La musique ne dit rien, elle se souvient
- Rédaction Logos

- 17 nov.
- 2 min de lecture
Par Gilles Brand - Rédacteur LOGOS

Il existe des musiques qui ne se jouent pas, elles se respirent.
La Sicilienne de Samuel Dushkin appartient à cette catégorie rare où le violon semble flotter entre deux rives : celle de la tendresse et celle de la mémoire.
Elle commence comme une caresse suspendue, un souffle tiède venu du Sud, celui qui fait vibrer les volets de Messine, le soir, quand la mer se tait et que la lumière devient or.
Ce n’est pas une mélodie, c’est un murmure de fidélité : la trace invisible de ce que l’on aime, et que la distance n’efface pas.
En écoutant cette Sicilienne, j’y entends la lenteur des gestes, la pudeur des regards, la noblesse discrète d’une île qui a connu toutes les conquêtes et n’a jamais abdiqué son âme.
Chaque note est un souvenir qui ne cherche pas à s’imposer, seulement à rester un instant dans l’air avant de disparaître.
Messine, c’est ce point du monde où la lumière a une mémoire.
Où l’amour ne se dit pas, il s’inscrit dans le sel. Et peut-être que Dushkin, sans le savoir, a écrit cette page pour tous ceux qui aiment une Sicilienne :non pas pour la posséder, mais pour l’écouter vivre.
Car il y a dans la Sicilienne ce même équilibre fragile que dans la vie à deux :la retenue du violon, le souffle du piano, la pudeur du temps qui passe. Rien n’y crie, rien n’y s’impose, tout y existe avec douceur, comme dans un regard fidèle.
Alors, à travers cette musique, c’est à elle que je rends hommage.
À sa lumière, à sa patience, à son accent de Messine qui porte la mer comme d’autres portent une prière.
Et à cette vérité simple, que seule la musique sait dire :que l’amour, quand il est vrai, devient un lieu.






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