août
- 2 min de lecture
Par Gilles Brand – Logos
En hommage à mon Maître

Je les revois encore, dans les cahiers cornés, dans les pupitres griffonnés, dans ces yeux d’élèves qui brillaient quand je parlais de justice, de courage, de fraternité.
Nous croyions que lever le poing suffisait à changer le monde. Nous pensions que l’élan de la jeunesse durerait toujours, comme un feu qu’aucun vent ne pourrait éteindre.
Aujourd’hui, ce feu a laissé des braises. Sous mes paupières fatiguées, il y a des trous, des manques, des nuits qui me rappellent que nos espérances furent brèves, trop brèves.
Alors, enfants, je vous le dis encore une fois comme jadis au tableau : vos rêves valent plus que vos peurs.
Pourtant, quand je vois les jeunesses qui passent, qui s’aiment et s’embrassent sur les bancs du parc ou les quais de gare, j’entends encore le train de l’histoire, celui que nous croyions conduire, mais qui nous a souvent échappé.
Le monde que nous voulions neuf et fort s’est dilué dans le bruit des écrans et la fatigue des jours. Comme des hirondelles disparues, nos instants suspendus ne reviendront plus.
Mais qu’importe si la vie s’achève : avant de partir, il reste une mission au vieux maître que je suis.
Celle de donner à ses élèves, au moins une fois, un souvenir, un récit, un rêve auquel s’accrocher. Car il ne faut pas laisser croire que tout est perdu. Même si nos sermons se sont échoués sur la grève, même si nos cargos de chagrin ont chaviré, il reste la parole, la transmission, ce fil ténu entre les générations.
Alors, enfants, je vous le dis encore une fois comme jadis au tableau : vos rêves valent plus que vos peurs. Ne les laissez pas se dissoudre comme les nôtres.
Marchez dans ce monde sans soleil, mais portez chacun une lampe, elle suffit pour éclairer ceux qui viendront après vous.






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